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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2316357

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316357

jeudi 23 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantNEGOTIUM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 6 décembre 2023 sous le numéro 2316357, la société Le Court Puteaux, représentée par Me Favot, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 octobre 2023 par laquelle la maire de la commune de Puteaux a résilié la convention d'occupation du domaine public relative à l'exploitation du bar-restaurant du tennis de l'île de Puteaux ;

2°) d'ordonner la reprise des relations contractuelles, sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Puteaux la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une mise en demeure préalable ;

- elle méconnaît les droits de la défense ;

- les griefs formulés à son encontre ne sont pas fondés.

Par des mémoires et des pièces, enregistrés le 22 mars, le 27 mars et le 31 octobre 2024, la commune de Puteaux, représentée par Me Banel, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société Le Court Puteaux à lui verser une somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Le Court Puteaux ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 février et le 31 octobre 2024, la commune de Puteaux, représentée par Me Banel, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à la société Le Court Puteaux, ainsi que tout occupant de son chef, de libérer immédiatement l'emplacement qu'elle occupe sur le domaine public, faute de quoi il sera procédé d'office à son expulsion, le cas échéant avec le concours de la force publique, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

2°) de l'autoriser, une fois l'expulsion ordonnée et exécutoire, à entrer dans les lieux, au besoin avec l'assistance d'un serrurier et le concours de la force publique et à procéder au transport et à la séquestration des effets que la société occupante sans titre aurait laissés sur place, aux frais, risques et périls de l'intéressée ;

3°) de condamner la société Le Court Puteaux à verser à la commune de Puteaux une indemnité d'occupation égale au montant de la redevance contractuelle, et ce depuis le 14 octobre 2023, date d'effet de la décision de résiliation, jusqu'à libération effective des lieux le 6 septembre 2024 ;

4°) de mettre à la charge de la société Le Court Puteaux la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'expulsion doit être ordonnée en raison de l'occupation sans titre du domaine public communal.

Par un mémoire enregistré le 4 mars 2024, la société Le Court Puteaux, représentée par Me Favot, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la commune de Puteaux à lui verser une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Le Court Puteaux ne sont pas fondés.

Par un courrier du 12 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de libération du domaine public, dès lors que ces conclusions sont devenues sans objet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourragué,

- les conclusions de Mme A, rapporteuse publique,

- et les observations de Me Mascré, représentant la commune de Puteaux.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Puteaux est propriétaire des parcelles constituant l'île de Puteaux sur lesquelles ont été aménagés des jardins, promenades et équipements sportifs tels que des courts de tennis. A proximité de ces courts de tennis est aménagé, sur la parcelle cadastrée section AI n°3, un bar-restaurant, pour l'exploitation duquel la société " Le Court Puteaux " a, au début de l'année 2022, répondu à un appel à manifestation d'intérêt, et ainsi proposé d'y accueillir les adhérents des installations sportives du tennis de Puteaux ainsi que tout autre visiteur, et en y développant le soir une offre de restauration avec voiturier, de type " bistronomie ". Par une convention d'occupation domaniale conclue le 15 avril 2022 pour une durée de 9 ans, la société " Le Court Puteaux " a été autorisée à disposer du terrain et des équipements mis à sa disposition, en contrepartie du paiement d'une redevance composée d'une part fixe et d'une part variable indexée sur le chiffre d'affaires annuel hors taxes réalisé par l'occupant. Par une décision du 9 octobre 2023, reçue le 14 octobre suivant, la commune a résilié la convention d'occupation du domaine public la liant à la société Le Court Puteaux, en application du paragraphe 2 de l'article 23 de cette convention. La société requérante doit être regardée comme demandant l'annulation de cette décision et la reprise des relations contractuelles la liant avec la commune de Puteaux. Par ailleurs, la commune de Puteaux demande au tribunal qu'il soit enjoint à la société Le Court Puteaux de libérer le domaine public qu'elle occupe sans titre depuis la résiliation de la convention d'occupation du 15 avril 2022. Les requêtes n° 2316357 et 2402299 présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 octobre 2023 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " L'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public peut être consentie, à titre précaire et révocable, par la voie d'une décision unilatérale ou d'une convention. ". L'article R. 2122-7 du même code prévoit que : " En cas d'inobservation de ses clauses et conditions ou pour un motif d'intérêt général, il peut être mis fin à l'autorisation d'occupation ou d'utilisation temporaire du domaine public par les autorités compétentes mentionnées aux articles R. 2122-4 et R. 2122-5. ". Enfin, aux termes des stipulations de l'article 23 la convention d'occupation domaniale conclue le 15 avril 2022 entre la société Le Court Puteaux et la commune de Puteaux : " () La présente convention sera résiliable par lettre recommandée avec accusé de réception : () / - En cas de désordre ou d'infraction à la réglementation applicable à un titre quelconque à l'activité exercée dans les lieux (). ".

