Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315473

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2315473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Val-d'Oise. Le tribunal a jugé que la décision de refus de titre était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ni celles de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Il a également estimé que l'obligation de quitter le territoire français n'était pas illégale et que les autres moyens soulevés, notamment ceux relatifs à l'erreur de fait et à la méconnaissance de l'accord franco-algérien, n'étaient pas fondés. En conséquence, le tribunal a rejeté l'ensemble des conclusions de M. B, y compris celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Thomas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, une carte de séjour temporaire mention " vie privée vie familiale " ou " salarié " ;

3°) d'enjoindre audit préfet de procéder au réexamen de sa situation, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de prolonger le délai de départ volontaire de huit mois au moins ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que, contrairement à ce qu'elle énonce, il est marié et père d'un enfant ;

- elle méconnaît les stipulations du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien et les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entaché d'une erreur de droit, en ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de son pouvoir de régularisation sur le volet " salarié " ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision litigieuse sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision de fixation du délai de départ volontaire

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Froc, conseillère ;

- les observations de Me Thomas représentant M. B

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, a sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 12 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande et a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2023 :

En ce qui concerne la décision de refus de titre :

2. En premier lieu, d'une part, la décision en litige vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 8, ainsi que les stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. D'autre part, elle mentionne les éléments pertinents relatifs à la situation personnelle de M. B, notamment s'agissant de sa situation professionnelle et de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, cette décision, qui n'était pas tenue de faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en application des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, laquelle s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, doit être écarté. Par ailleurs cette motivation témoigne de ce que le préfet du Val-d'Oise s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " ()b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () / Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles () 7 (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / () ".

4. M. B n'établit ni même n'allègue être titulaire du visa de long séjour exigé par les stipulations précitées de l'article 9 de l'accord franco-algérien et le préfet était fondé pour ce seul motif à lui refuser la délivrance du certificat de résidence sollicité sur le fondement des stipulations du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'en refusant de faire usage à son égard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation, doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. D'autre part, les conditions dans lesquelles un ressortissant algérien peut être admis à séjourner en France sont régies de manière exclusive par l'accord du 27 décembre 1968, ainsi, M. B ne saurait utilement invoquer les dispositions précitées de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

7. D'autre part, il ressort clairement de la décision attaquée que le préfet du Val-d'Oise a examiné la possibilité de régulariser la situation de M. B en usant de son pouvoir discrétionnaire. Il n'a donc pas méconnu l'étendue de sa compétence ni, par suite, commis d'erreur de droit de ce chef.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Pour l'application des dispositions et stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans en Algérie, n'établit pas avoir résidé continument sur le territoire français depuis 2017. S'il produit des bulletins de paie sur l'ensemble de l'année 2023, il ressort de la décision litigieuse que la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère a rendu un avis défavorable le 3 avril 2023, l'employeur du requérant n'ayant pas donné suite à la demande de pièces complémentaires des 14 mars et 29 mars 2023. Ainsi, M. B ne justifie pas d'une insertion professionnelle suffisamment stable sur le territoire français. Par ailleurs, le requérant fait valoir qu'il s'est marié en France le 25 février 2023 avec Mme C, et est désormais père d'un enfant né le 22 avril 2023. Toutefois, si le préfet n'a pas fait mention de cette circonstance - dont il n'est pas établi qu'elle aurait été portée à sa connaissance -, cette erreur de fait est demeurée, en l'espèce, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors qu'il aurait pris la même décision compte tenu du caractère récent du mariage de l'intéressé et de l'absence de précision sur la situation administrative de l'épouse du requérant. En outre, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'ensemble des membres de la famille, tous de même nationalité, ne pourraient pas poursuivre leur vie en Algérie, pays dans lequel résident les parents et la fratrie de M. B. Enfin, il n'est pas contesté que le requérant a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, le préfet du Val-d'Oise n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, entaché son appréciation d'une erreur manifeste quant à ses conséquences sur la situation de M. B.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée des illégalités dénoncées par M. B. Celui-ci n'est donc pas fondé à soutenir que la décision concernant l'obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de ce refus de titre.

11. En deuxième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision obligeant M. B à quitter le territoire français, laquelle n'a ni pour objet ni pour effet de fixer le pays de destination et doit être écarté pour ce motif. En outre, par elle-même, la mesure d'éloignement ne constitue pas un traitement inhumain et dégradant.

12. En troisième lieu, les moyens soulevés à l'encontre de cette décision, tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas ".

14. Il ressort des mentions de la décision attaquée que le préfet du Val-d'Oise a accordé au requérant un délai de trente jours pour quitter le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait demandé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par ailleurs, en se bornant à se prévaloir de l'intérêt de son employeur actuel et de la nécessité pour lui de trouver un travail en Algérie avant son départ, il ne justifie d'aucune raison sérieuse impliquant que lui soit accordé un tel délai supplémentaire. Par ailleurs, il n'est pas contesté que M. B a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a méconnu les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 12 octobre 2023 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

E. FROC

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2315473