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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2314922

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314922

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOIZARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2023, M. A D, représenté par Me Ribeiro, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions dans lesquelles il a été pris en charge du 25 au 27 novembre 2018 par le centre hospitalier Simone Veil à Eaubonne - Montmorency (95600);

2°) d'enjoindre à l'expert de déposer un pré-rapport ;

3°) de réserver les dépens.

Il soutient que :

- victime d'un accident sportif, le 25 novembre 2018, il a été pris en charge par le centre hospitalier Simone Veil d'Eaubonne - Montmorency et s'est vu diagnostiquer une entorse bénigne du genou droit ;

- face à la persistance de douleurs il a subi de nombreuses interventions chirurgicales les 21 février, 10 avril, 19 juillet 2019 et 28 juillet 2020 ;

- un rapport d'expertise effectué le 15 juin 2019 a relevé un défaut de diligences du centre hospitalier alors qu'une IRM révélait, dès le 27 novembre 2018, une rupture du ligament croisé antérieur associée à une lésion méniscale interne ;

- à ce jour, il ressent une douleur permanente du genou droit, a une mobilité limitée et n'a pu reprendre ses activités sportives ;

- la mesure d'expertise sollicitée est utile car elle doit permettre de déterminer si sa prise en charge a été conforme aux règles de l'art et, le cas échéant, d'évaluer l'indemnisation des préjudices qu'il a subis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2023, le centre hospitalier Simone Veil d'Eaubonne - Montmorency, représenté Me Boizard, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et demande au juge :

1°) qu'un expert spécialisé en orthopédie soit désigné ;

2°) que la mission de l'expert soit complétée ;

3°) qu'il soit enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport ;

4°) qu'il soit statué sur les dépens.

Il fait valoir qu'il ne s'oppose pas à l'expertise qui devra être confiée à un expert en chirurgie orthopédique.

La requête a été transmise à la caisse primaire d'assurance maladie du Val d'Oise qui n'a pas produit d'observations.

Par une décision du 18 juillet 2022, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Grenier, première vice-présidente du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ". Aux termes de l'article R. 532-5 de ce code : " Les dispositions des articles R. 621-1 à R. 621-14, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9, sont applicables aux référés mentionnés à l'article R. 532-1, sous réserve des dispositions du présent chapitre (). ".

2. L'expertise demandée par M. D relative aux conditions de la prise en charge par le centre hospitalier Simone Veil d'Eaubonne - Montmorency présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les réserves exprimées :

3. Il n'appartient pas au juge des référés statuant, sur le fondement des dispositions citées au point 1, de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité. Il suit de là que les conclusions tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communicable aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

5. Aux termes de l'article R. 761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction, () ". Par suite, il n'appartient pas au juge des référés de réserver ou de statuer sur les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C B, exerçant à l'Institut Mutualiste Montsouris, 42 Boulevard Jourdan à Paris (75014), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

- se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. D et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par le centre hospitalier Simone Veil d'Eaubonne - Montmorency ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; recueillir les doléances ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. D ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

- rappeler l'état de santé antérieur de M. D et décrire son état à la date de l'expertise ;

- dire si l'état de santé de M. D est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de M. D ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ;

- décrire les conditions dans lesquelles M. D a été pris en charge par les services du centre hospitalier Simone Veil d'Eaubonne - Montmorency ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes règles de l'art et aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. D et aux symptômes qu'il présentait ;

- de manière générale, réunir tous les éléments permettant de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation du service ont été commises lors de la prise en charge de M. D par le centre hospitalier Simone Veil d'Eaubonne - Montmorency ; en cas de retard de diagnostic et de soins, la durée de ce retard sera précisée ;

- donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté présente un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement imputable à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale et son évolution ou avec toute autre cause étrangère à la prise en charge de M. D par le centre hospitalier Simone Veil d'Eaubonne - Montmorency ;

- se prononcer sur l'origine de la pathologie dont M. D souffre depuis son accident sportif en novembre 2018 ,

- donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquement(s) éventuellement constaté(s) ont fait perdre à M. D une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; dans cette hypothèse, cette perte sera évaluée en pourcentage, en se fondant sur des données statistiques et bibliographiques ;

- préciser si le dommage de M. D est anormal au regard de son état de santé initial et de son évolution ;

- dire si l'état de M. D est susceptible de modification ou d'amélioration ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

- décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de M. D par le centre hospitalier Simone Veil d'Eaubonne - Montmorency, non imputables à son état antérieur, à toute cause étrangère ou aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale par le centre hospitalier Simone Veil si celle-ci s'était déroulée normalement, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, frais liés au handicap, assistance par tierce personne, pertes de revenus, incidences professionnelle et scolaire du dommage, autres dépenses liées au dommage corporel) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel temporaire et permanent, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) en distinguant, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation ;

- de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 du code de justice administrative, dans les meilleurs délais. Des copies du rapport seront notifiées aux parties intéressées par l'expert et, avec leur accord, par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, au centre hospitalier Simone Veil d'Eaubonne - Montmorency, à la caisse primaire d'assurance maladie du Val d'Oise et à M. C B, expert.

Fait à Cergy-Pontoise, le 1er octobre 2024.

La juge des référés,

Signé

C. Grenier

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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