4. En cas de manquements de nature à justifier qu'il soit mis fin à son contrat pour faute et sans indemnité, le titulaire doit, en principe, être préalablement mis en demeure de respecter ses obligations, sauf si le contrat en dispose autrement ou s'il n'a pas la possibilité de remédier aux manquements qui lui sont reprochés. En l'absence même de stipulations du contrat lui donnant cette possibilité, le concédant dispose de la faculté de résilier unilatéralement le contrat pour faute et sans indemnité. Dans l'hypothèse d'une saisine du juge aux fins de prononcer la déchéance du contrat, celui-ci est régulièrement saisi alors même que le délai donné au cocontractant pour se conformer à ses obligations n'est pas expiré. Le juge ne peut toutefois statuer qu'après expiration de ce délai.

5. La société Le Court Puteaux soutient que la décision en litige méconnaît les droits de la défense et le principe du contradictoire, dès lors qu'elle n'a pas été informée préalablement à cette décision des griefs qui lui étaient reprochés, et dès lors que la décision n'a pas été précédée d'une mise en demeure. Toutefois, la décision en litige est fondée sur le non-respect, par la société requérante, de ses obligations relatives à la législation du travail et sur le non-respect de ses obligations relatives à la tranquillité publique, griefs relevant de ceux énumérés de l'article 23 la convention d'occupation domaniale et pour lesquels il résulte des termes même des dispositions précitées de cette convention, que la résiliation peut être prononcée sans mise en demeure préalable, par simple lettre recommandée avec accusé de réception. Par suite, la société Le Court Puteaux n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse aurait été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ou des droits de la défense.

6. En second lieu, il incombe au juge du contrat, saisi par une partie d'un recours de plein contentieux contestant la validité d'une mesure de résiliation et tendant à la reprise des relations contractuelles, lorsqu'il constate que cette mesure est entachée de vices relatifs à sa régularité ou à son bien-fondé, de déterminer s'il y a lieu de faire droit, dans la mesure où elle n'est pas sans objet, à la demande de reprise des relations contractuelles, à compter d'une date qu'il fixe, ou de rejeter le recours, en jugeant que les vices constatés sont seulement susceptibles d'ouvrir, au profit du requérant, un droit à indemnité. Dans l'hypothèse où il fait droit à la demande de reprise des relations contractuelles, il peut décider, si des conclusions sont formulées en ce sens, que le requérant a droit à l'indemnisation du préjudice que lui a, le cas échéant, causé la résiliation, notamment du fait de la non-exécution du contrat entre la date de sa résiliation et la date fixée pour la reprise des relations contractuelles.

7. Pour déterminer s'il y a lieu de faire droit à la demande de reprise des relations contractuelles, il incombe au juge du contrat d'apprécier, eu égard à la gravité des vices constatés et, le cas échéant, à celle des manquements du requérant à ses obligations contractuelles, ainsi qu'aux motifs de la résiliation, si une telle reprise n'est pas de nature à porter une atteinte excessive à l'intérêt général et, eu égard à la nature du contrat en cause, aux droits du titulaire d'un nouveau contrat dont la conclusion aurait été rendue nécessaire par la résiliation litigieuse.

