Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 décembre 2023, M. A... B..., représenté par Me Azghay, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 3 octobre 2020 par laquelle le maire de Garges-lès-Gonesse l’a informé du rejet tacite de sa demande de permis de construire portant sur la création d’un bureau par changement de destination, la division d’un logement existant et la création d’une fenêtre sur un bien situé au 19 bis rue de Verdun à Garges-lès-Gonesse ;
2°) de condamner la commune de Garges-lès-Gonesse à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral subi ;
3°) d’enjoindre au maire Garges-lès-Gonesse, à titre principal, de lui délivrer le permis de construire sollicité ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Garges-lès-Gonesse la somme de 2 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée méconnaît les articles R. 423-38 et R. 423-39 du code de l’urbanisme dès lors qu’il a transmis les pièces demandées dans le délai prescrit et qu’il n’a reçu aucune autre demande de pièce, si bien que son dossier était complet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2025, la commune de Garges-lès-Gonesse, représentée par Me Garrigues, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, les conclusions indemnitaires du requérant sont irrecevables en l’absence de demande indemnitaire préalable ;
- à titre subsidiaire, le moyen soulevé par le requérant n’est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme David-Brochen, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Gay-Heuzey, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Heral, représentant la commune de Garges-lès-Gonesse.
Considérant ce qui suit :
La société civile immobilière BM Immobilier, représentée par M. B..., a déposé le 5 juin 2023 une demande tendant à la délivrance d’un permis de construire en vue de la création d’un bureau par changement de destination, de la division d’un logement existant et de la création d’une fenêtre sur un bien situé au 19 bis rue de Verdun à Garges-lès-Gonesse. Par un courrier du 16 juin 2023, le maire de Garges-lès-Gonesse a demandé à M. B... de produire des pièces et informations manquantes, sous peine de rejet tacite de sa demande à l’issue d’un délai de trois mois. Par un courrier reçu le 17 juillet 2023, M. B... a transmis au maire de Garges-lès-Gonesse des pièces complémentaires, et notamment un nouveau formulaire CERFA indiquant qu’il entendait présenter sa demande en son nom propre. Par un courrier du 3 octobre 2023, le maire de Garges-lès-Gonesse a informé M. B... qu’une décision tacite de rejet était née sur sa demande de permis de construire, faute de production des pièces demandées. Par la présente requête, M. B... demande au tribunal d’annuler cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article R. 423-38 du code de l’urbanisme : « Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l’autorité compétente, dans le délai d’un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l’auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d’avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. ». Et aux termes de son article R. 423-39 : « L’envoi prévu à l’article R. 423-28 précise : / L’envoi prévu à l’article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu’à défaut de production de l’ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l’objet d’une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d’une décision tacite d’opposition en cas de déclaration ; (…) ».
Il résulte de ces dispositions que, lorsqu’un dossier de demande de permis de construire est incomplet, la commune doit inviter le demandeur, dans un délai d’un mois à compter de son dépôt, à compléter sa demande en lui indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. Si le demandeur adresse, dans le délai de trois mois à compter de la réception de ce courrier, l’ensemble des pièces manquantes, le délai d’instruction commence à courir à la date à laquelle la commune reçoit ces pièces et, si aucune décision n’est notifiée à l’issue du délai d’instruction, un permis de construire est tacitement accordé. A l’inverse, si le demandeur n’adresse pas à la commune l’ensemble des pièces manquantes dans le délai de trois mois, une décision tacite de rejet de la demande de permis de construire naît à l’expiration du délai d’instruction.
Aux termes de l’article L. 431-1 du même code : « Conformément aux dispositions de l’article 3 de la loi n°77-2 du 3 janvier 1977 sur l’architecture, la demande de permis de construire ne peut être instruite que si la personne qui désire entreprendre des travaux soumis à une autorisation a fait appel à un architecte pour établir le projet architectural faisant l’objet de la demande de permis de construire. ». Aux termes de l’article R. 431-1 du même code : « Le projet architectural prévu à l’article L. 431-2 doit être établi par un architecte. ». Aux termes de l’article R. 431-2 de ce code : « Pour l’application de l’article 4 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l’architecture, ne sont toutefois pas tenues de recourir à un architecte les personnes physiques (…) qui déclarent vouloir édifier ou modifier pour elles-mêmes : / a) Une construction à usage autre qu’agricole dont la surface de plancher n’excède pas cent cinquante mètres carrés ; (…) ».
