Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314870
mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2314870 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | KWEMO |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée au greffe du Tribunal administratif de Paris le 3 novembre 2023, M. C A, représenté par Me Kwemo, avocate, demande à ce Tribunal :
1°) d'annuler " la décision implicite de refus des conditions matérielles d'accueil " prise à son encontre par l'Office français de l'immigration et de l'intégration " en date du 3 septembre 2023 " ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de la somme de 2 000 euros.
M. A soutient que la décision contestée :
- est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- est intervenue sans que sa vulnérabilité ait été prise en compte ;
- méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par une ordonnance en date du 7 novembre 2023, la présidente de la 1ère section du Tribunal administratif de Paris a transmis au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise le dossier de la requête de M. A.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. A n'est fondé.
Par une décision en date du 22 décembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision en date du 26 mai 2023, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a refusé d'accorder à M. A, demandeur d'asile de nationalité mauritanienne, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il en ressort également que M. A a formé, par une lettre en date du 29 juin 2023, le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requête de M. A doit, dès lors, être regardée comme dirigée contre le rejet implicite de ce recours administratif préalable obligatoire et les moyens de la requête doivent être regardés comme articulés à l'encontre de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision contestée : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".
3. Il résulte des dispositions de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est substituée à la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy en date du 26 mai 2023. Le requérant n'établit pas ni même n'allègue avoir demandé au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui communiquer les motifs de cette décision implicite, comme le permet l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision contestée ne peut, dès lors, qu'être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ".
5. En défense, l'Office français de l'immigration et de l'intégration expose que M. A a bénéficié, le 15 avril 2022, après l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, d'un entretien effectué par un auditeur " asile " et dans une langue qu'il comprend, en l'espèce le peul, durant lequel sa situation a été évaluée. Par ailleurs, le 26 mai 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à un nouvel entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité avec M. A, en présence d'un interprète en peul. Les fiches d'évaluation de vulnérabilité correspondant à ces entretiens sont produites par l'Office, il en ressort que si M. A a alors indiqué qu'il n'était pas hébergé de manière stable mais qu'il vivait dans la rue, il n'a fait état d'aucun handicap ou problème de santé, n'a déposé aucun document à caractère médical sous pli confidentiel et ne s'est pas vu remettre de certificat médical vierge pour avis " Medzo ". Enfin, M. A, qui est né le 5 janvier 1993, ne verse au dossier aucun document de nature médicale ou susceptible d'établir qu'il se trouvait à la date de la décision contestée dans un état de vulnérabilité particulière. Le moyen tiré de ce que la vulnérabilité du requérant n'aurait pas été prise en compte ne peut, dès lors, qu'être écarté.
6. En affirmant qu'aucune proposition d'hébergement ne lui a été faite de " sorte qu'il est impossible qu'il ait refusé ladite proposition ainsi que la région d'orientation ", M. A se borne à soutenir qu'il n'est pas au nombre des demandeurs d'asile mentionnés aux 1° et 2° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le requérant ne conteste pas que la décision, en date du 26 mai 2023, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été prise au motif, dont il ne conteste pas la matérialité, qu'il présentait une demande de réexamen de sa demande d'asile, motif qui peut justifier, en application du 3°) de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile une décision de refus des conditions matérielles d'accueil. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 2, doit être écarté.
7. Si le requérant fait valoir qu'il se trouve dans une situation " d'extrême précarité ", cette déclaration n'est étayée d'aucune précision ou justification. Dans ces conditions et compte tenu aussi de ce qui a été dit au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil serait entaché d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :
10. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mmes B et Schneider, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
K. KELFANI
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
signé
C. B
La greffière,
signé
L. GAIGNON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.