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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2314855

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314855

mercredi 15 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314855
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une ordonnance n°2312993 du 9 novembre 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 776-16 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. B A, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 2 novembre 2023.

Par cette requête, enregistrée le 9 novembre 2023 au greffe du tribunal de Cergy-Pontoise, ainsi qu'un mémoire complémentaire enregistré le 13 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen personnalisé ;

- il méconnait le principe de contradictoire.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de recueil d'un avis médical conformément aux dispositions de l'article L. 611-3 9° au regard de l'état de santé connu du requérant ;

- elle méconnait l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnait les articles L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de motivation de la décision ;

- elle méconnait le principe de contradictoire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision interdisant le retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une ordonnance n°2313131 du 7 novembre 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 776-16 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. B A, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 4 novembre 2023.

Par cette requête, enregistrée le 7 novembre 2023 au greffe du tribunal de Cergy-Pontoise, ainsi qu'un mémoire et des pièces complémentaires enregistrées le 13 novembre 2023, M. B A représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er novembre 2023 notifié le 3 novembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;

- il méconnait le principe de contradictoire ;

- il est entaché d'erreur de fait sur sa résidence qui se situe à Saint-Denis et non à Meudon ;

- il méconnait l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et de disproportion au regard des conséquences de cette mesure sur sa situation personnelle et professionnelle ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à l'atteinte portée à son droit à une vie privée et familiale en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bocquet pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

L'audience, initialement prévue le 9 novembre 2023, a été renvoyée afin de permettre la transmission des deux requêtes par le greffe du tribunal administratif de Montreuil.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 novembre 2023 :

- le rapport de Mme Bocquet ;

- les observations de Me Petit, substituant Me Berdugo, représentant M. A qui conclut par les mêmes fins et mêmes moyens ;

- les observations de M. A qui indique souhaiter rester en France et résider à Saint-Denis ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 27 avril 1994, déclare être entré sur le territoire français en 2015. Par arrêté du 31 octobre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par arrêté du 31 octobre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son placement en rétention. Par ordonnance du 3 novembre 2023, le juge des libertés et de la détention a ordonné sa libération de rétention. Par un arrêté du 1er novembre 2023, notifié le 3 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quatre-cinq jours.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2314855 et 2314969 sont présentées par un même requérant, posent les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () " et aux termes de l'article R. 611-2 de ce code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu :/ 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; / 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Toutefois, lorsque l'étranger est placé ou maintenu en rétention administrative, le certificat prévu au 1° est établi par un médecin intervenant dans le lieu de rétention conformément à l'article R. 744-14. "

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, lors de son audition par les services de police le 31 octobre 2023, après avoir décliné l'offre d'être examiné par un médecin, n'a mentionné aucun élément relatif à son état de santé. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine avait connaissance de l'état de santé de M. A, le procès-verbal de saisine du 31 octobre 2023 faisant mention de l'hospitalisation sous contrainte du requérant consécutivement à un examen psychiatrique. Dès lors, de par sa connaissance de ces éléments, le préfet des Hauts-de-Seine était tenu de solliciter un avis médical en application de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant de prendre la décision attaquée. Dans ses conditions, le moyen tiré du vice de procédure en raison de la violation des articles R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.

5. Il résulte de de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 31 octobre 2023 doit être annulé en toutes ses dispositions.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

6. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie.

Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage ".

7. L'arrêté attaqué assigne M. A à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours et l'oblige à se présenter trois fois par semaine, les lundis, mercredis et vendredis, au commissariat de Meudon. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de son audition par les services de police, que le requérant réside à Saint-Denis, dans le département de la Seine-Saint-Denis. Dans ces conditions, en l'assignant à résidence dans le département des Hauts-de-Seine, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er novembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulé () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu actuel de résidence du requérant, de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de M. A et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prescrire au préfet un délai de deux mois, à compter de la notification du présent jugement, pour procéder à ce réexamen, et de délivrer, dans cette attente, à M. A une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler un délai de quinze jours, à compter de cette même notification.

10. Il n'y a pas lieu d'assortir les injonctions prononcées ci-dessus d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

11. Il y a lieu, par voie de conséquence, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 31 octobre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine portant obligation de quitter le territoire français est annulé.

Article 2 : L'arrêté du 1er novembre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine portant assignation à résidence est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu actuel de résidence de l'intéressé, de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de M. A, dans un délai de deux mois, à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans un délai de quinze jours, à compter de cette même notification.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine et au préfet de Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2023.

La magistrate désignée,

signé

P. BocquetLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision., 2314969

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