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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2316445

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316445

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316445
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrées les 8, 18 et 23 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Selmi, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un rendez-vous afin qu'il puisse déposer son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de

100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'étant dans l'impossibilité de prendre

rendez-vous pour déposer son dossier, il ne peut pas renouveler son titre de séjour, ce qui le place dans une situation de précarité et il risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- il a droit au renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article R. 233-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'il ne peut pas déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour sur la plate-forme dédiée à défaut de rubrique correspondant à sa situation familiale et qu'il n'existe pas d'autres alternatives pour ce dépôt.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2023, le préfet des

Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée ne sont pas établies.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 1er août 2023 pris pour l'application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixant les modalités d'accueil et d'accompagnement et les conditions de recours à la solution de substitution des usagers du téléservice " ANEF " ;

- l'arrêté du 31 mars 2023 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ouillon, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant canadien né le 7 avril 1976, est entré en France en mars 2016. Epoux d'une ressortissante britannique, il a été mis en possession, à compter du 6 février 2017, d'un titre de séjour portant la mention " membre de famille d'un citoyen de l'Union/EEE/Suisse " qui a été renouvelé et dont le dernier était valable jusqu'au 26 décembre 2023. Alors qu'il a divorcé de son épouse, M. A a souhaité demander le renouvellement de son titre de séjour en application des dispositions de l'article R. 233-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A, qui indique n'avoir pu présenter cette demande par le biais du téléservice " administration numérique pour les étrangers en France " (ANEF), demande au juge des référés, en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous afin qu'il puisse déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Aux termes de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. / Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1 ". Aux termes de l'article R. 233-9 du même code : " Les ressortissants de pays tiers mentionnés à l'article L. 233-2, admis au séjour en leur qualité de membre de famille, conservent leur droit au séjour dans les situations suivantes : / () 2° En cas de divorce ou d'annulation du mariage avec le ressortissant accompagné ou rejoint : / a) lorsque le mariage a duré au moins trois ans avant le début de la procédure judiciaire de divorce ou d'annulation, dont un an au moins en France () ". Aux termes de l'article R. 233-15 du code : " Les membres de famille ressortissants de pays tiers mentionnés à l'article L. 233-2 () reçoivent une carte de séjour portant la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union/ EEE/ Suisse-Toutes activités professionnelles ". Sa durée de validité est fixée à cinq ans () ".

6. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code ". Selon les dispositions du 6° de l'article 1er de l'arrêté du 31 mars 2023 visé ci-dessus, les demandes de cartes de séjour portant la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen UE/EEE/Suisse-Toutes activités professionnelles ", uniquement pour les ressortissants de pays tiers, mentionnées à l'article R. 233-15 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont effectuées, à compter du 5 avril 2023, au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du même code.

7. Aux termes des deuxième et troisième alinéas de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. / En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu à l'alinéa précédent, se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci ". Selon les articles 1 et 2 de l'arrêté du 1er août 2023 visé ci-dessus, lorsqu'en application de l'alinéa 1er de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les ressortissants étrangers présents en France rencontrent des difficultés dans le cadre du dépôt en ligne de leur demande de titre de séjour, ils peuvent bénéficier d'un accueil et accompagnement qui repose sur une assistance téléphonique et un formulaire de contact et sur un accueil physique. L'article 4 du même décret prévoit que la solution de substitution mentionnée à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est réservée aux usagers n'ayant pu déposer leur demande via le téléservice mentionné au même article malgré leur recours au dispositif d'accueil et d'accompagnement décrit à l'article 2 de l'arrêté. Après constat de l'impossibilité technique du dépôt de sa demande via le téléservice, l'usager est invité par la préfecture territorialement compétente à bénéficier de la solution de substitution. Par exception, l'usager peut bénéficier de la solution de substitution s'il produit, à l'appui de sa demande, un document du centre de contact citoyens attestant de l'impossibilité de déposer sa demande en ligne. La demande de titre est alors effectuée auprès de la préfecture ou d'une sous-préfecture du département de résidence. Un rendez-vous physique individuel est systématiquement proposé à l'étranger autorisé à déposer sa demande de titre selon cette modalité.

8. M. A soutient qu'il n'a pu finaliser sa demande de dépôt de son dossier de renouvellement de titre de séjour en application des dispositions de l'article R. 233-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui devait se faire par le biais du téléservice ANEF, comme le prévoit les dispositions mentionnées aux points 5 et 6, dès lors qu'aucune rubrique correspondant à sa situation familiale, divorcé d'une ressortissante britannique, ne lui aurait été proposée lors de l'utilisation de ce téléservice. Toutefois, si le requérant, qui ne produit qu'une seule capture d'écran du téléservice ANEF et un courriel adressé aux services de la préfecture faisant état de son problème, fait valoir qu'il se trouve ainsi dans l'impossibilité d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci, il n'établit pas, ni même n'allègue, avoir fait appel au dispositif, rappelé au point 7 du jugement, prévu, par l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté ministériel du 1er août 2023, dans une telle situation, et notamment qu'il aurait pris contact avec le service support de l'ANEF dénommé " centre de contact citoyen " pour lui signaler la difficulté à laquelle il serait confronté, ni avoir demandé en vain de présenter sa demande au moyen des solutions de substitution qui sont prévues par l'article précité. Dans ces conditions, compte tenu des seules démarches entreprises par l'intéressé, rappelées précédemment, le prononcé de la mesure sollicitée par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative n'apparaît pas utile ni justifié par l'urgence. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 23 janvier 2024.

Le juge des référés,

signé

S. Ouillon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 23164452

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