Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316388

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantG.B AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, a ordonné une expertise à la demande de M. et Mme B. Cette mesure vise à déterminer l'origine et les causes des désordres (fissures et basculement d'un mur) affectant leur propriété, qu'ils imputent aux travaux publics de voirie réalisés par la société Razel Bec pour le compte d'un nouveau tramway. Le tribunal a rejeté les conclusions accessoires des requérants, notamment leur demande d'injonction sous astreinte de produire une attestation d'assurance et leur demande de pré-rapport, au motif qu'il n'appartient pas au juge des référés de statuer sur de telles demandes dans ce cadre.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2023, M. et Mme C et E B, représentés par Me Labussière Buisson, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer l'origine et les causes des désordres qui affectent leur propriété située 3 avenue Paul Langevin au Plessis Robinson (92350) ;

2°) d'enjoindre à la société Razel Bec de produire son attestation d'assurance dans un délai de huit jours à compter de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à l'expert de déposer un pré-rapport ;

4°) d'autoriser, en cas d'urgence, la partie la plus diligente à faire exécuter les mesures de sauvegarde, par des entreprises de son choix, à ses frais avancés et pour le compte de qui il appartiendra ;

5°) de se prononcer sur les entiers dépens ;

6°) de mettre à la charge de la société Razel Bec une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- alors que la société Razel Bec était en charge de travaux de voirie dans le cadre de la réalisation d'un nouveau tramway sur l'avenue Paul Langevin, ils ont constaté l'apparition de fissures sur leur habitation et un basculement de leur mur de clôture ;

- ils ont diligenté une expertise amiable et contradictoire qui a conclu le 6 mai 2021 à la déstabilisation de l'assise du mur par l'enlèvement et le grattage des graves par la société Razel Bec et à un risque de basculement ;

- toutefois, aucun accord des parties n'a pu être trouvé sur la reprise des désordres, la société Razel Bec imputant le dommage à un vice constructif du mur ;

- la mesure d'expertise est utile afin d'établir contradictoirement l'ensemble des désordres, de déterminer leur origine, les responsabilités, les préjudices et le coût de la remise en état ;

- la mesure d'expertise est urgente dès lors que le mur peut basculer sur la voie publique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, la société Razel Bec, représentée par Me Piéri, ne s'oppose pas à la demande d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage, et conclut :

1°) au rejet de la demande de communication sous astreinte des coordonnées de son assurance ;

2°) à ce que les dépens soient réservés ;

3°) au rejet des conclusions des requérants présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Grenier, première vice-présidente du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission (). ".

2. L'expertise demandée par M. et Mme B relative aux désordres constatés sur leur habitation et le mur de clôture de leur propriété du côté de l'avenue Paul Langevin qu'ils imputent à la réalisation de travaux publics de voirie par la société Razel Bec dans le cadre de la réalisation d'un nouveau tramway sur le territoire de la commune de Plessis Robinson, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

3. En revanche, il n'appartient pas au juge des référés d'autoriser une partie à faire exécuter des mesures de sauvegarde, par des entreprises de son choix, à ses frais avancés et pour le compte de qui il appartiendra.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité. Il suit de là que les conclusions tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communiqué aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les réserves exprimées :

5. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens par la société Razel Bec ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. et Mme B:

6. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de statuer sur des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. et Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

7. Aux termes de l'article R. 761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction, () ".

8. Il ressort de ces dispositions, que, dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au seul président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées par les parties sur les dépens doivent, en conséquence, être rejetées.

Sur les frais d'instance :

9. Il n'y a pas lieu, dans le cadre de la présente procédure qui ne tend qu'au prononcé d'une mesure d'instruction, de se prononcer sur les conclusions présentées par M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme D A, exerçant 4, rue de l'Abbé Turgis à Paris (75013), est désignée en qualité d'experte. Elle aura pour mission de :

- se rendre sur les lieux, propriétés de M. et Mme B, 3 avenue Paul Langevin au Plessis Robinson (92350) ;

- procéder aux constatations et relevé précis et détaillé des désordres en se faisant communiquer ou en recherchant tous éléments qu'elle estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

- préciser la date de construction de l'habitation et du mur de clôture de la propriété de M. et Mme B ;

- donner un avis motivé sur les causes et origines de chaque désordre et malfaçons affectant la propriété de M. et Mme B, en précisant s'ils sont imputables à l'exécution des travaux de construction réalisés par la société Razel Bec, à un défaut de direction ou de surveillance ou encore à la conception du mur de clôture ou aux conditions d'utilisation et d'entretien de ce mur et de l'habitation des requérants ;

- dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

- évaluer le caractère évolutif des désordres ;

- évaluer le risque de basculement du mur de clôture sur la voie publique ;

- en cas d'urgence, préciser les travaux indispensables et leur délai de réalisation ;

- déterminer l'ampleur et l'étendue des préjudices ;

- indiquer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité des ouvrages, en précisant s'il en résulte une plus-value pour M. et Mme B, notamment au regard de l'ancienneté et de l'état d'entretien des ouvrages affectés de désordres ;

- d'une façon générale, recueillir tous éléments techniques et de fait et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis en cas de saisine au fond de la juridiction.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 du code de justice administrative, dans les meilleurs délais. Des copies du rapport seront notifiées aux parties intéressées par l'expert et, avec leur accord, par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme C et E B, à la société Razel Bec et à Mme D A, experte.

Fait à Cergy, le 17 octobre 2024.

La juge des référés,

Signé

C. Grenier

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.