Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires, enregistrés le 20 novembre 2023, le 30 octobre 2024, le 10 juillet 2025 et le 16 février 2026, ce dernier n’ayant pas été communiqué, M. A... E..., M. B... H..., Mme J... D..., M. G... I... et Mme F... K..., représentés par Me Azoulay, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 2 juin 2023 par lequel la commune de Châtillon a délivré un permis de construire en vue de la construction d’une école maternelle et de la démolition de l’existant, ainsi que les décisions du 22 septembre 2023 rejetant les recours gracieux de MM. E..., H..., I..., Coquard et de Mme D... ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Châtillon la somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ces décisions ont été signées par une autorité incompétente ;
- les décisions portant rejet des recours gracieux sont insuffisamment motivées ;
- l’arrêté du 2 juin 2023 a été délivré sur la base d’un dossier de demande dont l’incomplétude a faussé l’appréciation du service instructeur ;
- il méconnaît les articles UD 3 et UL 3 du règlement du plan local d’urbanisme ainsi que l’article CO 4 de l’arrêté du 25 juin 1980 ;
- il méconnaît les articles UD 4 et UL 4 du règlement du plan local d’urbanisme ;
- il méconnaît les articles UD 12 et UL 12 du règlement du plan local d’urbanisme ;
- il méconnaît les articles UD 13 et UL 13 du règlement du plan local d’urbanisme.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 11 mars 2024 et les 12 mars et 4 avril 2025, la commune de Châtillon, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. E... et autres au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, à titre principal, qu’elle est irrecevable et, à titre subsidiaire, qu’elle est mal fondée.
Par un courrier du 16 février 2026, les parties ont été informées, qu’en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir du tribunal administratif est susceptible d’être fondé sur le moyen, relevé d’office, tiré de l’irrecevabilité du moyen tiré de la méconnaissance de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme dès lors que celui-ci a été soulevé dans le mémoire du 30 octobre 2024, plus de deux mois après la communication aux parties du premier mémoire en défense le 11 mars 2024.
Par un courrier du 18 février 2026, les parties ont été invitées à présenter des observations sur la possibilité pour le tribunal de surseoir à statuer, en application des dispositions de l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme, au motif que la décision attaquée est susceptible de méconnaître l’article CO 4 de l’arrêté du 25 juin 1980 dès lors que la voie de desserte du terrain d'assiette du projet présente des dimensions inférieures à celles requises par cet article pour les établissements de 4ème catégorie.
Des observations, présentées pour la commune de Châtillon, ont été enregistrées le 19 février 2026.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Sorin, conseiller,
- les conclusions de Mme Garona, rapporteure publique,
- les observations de Me Ipek, représentant M. E... et autres, et de Me Alibert, représentant la commune de Châtillon.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté PC 092 020 23 B0002 du 2 juin 2023, la maire de Chatillon a délivré à la commune de Chatillon un permis de construire en vue de la construction d’une école maternelle, sur un terrain situé au 9-15, rue Jean Jaurès sur le territoire de cette commune, sur les parcelles cadastrées T 23, T 286 et T 285, classées en zone UD et UL du plan local d’urbanisme. Par la présente requête, M. E... et autres demandent au tribunal d’annuler ce permis de construire.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. Il ressort des pièces du dossier que l’affichage du permis de construire sur le terrain est attesté à compter du 7 juillet 2023. Mme K... ne justifie pas avoir exercé, durant le délai de recours contentieux, un recours gracieux. Ainsi, faute d’avoir exercé un recours gracieux durant le délai de recours contentieux, la requête, en ce qu’elle émane de Mme K..., est tardive.
3. Aux termes de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme : « Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. »
4. Il résulte de cet article qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
5. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont voisins immédiats du terrain d’assiette du projet et que le permis de construire attaqué autorise la construction sur un terrain vague d’une école maternelle d’une superficie de 2567 m² et d’une hauteur de 10 mètres, prévue pour accueillir 240 enfants. Le projet est ainsi susceptible de créer une augmentation du trafic sur la voie de desserte, des nuisances sonores et des nuisances de vue. Dans ces conditions, il est susceptible d’affecter directement les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance des biens qu’ils occupent et la fin de non-recevoir tirée du défaut d’intérêt pour agir doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
6. Aux termes de l’article L. 422-1 du code de l’urbanisme : « L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme (…) ».
