Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316322
jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316322 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées le 6 décembre 2023 et le 24 janvier 2024, Mme C B épouse A, représentée par Me Gorvitz, demande au tribunal :
1°) d'ordonner à l'administration la production de l'entier dossier ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien modifié ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et est dépourvue de base légale ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien modifié ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a produit l'entier dossier médical de Mme C B épouse A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. d'Argenson, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B épouse A, ressortissante algérienne, née le 16 juin 1958, est entrée en France le 17 août 2017 sous-couvert d'un visa C de quatre-vingt-dix jours valable du 11 avril au 7 octobre 2017. Elle a obtenu deux certificats de résidence algérien entre le
7 janvier 2019 et 6 janvier 2021. Elle a sollicité le 8 août 2023 la délivrance d'un titre de séjour pour soins sur le fondement des stipulations de l'article 6-7 de l'accord bilatéral susvisé. Par un arrêté du 28 novembre 2023, dont Mme B épouse A demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.
Sur le moyen commun à l'arrêté du 28 novembre 2023 :
2. L'arrêté contesté a été signé par M. D, sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté SGAD n°2023-060 du
25 septembre 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour, d'une délégation du préfet des Hauts-de-Seine à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français ainsi que les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de ce que ces décisions ont été signées par une autorité incompétente ne peut qu'être écarté.
Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français du 28 novembre 2023 :
3. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont motivées conformément aux dispositions des articles
L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article
L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et d'un défaut de motivation doit être écarté.
4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays (). ".
5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif saisi de l'affaire, au vu des pièces du dossier et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi et de la possibilité d'y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi et la possibilité d'en bénéficier effectivement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B épouse A, le préfet des Hauts-de-Seine, s'est fondé, notamment, sur l'avis émis le 15 novembre 2023 par le collège de médecins de l'OFII, lequel indique que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Les pièces produites par l'intéressée, qui souffre de plusieurs pathologies, dont un diabète de type 2 sans complication, ne contredisent sérieusement ni l'avis médical du 15 novembre 2023 ni l'appréciation portée par le préfet sur sa situation médicale. Si Mme B épouse A fait valoir qu'elle ne pourra avoir accès aux soins en Algérie dès lors qu'elle est isolée dans son pays d'origine et qu'elle a besoin de la présence de sa fille qui séjourne régulièrement sur le territoire français, elle ne démontre pas que la présence de cette dernière serait indispensable et n'apporte pas davantage la preuve qu'elle ne pourrait pas bénéficier de l'assistance d'une tierce personne en Algérie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-neuf ans et où résident quatre de ses enfants majeurs. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968 modifié doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ".
8. Mme B épouse A soutient être entrée en France en 2017 et y résider depuis lors notamment sous-couvert de titres de séjour valable du 7 janvier 2019 au 6 janvier 2021. Toutefois, la circonstance qu'elle séjourne sur le territoire français depuis cette date est insuffisante en soi pour démontrer l'existence d'une vie privée et familiale en France. Au demeurant, les titres de séjour portant la mention " visiteur " dont elle a bénéficié entre 2019 et 2021 ne lui donnaient pas vocation à s'installer durablement en France. En outre si elle se prévaut de la présence de ses fils et fille, de ses petits-enfants ainsi que celle de sa fratrie, ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme B épouse A, séparée et sans enfant à charge en France, n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-neuf ans et où résident quatre de ses enfants majeurs. Dans ces conditions, et pour les motifs également exposés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions en litige sur sa situation personnelle et familiale ne peuvent qu'être écartés.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté. Le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français, légalement fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en conséquence du refus de séjour, doit également être écarté.
10. Aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
11. La requérante ne saurait utilement invoquer l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dont le champ d'application est réservé aux mineurs de moins de dix-huit ans.
Sur la décision fixant le pays d'éloignement :
12. Il résulte de ce qui précède que, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen dirigé contre la décision fixant le pays d'éloignement par la voie de l'exception d'illégalité manque en fait et doit être écarté.
13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
14. La circonstance que Mme B épouse A ne pourrait bénéficier de soins dans son pays d'origine en raison de son isolement, à la supposer établie, ne constitue pas un risque de traitement inhumain ou dégradant. Au demeurant ainsi qu'il a été dit précédemment, la requérante n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-neuf ans et où résident quatre de ses enfants majeurs. Par ailleurs, Mme B épouse A n'établit pas, ni même n'allègue être effectivement et personnellement exposée à des peines ou traitements inhumains et dégradants au sens des stipulations précitées en cas de retour en Algérie. Ainsi, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen soulevé ne peut qu'être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner la communication de son entier dossier, que la requête de Mme B épouse A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B épouse A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, premier conseiller,
Mme Bocquet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
P.-H. d'ArgensonL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
D. Robert
Le greffier,
signé
V. Guillaume
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2316322