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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2315541

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315541

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2315541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre
Avocat requérantBONOU JEACQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n°2313577 du 20 novembre 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a, sur le fondement de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. A B, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 15 novembre 2023.

Par cette requête, M. B, représenté par Me Bonou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou une autorisation de travail dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision à intervenir et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de fait sur les démarches administratives qu'il a réalisées ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public qu'il représente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bocquet, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 4 septembre 1994, déclare être entré irrégulièrement en France en août 2017. Interpellé le 14 novembre 2023, il a fait l'objet, le jour-même, d'un arrêté par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

3. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas examiné la situation de M. B avant d'édicter l'arrêté attaqué. Contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, qui indique avoir déposé une demande de titre de séjour auprès du préfet du Val-d'Oise et être convoqué en préfecture le 26 novembre 2024, il ne ressort pas des pièces produites qu'une convocation lui aurait été adressée. Dès lors, le préfet a pu estimer à bon droit qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français sans effectuer de démarches de régularisation. Par conséquent, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté. Il en est de même de celui tiré de l'erreur de fait.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. M. B soutient qu'il réside avec sa compagne et leurs trois enfants et qu'il est soigné pour ses yeux. Toutefois, sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 7 juillet 2022 et il se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis lors. De plus, il ne peut se prévaloir d'une résidence stable, indiquant bénéficier d'un hébergement d'urgence. Il ne ressort pas des pièces produites que sa compagne serait en situation régulière et seul un des trois enfants apparait scolarisé en 2023. De surcroit, aucune des pièces produites ne permettent de démontrer que M. B résiderait avec sa compagne et leurs enfants ni qu'il participerait à l'entretien et l'éducation de ces derniers. Il ne se prévaut d'aucune intégration professionnelle depuis 2017, ni d'une insertion sociale particulière. Enfin, il ne démontre pas avoir besoin d'un suivi médical particulier en France au regard de la seule production d'un rendez-vous médical. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. M. B soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur d'appréciation en considérant que son comportement représente une menace pour l'ordre public en raison de son signalement le 16 juillet 2020 pour des faits de viol et d'agression sexuelle. Si M. B est fondé à estimer que cette seule circonstance, en l'absence de tout autre élément sur les suites données à cette procédure, ne permet pas de regarder son comportement comme une menace à l'ordre public, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet ne s'est pas principalement fondé sur ce motif, les autres motifs invoqués suffisant à justifier le refus de titre et l'obligation de quitter le territoire français attaqués.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de

M. B doivent être rejetées, ainsi que les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

signé

P..Bocquet

Le président,

signé

P.-H. d'ArgensonLe greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2315541

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