7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l’arrêté du 2 juin 2023 ainsi que les décisions du 22 septembre 2023 portant rejet des recours gracieux de MM. E... et I... ont été signées par Mme C..., maire de Châtillon. Cette commune était, à la date de l’arrêté attaqué, couverte par un plan local d’urbanisme, de sorte que la compétence du maire, qui n’avait pas à justifier d’une délégation de signature, découle de la loi. Par suite, le moyen est inopérant.
8. En deuxième lieu, les moyens critiquant les vices propres dont la décision de rejet du recours gracieux seraient entachés ne peuvent être utilement invoqués à l’appui d’un recours dirigé contre une décision administrative et la décision portant rejet du recours gracieux dirigé contre celle-ci. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les décisions portant rejet des recours gracieux de MM. E... et I... seraient insuffisamment motivées.
9. En troisième lieu, d’une part, aux termes de l’article R. 431-5 du code de l’urbanisme : « La demande de permis de construire précise : (…) c) La localisation et la superficie du ou des terrains ; / d) La nature des travaux ; (…) ».
10. Si les requérants soutiennent que la superficie du terrain d’assiette du projet ne correspond pas à la réalité, il ressort des pièces du dossier et en particulier du formulaire CERFA que la superficie totale des parcelles sur lesquelles s’implante le projet correspond à la surface des parcelles enregistrées au cadastre, sans qu’ait d’incidence sur ce point la circonstance que le projet ne s’implante pas sur une partie de l’unité foncière. En outre, si l’arrêté attaqué indique autoriser une démolition, il ne ressort pas des pièces du dossier, en dépit de cette erreur de plume, que le projet avait un tel objet. Ainsi, le dossier de demande n’avait pas à comporter de précisions sur la démolition de l’existant.
11. D’autre part, aux termes de l’article R. 431-8 du code de l’urbanisme : « Le projet architectural comprend une notice précisant : (…) e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. »
12. Il ressort des pièces du dossier et en particulier du formulaire CERFA que le dossier de demande comporte bien l’indication du nombre de places de stationnement à créer. Il ressort également des pièces du dossier que le terrain d’assiette du projet a fait antérieurement l’objet d’un permis de démolir, de sorte que le projet s’implante sur un terrain qui ne comporte aucune plantation ni construction. Par suite, le moyen doit être écarté.
13. En quatrième lieu, aux termes des articles UD 3 et UL 3 du règlement du plan local d’urbanisme : « « 3-1-1. Pour être constructible, un terrain doit être desservi par une voie publique ou privée ou un accès ouvert à la circulation automobile, de caractéristiques proportionnées à l’importance de l’occupation ou de l’utilisation du sol envisagée. Les voies publiques ou privées doivent avoir des caractéristiques adaptées à l'approche du matériel de lutte contre l'incendie et des services de sécurité. »
14. Selon l’article CO 2 de l’arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public : « § 1. Voie utilisable par les engins de secours (en abrégé voie engins) : voie, d'une largeur minimale de 8 mètres, comportant une chaussée répondant aux caractéristiques suivantes, quel que soit le sens de la circulation suivant lequel elle est abordée à partir de la voie publique :/ Largeur, bandes réservées au stationnement exclues : / 3 mètres pour une voie dont la largeur exigée est comprise entre 8 et 12 mètres ; / 6 mètres pour une voie dont la largeur exigée est égale ou supérieure à 12 mètres. (…) ». Selon l’article CO 4 de cet arrêté : « (…) e) Etablissements de 4e catégorie : / Une façade accessible qui, par dérogation aux dispositions de l'article CO 2 (§ 1 et 2), est desservie : / - par une voie de 6 mètres de large comportant une chaussée libre de stationnement de 4 mètres de large au moins ; (…) ».
15. D’une part, et compte tenu notamment de ce que le projet constitue une école de quartier et qu’il est desservi par des transports en commun à proximité, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet autorisé par l’arrêté attaqué conduira à une augmentation sensible du nombre de véhicules dans la rue. En outre, si les requérants estiment que le projet ne comprend aucun aménagement particulier de nature à permettre l’accès au projet des personnes handicapées, il ressort des pièces du dossier que la sous-commission départementale pour l’accessibilité des personnes handicapées a donné un avis favorable à ce projet. Ainsi, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaît les articles UD 3 et UL 3 du règlement du plan local d’urbanisme.
16. D’autre part, il ressort des pièces du dossier et en particulier de la notice de sécurité incendie que la façade accessible aux engins de lutte contre l’incendie est desservie par une voie de 6 mètres de large comportant une chaussée libre de stationnement de 4 mètres de large au moins. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et en particulier du plan du rez-de-chaussée et des constats de commissaire de justice que la chaussée libre de stationnement présente une largeur inférieure aux 4 mètres requis par l’article CO 4 de l’arrêté du 25 juin 1980. Ainsi, les requérants sont fondés à soutenir que le projet méconnaît cet article. Par suite, la seconde branche du moyen doit être accueillie.