Aux termes de l’article R. 431-4 du code de l’urbanisme : « La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-4 et R. 431-34-1. / Pour l’application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu’il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l’autorité compétente. ». Aux termes de l’article R. 431-25-2 du même code : « Lorsque les travaux projetés sont situés dans une commune où est instituée la redevance pour les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux et les locaux de stockage, le dossier présenté à l’appui de la demande doit comprendre la déclaration permettant d’asseoir et de liquider la taxe mentionnée à l’article L. 520-1 du présent code. ». Aux termes de l’article L. 520-1 du même code : « En région d’Ile-de-France, une taxe est perçue à l’occasion de la construction, de la reconstruction ou de l’agrandissement des locaux à usage de bureaux (…) ». Et aux termes de son article L. 520-2 : « Pour l’application du présent titre, est assimilée à la construction de locaux : / 1° L’affectation à usage de bureaux de locaux précédemment affectés à un autre usage ; (…) ». Aux termes de l’article R. 431-34-1 de ce code : « « Lorsque le projet porte sur la construction de logements collectifs, le dossier joint à la demande de permis de construire comprend, si le maire en a fait la demande, le plan intérieur de l’immeuble. ».
Pour fonder le refus tacite de permis de construire en litige, le maire de Garges-lès-Gonesse fait valoir que M. B... n’a pas produit, dans le délai de trois mois suivant la demande de pièces complémentaires du 16 juin 2023, le formulaire lié à la redevance pour les locaux à usage de bureaux, les plans intérieurs des logements ni la signature de l’architecte ayant établi son projet.
D’abord, il ressort des pièces du dossier que le projet porte sur la modification d’une construction à usage autre qu’agricole dont la surface de plancher s’élève à 369,05 m2, de sorte que la demande de permis de construire litigieuse était assujettie à l’obligation de recourir à un architecte. Il est toutefois constant que le formulaire de demande ne comporte pas la signature d’un architecte, en dépit de la demande de régularisation adressée en ce sens à l’intéressé le 16 juin 2023. Par suite, le maire de Garges-lès-Gonesse est fondé à lui opposer, pour ce motif, l’incomplétude de son dossier de demande de permis de construire.
Ensuite, il est constant que le projet litigieux porte sur la création d’une surface de bureaux de 30,25 m2 par changement de destination d’une surface dédiée à l’entrepôt. Dans ces conditions, le projet entre dans le champ d’application de la taxe prévue aux articles L. 520-1 et L. 520-2 du code de l’urbanisme. Dès lors, le dossier de demande en litige devait comporter la déclaration visée à l’article R. 431-25-2 de ce code, laquelle n’a pas été produite par l’intéressé. Par suite, le maire de Garges-lès-Gonesse est fondé à opposer à M. B..., pour ce second motif, l’incomplétude de son dossier de demande de permis de construire.
Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet porterait sur la construction de logements collectifs. Par suite, le maire ne pouvait exiger la production du plan intérieur de l’immeuble mentionné à l’article R. 431-34-1 du code de l’urbanisme. Il résulte toutefois de l’instruction que le maire de Garges-lès-Gonesse aurait pris la même décision s’il ne s’était fondé que sur les deux autres motifs d’incomplétude du dossier retenus aux points 7 et 8, qui suffisent à fonder un rejet tacite de la demande de l’intéressé en application des dispositions précitées du b) de l’article R. 423-39 du code de l’urbanisme.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de M. B... tendant à l’annulation de la décision du 3 octobre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions indemnitaires et celles présentées à fin d’injonction.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Garges-lès-Gonesse, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B... au titre des frais liés au litige.
En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. B... la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Garges-lès-Gonesse au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : M. B... versera à la commune de Garges-lès-Gonesse la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la commune de Garges-lès-Gonesse.
Délibéré après l’audience du 19 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Mathieu, présidente,
Mme Mettetal-Maxant, première conseillère,
Mme David-Brochen, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2026.
La rapporteure,
signé
L. David-Brochen
La présidente,
signé
J. Mathieu
La greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.