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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2314995

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314995

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314995
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 9 novembre 2023, le 27 mars 2024, le 7 juin 2024 et le 12 juin 2024, ces dernières pièces n'ayant pas été communiquées, M. H, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 9 octobre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de sept jours courant à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. H soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée au regard de sa vie privée et familiale et de l'intérêt supérieur de son enfant et procède d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charlery, rapporteure ;

- et les observations de Me Sun Troya substituant Me Monconduit, représentant M. H.

Considérant ce qui suit :

1. M. H, ressortissant congolais né le 21 septembre 1988, est entré en France le 28 septembre 2018 muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant et a été mis en possession d'un titre de séjour valable du 5 mai 2020 au 31 octobre 2020. Le 4 avril 2023, il a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 9 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. M. H sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision refusant un titre de séjour :

2. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. En l'espèce, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Le préfet du Val-d'Oise souligne que M. H a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne peut lui être délivré dès lors que s'il a conclu un pacte civil de solidarité avec une compatriote en situation régulière, cette relation est récente et très peu étayée. L'arrêté relève également que le fait d'être parent d'enfant né en France n'ouvre aucun droit particulier au séjour et qu'il ne ressort de la situation de l'intéressé aucune circonstance humanitaire ou motif exceptionnel dès lors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside son père et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 30 ans, circonstances dont il découle qu'il ne saurait bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour et que la décision ne porte pas atteinte à son droit de mener une vie familiale normale conformément à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, alors même qu'elle ne ferait pas mention de l'intégralité des éléments de la situation personnelle de l'intéressé portés à la connaissance du préfet dont cette autorité n'est pas tenue de faire état de manière exhaustive, et les énonce de manière suffisamment explicite pour que le requérant puisse comprendre les motifs sur lesquels elle se fonde. La circonstance que la décision ne vise pas l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant est sans incidence sur sa régularité formelle, dès lors que ces stipulations n'en constituent pas le fondement juridique. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. H fait valoir que le préfet du Val-d'Oise a insuffisamment examiné sa vie privée et familiale en ne tenant pas compte du pacte civil de solidarité qu'il a conclu avec une compatriote en situation régulière avec laquelle il a eu un enfant, dont le préfet n'a pas pris en compte l'intérêt supérieur, qui exige qu'il ne soit pas séparé de son père qui participe à son éducation et à son entretien. Cependant, contrairement aux allégations du requérant, le préfet du Val-d'Oise a bien pris en compte le pacte civil de solidarité conclu par le requérant avec une ressortissante congolaise en situation régulière, dont il a néanmoins estimé qu'il présentait un caractère très récent. Il ressort également des mentions de la décision en litige que le préfet du Val-d'Oise, en indiquant que le fait d'être parent d'enfant né en France n'ouvre aucun droit particulier au séjour, a pris en compte dans sa décision l'intérêt de son enfant en le mettant en balance avec l'irrégularité du séjour du requérant. D'une manière générale, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué, en particulier au regard des éléments de motivation rappelés au point précédent, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de M. H. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". La loi du 15 novembre 1999 relative au pacte civil de solidarité prévoit, à son article 12, que la conclusion d'un pacte civil de solidarité constitue l'un des éléments d'appréciation des liens personnels en France au sens des dispositions précitées.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

7. M. H fait valoir qu'il a fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux depuis 2018 et soutient que sa situation caractérise des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels susceptibles de lui permettre de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de la circulaire dite Valls du 28 novembre 2012, au regard du fait qu'il entretient, depuis 2018, une relation avec Mme L E, ressortissante congolaise en situation régulière pour être mère d'un enfant français, née le 22 août 2018, avec laquelle il partage une communauté de vie depuis le mois de juin 2021 qui s'est conclue par la signature d'un pacte civil de solidarité le 8 juillet 2022. De cette relation est né, le 1er juin 2021, un enfant, A C. Le requérant se prévaut également de la présence sur le territoire de sa mère, Mme D F, titulaire d'une carte de résident et de ses deux frères, M. I, également titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2026 et M. K, titulaire d'une carte de séjour temporaire, ainsi que de l'exercice d'une activité professionnelle depuis 2022 au sein des effectifs de la société Pack Up, d'abord ponctuelle, du 22 février 2022 jusqu'au 27 août 2022, puis sous couvert d'un contrat à durée indéterminée à temps plein depuis le 28 août 2022, pour exercer l'emploi d'agent de production. Toutefois, d'une part, M. H ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la circulaire dite " Valls " qui ne présente aucun caractère réglementaire. D'autre part, s'agissant de sa vie personnelle et familiale, comme l'a à juste titre relevé le préfet du Val-d'Oise, la stabilité de la relation familiale de M. H, illustrée par la conclusion d'un pacte civil de solidarité avec Mme E et la naissance de leur enfant, présente un caractère très récent, et l'ancienneté de la communauté de vie n'est pas établie au regard de l'attestation produite par cette dernière qui indique qu'elle remonte au mois de juin 2021, à la naissance de leur enfant, même si elle déclare, à travers une autre attestation, avoir débuté cette relation en juin 2018. En outre, le préfet du Val-d'Oise produit le décompte des prestations versées à Mme E par la caisse d'allocations familiales à la date du 2 août 2022, qui laisse apparaître qu'elle prend seule en charge ses deux enfants, B E, née le 22 août 2018 et A Ngoudia Kento, fille du requérant née le 1er juin 2021. La circonstance que la mère et les frères de l'intéressé résident régulièrement en France ne confère au requérant aucun droit au séjour, et il ne conteste pas les mentions de la décision en litige selon lesquelles son père est établi dans son pays d'origine où il a lui-même résidé jusqu'à l'âge de trente ans. Si le requérant se prévaut également des études de communication qu'il a entreprises en France au cours de l'année universitaire 2018/2019 dans le cadre d'un échange entre l'université Sorbonne Nouvelle Paris 3 et l'université italienne Degli Studi di Perugia, il est constant qu'il n'a pas validé l'ensemble des matières à l'issue de la 1ère session d'examens et s'est inscrit dans un établissement d'enseignement supérieur privé, Paris Ynov Campus, pour l'année scolaire 2019/2020 en vue d'obtenir un mastère 1 en stratégie de communication à 360° dont il n'est pas établi qu'il l'ait obtenu. Enfin, s'agissant de l'expérience professionnelle du requérant dans un emploi stable et pérenne, elle est récente dès lors que le contrat à durée indéterminée à temps plein qu'il a conclu n'a été signé que le 28 février 2022, M. H n'ayant exercé auparavant que des emplois ponctuels à temps non complets. Dans ces conditions, M. H n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision en litige, le préfet du Val-d'Oise aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que cette autorité aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision en litige procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir et sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale, dans toutes les décisions les concernant, à l'intérêt supérieur des enfants.

9. M. H n'établit par aucune pièce contribuer de manière régulière et significative à l'entretien de son enfant né en France, lequel apparaît à la charge exclusive de sa mère, ainsi qu'il ressort du relevé de prestations de la caisse d'allocations familiales produit par le préfet du Val-d'Oise. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un titre de séjour porterait atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant. Pour les mêmes motifs, la décision en litige ne procède d'aucune erreur manifeste d'appréciation. Les deux moyens invoqués ne peuvent donc qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, la décision refusant à M. H un titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, pour les motifs énoncés aux points 7 et 9 du présent jugement, le requérant ne peut valablement soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait méconnu les stipulations des articles 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou que sa décision procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

12. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. H doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais de procédure.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. J et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. Charlery

Le président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2314995

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