Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316178

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Val-d'Oise. Le tribunal a jugé que la décision de refus était légale, notamment car M. A ne justifiait pas d'un visa de long séjour, condition requise par l'accord franco-algérien pour l'obtention d'un certificat de résidence en tant que commerçant. Les moyens soulevés, tirés de l'irrégularité de la procédure, de la méconnaissance des accords bilatéraux sur les investissements et de l'erreur manifeste d'appréciation, ont été écartés. La solution retenue s'appuie sur les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, deux mémoires et des pièces complémentaires enregistrés les 3 décembre 2023, 5 décembre 2023 et 17 février 2024, M. B A, représenté par Me Portejoie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou un visa de long séjour ;

3°) de condamner le préfet du Val-d'Oise au paiement de la somme de 256 000 euros au titre du remboursement des cotisations fiscales et sociales versées pour ses sociétés en France ;

4°) de désigner un expert afin de liquider ses sociétés, lui affecter le bonus de liquidation, déterminer le régime fiscal applicable et ce, à la charge de la préfecture du Val-d'Oise, et assister les entreprises françaises et algériennes afin d'annuler leurs commandes ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur de droit en raison du refus du préfet de faire application de l'article L. 421-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui crée une discrimination au regard des algériens ;

- elle méconnait l'article 3 du décret n°2000-625 du 29 juin 2000 portant publication de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne sur l'encouragement et la protection réciproques des investissements ;

- elle méconnait l'article 5 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne sur l'encouragement et la protection réciproques des investissements en ne prévoyant pas le versement d'une indemnité dépossessoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son pouvoir exceptionnel de régularisation.

Le préfet du Val-d'Oise a communiqué les pièces utiles au dossier le 24 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne sur l'encouragement et la protection réciproques des investissements du 13 février 1993 ;

- le décret n°2000-625 du 29 juin 2000 portant publication de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne sur l'encouragement et la protection réciproques des investissements ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du code de justice administrative ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bocquet, conseillère ;

- et les observations de Me Portejoie, représentant M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 1er juillet 1979, est entré pour la dernière fois en France le 29 juin 2023 sous couvert d'un visa multi-entrées. Le 30 juin 2023, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un passeport talent. Par un arrêté du 29 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. " Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des Art. 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettres c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ". Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ;/ 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou par les stipulations équivalentes prévues par l'accord franco-algérien, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. M. A ne disposait pas d'un visa de long séjour conditionnant l'octroi d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 7 précité. En outre, il déclare être entré en France en juillet 2021 et donc n'établit pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Dès lors, le préfet du Val-d'Oise n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande. Par conséquent, le moyen doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France ainsi que l'exercice du droit d'asile. ". L'accord franco-algérien susvisé du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité, et les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'établir en France. Il suit de là que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance ainsi que de leur renouvellement, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, lesquels relèvent à cet égard des règles fixées par l'accord précité.

5. Si M. A fait valoir que les ressortissants algériens sont ainsi moins bien traités que les ressortissants d'autres États relevant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ayant refusé d'examiner sa demande de titre au regard de l'article L. 421-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette différence de traitement résulte d'une différence de situation qui est la conséquence nécessaire de la conclusion de l'accord franco-algérien, qui a, aux termes de l'article 55 de la Constitution, une valeur supérieure à la loi. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour constitue à son endroit une mesure discriminatoire au regard des stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 du décret n°2000-625 du 29 juin 2000, portant publication de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne sur l'encouragement et la protection réciproques des investissements, et de l'article 5 de l'accord précité, textes qui ne régissent pas le droit au séjour des ressortissants algériens, doivent être écartés comme inopérants.

7. Si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Dans ces conditions, il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.

8. Si M. A soutient qu'il réside en France depuis deux ans et trois mois à la date de la décision attaquée, qu'il travaille comme entrepreneur, étant dirigeant de trois sociétés spécialisées dans l'import-export entre la France et l'Algérie, et qu'il s'acquitte de ses impôts, il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment de la faible durée et des conditions du séjour en France de M. A qui ne démontre pas l'absence d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 42 ans, le préfet du Val d'Oise aurait, en prenant la décision attaquée et en refusant ainsi de régulariser le séjour de M. A, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur les conclusions à fin de désignation d'un expert :

9. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties ".

10. L'état du dossier ne nécessitait pas que le tribunal de céans ordonne une expertise avant de statuer sur la requête. Les conclusions à fin de désignation d'un expert doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

11. M. A estime avoir subi un préjudice financier du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour. Toutefois, l'ensemble des moyens présentés au soutien des conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision ayant été écartés, les conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller.

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

P. BocquetLe président,

signé

P.-H. d'ArgensonLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2316178