17. En cinquième lieu, les requérants soutiennent que le projet prévoit un local de stockage de déchets sous-dimensionné et qu’il pose des interrogations en termes d’accessibilité et d’insalubrité. Premièrement, les dispositions de l’article UD 4 règlementent le stockage de déchets dans les zones UDt et Uds. Deuxièmement, les dispositions de l’article UL 4 du règlement du plan local d’urbanisme ne prévoient aucune réglementation concernant le stockage des déchets. Enfin, à supposer que les requérants aient entendu soulever dans leur mémoire en réplique du 30 octobre 2024 le moyen tiré de la méconnaissance de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme, ce moyen, présenté plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense, est irrecevable.
18. En sixième lieu, aux termes de l’article UD 12 du règlement du plan local d’urbanisme : « 12-1. Dispositions générales / Le stationnement des véhicules motorisés et des vélos correspondant aux besoins des constructions et installations doit être assuré en dehors des voies publiques. (…) / Lors de toute opération de construction ou de transformation de locaux, toute place de parking supprimée doit être rétablie en plus des besoins nouveaux qu'entraîne la construction nouvelle et dont les normes minimales sont définies ci-après. (…) / 12-2-2 Normes de stationnement / Services publics ou d’intérêt collectif : en fonction des besoins. (…) ». Aux termes de l’article UL 12 du règlement du plan local d’urbanisme : « (…) / 12-2-2 Normes de stationnement / Services publics ou d’intérêt collectif : non réglementé (…) 12-3 Normes de stationnement des vélos / (…) Etablissements scolaires : 1 place pour 8 à 12 élèves ».
19. Il ressort des pièces du dossier que le projet comporte 6 places de stationnement pour vélos dédiées aux usagers et 20 places de stationnement pour vélos dédiées au personnel, représentant un total de 26 places, soit environ une pour 9,3 élèves conformément aux dispositions précitées. Les dispositions citées au point précédent ne distinguent pas entre les places destinées aux usagers et les places destinées au personnel. Elles n’imposent pas davantage la création de places visiteurs ni de prescriptions quant à la configuration des places de stationnement. Si les requérants soutiennent que le projet aurait dû prévoir la création de places de stationnement pour véhicules motorisés, il ne ressort pas des pièces du dossier que les besoins en stationnement générés par le projet, d’ailleurs situé à proximité d’une ligne de tramway et d’un arrêt de bus, auraient été sous-évalués. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles UD 12 et UL 12 du règlement du plan local d’urbanisme doit être écarté.
20. En septième lieu, les articles UD 13 et UL 13 du règlement du plan local d’urbanisme prévoient notamment que « Les projets de construction doivent être étudiés dans le sens d’une conservation maximum des plantations existantes. »
21. Les requérants soutiennent que le projet ne donne aucune indication quant à la végétation existante alors qu’avant démolition existaient des places de stationnement. Un tel moyen tend à exciper de l’illégalité du permis de démolir délivré antérieurement au permis de construire. Or, le permis de construire attaqué n’a pas été pris pour l’application du permis de démolir et n’y trouve pas sa base légale, de sorte que l’exception d’illégalité ainsi soulevée est inopérante.
Sur l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme :
22. Aux termes de l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme : « Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. »
23. Le vice tiré de la méconnaissance de l’article CO 4 de l’arrêté du 25 juin 1980 est susceptible d’être régularisé par la délivrance d’un permis de construire modificatif. Par suite, il y a lieu de surseoir à statuer sur les conclusions à fin d’annulation afin de permettre cette régularisation. La mesure de régularisation devra être communiquée au tribunal dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. E... et autres jusqu’à l’expiration d’un délai de deux mois, imparti à la commune de Châtillon pour notifier au tribunal un permis de construire régularisant le vice résultant de la méconnaissance de l’article CO 4 de l’arrêté du 25 juin 1980.
Article 2 : Les conclusions des parties sur lesquelles il n’est pas expressément statué par le présent jugement sont réservées jusqu’à la fin de l’instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... E..., premier requérant dénommé pour l’ensemble des requérants, et à la commune de Châtillon.
Délibéré après l'audience du 20 février 2026 à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Beauvironnet, conseillère,
M. Sorin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2026.
Le rapporteur,
Signé
S. Sorin
La présidente,
Signé
S. Edert
Le greffier,
Signé
F. Lux
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.