Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316002
lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316002 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 29 novembre et 11 décembre 2023, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision du 25 octobre 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.
Il soutient que :
- il est hébergé depuis plus de huit années dans une résidence sociale qu'il va devoir libérer, ayant dépassé l'âge limite pour y résider ;
- il est demandeur de logement social depuis neuf années ;
- il dispose de l'autorité parentale sur ses trois enfants qui résident au Sénégal et qu'il souhaite pouvoir accueillir.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Par un mémoire complémentaire enregistré le 14 juin 2024, M. A conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée,
- et les observations de M. A.
La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue del'audience.
Des pièces complémentaires ont été produites par le requérant le 19 juin 2024. Elles n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a saisi la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine d'un recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision en date du 25 octobre 2023, dont M. A demande l'annulation, la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande.
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " () II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. (). Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. () ".
3. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement () en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Île-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, () ".
4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.
5. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter le recours amiable de M. A, la commission de médiation des Hauts-de-Seine lui a opposé, d'une part, le fait que s'il déclarait être menacé d'expulsion, il ne produisait aucune pièce justificative permettant d'établir qu'il ferait l'objet d'un jugement d'expulsion et se prévalait uniquement d'un congé délivré par son bailleur, et, d'autre part, que s'il était hébergé en logement de transition depuis plus de dix-huit mois et en attente d'un logement social depuis un délai anormalement long, il était inscrit sur la plateforme BALAE, la procédure en cours devant se poursuivre. Toutefois, si le requérant n'établit pas la menace d'expulsion dont il se prévaut dès lors qu'il ne produit aucun jugement d'expulsion, la commission a retenu que M. A était hébergé depuis plus de dix-huit mois dans un logement de transition à la date de la décision attaquée. Or, la demande de logement social de l'intéressé date de 2015 et M. A justifie de nombreuses démarches restées infructueuses, pour tenter d'obtenir un logement social. Dès lors, en refusant de reconnaitre le caractère prioritaire et urgente de la demande de logement social de M. A au motif du caractère récent de ses démarches, la commission de médiation a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision du 25 octobre 2023 par laquelle la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable.
D É C I D E :
Article 1er r : La décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 25 octobre 2023 est annulée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La magistrate désignée
signé
H. Lepetit-Collin
La greffière,
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière