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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2314828

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314828

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314828
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 septembre 2022 en tant que la caisse d'allocations familiales (CAF) du Val-d'Oise a mis à sa charge, sur recours préalable obligatoire, un indu de 900 euros correspondant aux aides exceptionnelles de solidarité versées au titre des mois d'avril 2020 et de septembre 2020 pour la somme de 450 euros chacune ;

2°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise gracieuse de sa dette ;

3°) de mettre à la charge de l'État au bénéfice de son conseil la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Vu :

- la décision du 20 mars 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président du tribunal administratif a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-519 du 5 mai 2020 ;

- le décret n°2020-1453 du 27 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance : ()/ 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () / 7°Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'objet du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental ". Cette obligation s'applique aux décisions prises par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci, en matière de revenu de solidarité active. Les décrets relatifs aux aides exceptionnelles de solidarité attribuées à certains allocataires du revenu de solidarité active (RSA), visés dans le présent jugement, prévoient qu'une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre des mois d'avril ou mai 2020 ainsi qu'au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020, à condition que les ressources du foyer n'excèdent pas un certain montant. Ils précisent que cette aide est à la charge de l'État et versée par l'organisme débiteur du revenu de solidarité active. Cette aide exceptionnelle est ainsi attribuée au nom de l'État et, par suite, les litiges relatifs à son attribution ou à la récupération d'un paiement indu à ce titre n'entrent pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles.

3. D'autre part, s'il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

4. La CAF du Val-d'Oise a, notamment, mis à la charge de Mme B deux indus d'aide exceptionnelle de solidarité pour la somme totale de 900 euros comme en témoignent les copies d'écran du compte allocataire de Mme B produites à l'instance. Mme B a formé une contestation contre cette décision, qui doit être regardée comme un recours gracieux dès lors que, comme il a été dit au point 2, la contestation d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité n'exige pas de saisir la CAF d'un recours administratif préalable obligatoire. Par suite, en demandant l'annulation de la décision du 13 septembre 2022 ayant rejeté ce recours gracieux, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision initiale ayant mis à sa charges les deux indus d'aide exceptionnelle de solidarité.

5. Par ailleurs, si Mme B soutient que la décision du 12 avril 2022, dont au demeurant elle ne demande pas l'annulation, a mis à sa charge ces indus, il ne ressort pas des termes de cette décision qu'elle ait cet objet. Toutefois, Mme B, qui verse à l'instance une copie d'écran de son compte allocataire faisant apparaître la dette en litige, doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision ayant mis à sa charge deux indus d'aides exceptionnelles de solidarité pour la somme totale de 900 euros, décision qui ayant été révélée par la consultation de son compte allocataire.

En ce qui concerne les moyens soulevés :

6. En premier lieu et comme il a été dit au point 5, la décision du 12 avril 2022 n'a ni pour objet, ni pour effet de mettre à la charge de Mme B deux indus d'aides exceptionnelles de solidarité au titre de 2020. Les moyens tirés du défaut de motivation de cette décision et de son défaut de signature sont donc inopérants.

7. En deuxième lieu et à la supposée avérée, la circonstance que la décision mettant à la charge de Mme B les indus en litige ne mentionne ni le délai pour s'acquitter des sommes dues, ni l'existence d'un droit d'option entre le recouvrement par retenue sur les prestations et le remboursement direct en un seul versement, qui a trait aux conditions de notification de la décision attaquée, est sans incidence sur la régularité ou le bien-fondé de cet indu. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale est par suite inopérant.

8. En troisième lieu, si Mme B soutient que la CAF du Val-d'Oise aurait illégalement procédé à des retenues sur d'autres prestations à échoir pour obtenir le remboursement des indus d'aides exceptionnelles de solidarité, cette circonstance, qui est relative aux conditions d'exécution de la décision attaquée, est sans incidence sur la légalité de cette dernière. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles est donc également inopérant.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ", l'article L. 121-2 du même code précise que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction (). ".