8. Eu égard au cadre juridique applicable au litige tel qu'exposé précédemment, les conclusions de la requête de la société Le Court Puteaux tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commune de Puteaux a décidé de résilier la convention d'occupation du domaine public qui lui avait été consentie doivent être regardées comme tendant à la reprise des relations contractuelles.

9. D'une part, ainsi que cela a été dit au point 5, aucun vice n'a entaché d'illégalité la décision attaquée. D'autre part, il résulte de l'instruction que la société Le Court Puteaux a commis des manquements à ses obligations contractuelles, notamment en ne respectant pas les obligations qui lui incombaient en matière de législation du travail et de tranquillité publique. La circonstance que les manquements relevés n'aient pas engagé la responsabilité de la commune est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que les stipulations de la convention du 22 avril 2022 ne conditionnent pas la résiliation à un préjudice causé à la commune. Par suite, le moyen tiré du bien-fondé de la décision attaquée doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la société Le Court Puteaux n'est pas fondée à contester la mesure de résiliation prise par la commune de Puteaux, et à solliciter la reprise des relations contractuelles.

11. Il résulte de tout ce qui précède et en tout état de cause que la convention d'occupation domaniale conclue le 22 avril 2012 entre la commune de Puteaux et la société Le Court Puteaux doit être regardée comme ayant été régulièrement résiliée le 14 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'expulsion de l'occupant sans titre du domaine public :

12. Par une ordonnance en date du 6 août 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Cergy Pontoise a enjoint à la société Le Court Puteaux de libérer l'emplacement qu'elle occupe au 2 allée de l'Ecluse à Puteaux, de le restituer à la commune de Puteaux, libre de tous ses effets personnels. Il ressort des pièces du dossier que la société Le Court Puteaux a libéré les lieux et remis les clés des locaux occupés à la commune de Puteaux le 6 septembre 2024. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'ordonnance du juge des référés du 6 août 2024 ait été contestée en cassation. Dans ces conditions, les conclusions de la commune de Puteaux tendant à ce qu'il soit enjoint à la société Le Court Puteaux, ainsi que tout occupant de son chef, de libérer immédiatement l'emplacement qu'elle occupe sur le domaine public sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions tendant au paiement d'une indemnité d'occupation :

13. Une commune est fondée à réclamer à l'occupant sans titre de son domaine public, au titre de la période d'occupation irrégulière, une indemnité compensant les revenus qu'elle aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. A cette fin, elle doit rechercher le montant des redevances qui auraient été appliquées si l'occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurée par l'occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu'aurait pu produire l'occupation régulière de la partie concernée du domaine public communal.

14. Il résulte de l'instruction que la société Le Court Puteaux était tenue, en vertu de l'autorisation d'occupation consentie par la convention du 15 avril 2022, modifiée par deux avenants des 19 juillet 2022 et 27 août 2023, au paiement d'une redevance composée d'une part fixe et d'une part variable indexée sur le chiffre d'affaires annuel hors taxes réalisé par l'occupant. Il y a lieu de mettre à la charge de la société Le Court Puteaux l'indemnité demandée par la commune, correspondant aux redevances dues au titre de la convention à date du dernier avenant pour la période courant du 14 octobre 2023 au 6 septembre 2024.

Sur les frais de l'instance :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Le Court Puteaux la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Puteaux, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête n°2316357 de la société Le Court Puteaux est rejetée.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de libération du domaine public présentées par la commune de Puteaux.

Article 3 : La société Le Court Puteaux versera à la commune de Puteaux au titre de l'occupation sans droit ni titre du bien mentionné à l'article 1er une indemnité d'occupation correspondant aux redevances dues pour la période courant du 14 octobre 2023 au 6 septembre 2024.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n°2402299 est rejeté.

Article 5 : La société Le Court Puteaux versera une somme de 1 500 euros à la commune de Puteaux sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Le Court Puteaux et à la commune de Puteaux.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient

M. Thobaty, président,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2025.

Le rapporteur,

signé

S. BourraguéLe président,

signé

G. Thobaty

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2316357, 2402299

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