Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315608

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2315608
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre
Avocat requérantLOQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2312880 du 20 novembre 2023, le tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B A et enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 30 octobre 2023.

Par cette requête enregistrée le 20 novembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, M. B A, représenté par Me Loquès, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2023, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à l'administration d'annuler son signalement au fichier des personnes recherchées ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions de séjour des citoyens européens en France et que son comportement ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à un intérêt fondamental de la société française.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M.Robert, premier conseiller ;

- et les observations de Me Loquès, représentant M. A

Considérant ce qui suit :

1. M. B A ressortissant roumain né le 25 juillet 2002, déclare être entré en France en 2007. Le 29 octobre 2023, l'intéressé a été interpellé pour des faits de vol à la roulotte en réunion. Par un arrêté du 29 octobre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

3. Il appartient à l'autorité administrative d'un État membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

4. Pour considérer que le comportement de M. A constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française, le préfet de la Seine-Saint-Denis a retenu la circonstance que l'intéressé a été interpellé le 29 octobre 2023 pour des faits de vol à la roulotte en réunion et qu'il aurait fait l'objet de signalements pour des faits, non datés, de vol avec destruction et de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D. Toutefois, le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui ne produit ni extrait de casier judiciaire, ni extrait du fichier de traitement des antécédents judiciaires, n'apporte aucune précision sur les éventuelles suites judiciaires qui auraient été données aux faits reprochés. Par ailleurs, M. A établit avoir suivi sa scolarité en France depuis l'année 2008 et y exercer une activité professionnelle de mécanicien poids-lourds. Dans ces conditions, M. A ne peut être regardé comme une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Il est, par suite, fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu les dispositions précitées en l'obligeant à quitter le territoire français.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 29 octobre 2023 en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait été signalé au fichier des personnes recherchées en raison de l'arrêté attaqué. Par suite, la présente annulation n'appelle aucune mesure d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 29 octobre 2023 est annulé.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024

Le rapporteur,

signé

D. Robert

Le président,

signé

P.-H. d'Argenson

Le greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2315608