10. Contrairement à ce que soutient Mme B, la décision en litige, prise par le directeur de la CAF du Val-d'Oise, qui est un organisme de sécurité sociale, n'est pas soumise au respect des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

11. En cinquième lieu, si Mme B soutient que la décision du 13 septembre 2022, par laquelle il a été statué sur son recours gracieux, est entachée d'un vice de forme, faute d'être revêtue des nom, prénom, qualité et signature de son auteur, et d'un vice de compétence, ces moyens, relatifs aux vices propres d'une décision ayant statué sur un recours gracieux sont inopérants.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires : " I. - Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 :1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ;2° Le revenu de solidarité mentionné à l'article L. 522-14 du même code ;3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation ou, à Saint-Pierre-et-Miquelon, l'allocation de rentrée scolaire prévue par le 10° de l'article 11 de l'ordonnance du 26 septembre 1977 susvisée ;4° L'allocation de solidarité spécifique mentionnée à l'article L. 5423-1 du code du travail ;5° La prime forfaitaire mentionnée à l'article L. 5425-3 du même code dans sa rédaction antérieure à la loi du 29 décembre 2016 susvisée ;6° L'allocation équivalent retraite mentionnée au II de l'article 132 de la loi du 24 décembre 2007 susvisée, ainsi qu'à l'article 1er du décret du 29 mai 2009 et à l'article 1er du décret du 6 mai 2010 susvisés. / II. - Une seule aide est due par foyer ". Des dispositions identiques concernent le versement de l'aide exceptionnelle de solidarité au titre du mois d'avril 2020 en application du décret du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité.

13. En l'espèce, il est constant que les droits de Mme B aux aides exceptionnelles de solidarité avaient été ouverts compte tenu de ses droits au RSA en 2020. En outre, il ressort des pièces du dossier que la CAF du Val-d'Oise a estimé que Mme B n'avait aucun droit au bénéfice de ces aides dès lors qu'elle n'avait aucun droit au RSA en 2020, n'ayant jamais cessé de mener une vie commune avec un tiers, père de ses enfants, situation qu'elle n'avait pas déclarée à la CAF. Il ressort des pièces du dossier que la CAF a déduit cette communauté de vie de l'existence d'une communauté d'adresses, d'une communauté financière et d'une communauté affective, compte tenu de la naissance d'un enfant de leur union en 2019 alors que le couple se disait séparé depuis septembre 2013. Pour contester ce motif, Mme B, qui est représentée par un avocat, se borne à soutenir, en des termes non-circonstanciés, qu'elle n'a plus de relation avec le père de ses enfants qui ne fait que l'héberger à titre gratuit, sans apporter aucune autre précision, ni produire aucune pièce autre que la décision qu'elle attaque. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'indu ne serait pas fondé n'est manifestement pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de Mme B, à l'appui desquelles elle ne présente que des moyens de légalité externe manifestement non fondés, des moyens inopérants ou qui ne sont manifestement pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, ne peuvent qu'être rejetées sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin de remise gracieuse :

15. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative: " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ". Aux termes de l'article R. 612-1 du même code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. () ".

16. Mme B demande, à titre subsidiaire, que lui soit accordée une remise totale de sa dette de l'aide exceptionnelle de solidarité. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'il ait formé auprès de la CAF du Val-d'Oise une demande de remise de dette qui aurait été implicitement ou explicitement rejetée, avant de saisir le tribunal, y compris après avoir été mise à même de régulariser sa requête par le tribunal sur ce point. Il ne ressort pas davantage des décisions produites par le requérant que cet organisme ait statué d'office sur une telle demande. Par suite, les conclusions de Mme B à fin de remise de dette présentées dans l'instance sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées sur le fondement du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

17. Le présent jugement rejetant l'ensemble des conclusions présentées par Mme B, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne pourront par voie de conséquence qu'être rejetées sur le fondement des dispositions du 5° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Desfarges et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 7 novembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. Monteagle

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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