jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316450 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP LUSSAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 décembre 2023 et 3 janvier 2024, et deux mémoires distincts enregistrés les 15 décembre 2023 et 3 janvier 2024 hors contradictoire, la société à responsabilité limitée Nouvelle Central Dépannage Remorquage (SNCDR), représentée par Me Ansquer, demande au juge des référés :
1°) statuant en application des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'enjoindre, avant-dire droit, à la commune de Levallois-Perret de lui communiquer le rapport d'analyse et les motifs de rejet de son offre ; d'annuler la phase de sélection des offres de la procédure initiée pour pour la délégation du service public de " mise en fourrière et de gardiennage des véhicules automobiles, du véhicule de tourisme jusqu'aux 19 tonnes, deux roues, cycles et NVEI " et la décision du 28 novembre 2023 rejetant son offre ; d'enjoindre à la commune de reprendre cette procédure au stade de l'analyse des offres et de mettre à sa charge les entiers dépens de l'instance, le droit de plaidoirie et la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) statuant en application des dispositions de l'article L. 551-13 du code de justice administrative, à titre principal, d'annuler le contrat de délégation de mise en fourrière et de gardiennage des véhicules automobiles conclu entre la commune de Levallois-Perret et la société AD2R ; à titre subsidiaire, de résilier ce contrat ou d'en limiter la durée à deux mois et d'infliger à la commune une pénalité financière de 5 000 euros ; en tout état de cause, de mettre à sa charge les entiers dépens de l'instance, le droit de plaidoirie et la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- s'agissant des conclusions qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
o la décision par laquelle la commune a rejeté son offre est insuffisamment motivée ;
o l'offre retenue est anormalement basse ;
o la commune ne justifie pas s'être assuré de la recevabilité de la candidature de la société attributaire, ni de la régularité de son offre ;
o les critères de jugement des offres sont insuffisamment précis ;
o la commission d'appel d'offres et l'assemblée délibérante ne se sont pas prononcées sur l'attribution de la délégation dans des conditions régulières.
- s'agissant des conclusions qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 551-13 du code de justice administrative : ;
o elles sont recevables ;
o la commune a signé le contrat en méconnaissance du délai de standstill qu'elle s'est volontairement imposé ;
o la commune a manqué à ses obligations de publicité et de mise en concurrence dès lors que la décision rejetant son offre est insuffisamment motivée, l'offre retenue est anormalement basse, la commune ne justifie pas s'être assuré de la recevabilité de la candidature de la société attributaire et de la régularité de son offre, les critères de jugement des offres sont insuffisamment précis, la commission d'appel d'offre et l'assemblée délibérante ne se sont pas prononcées sur l'attribution du contrat dans des conditions régulières.
Par des mémoires en défense enregistrés les 20 décembre 2023 et 5 janvier 2024, la commune de Levallois-Perret conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative sont irrecevables dès lors que le contrat a été signé le 1er décembre 2023 ;
- les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-13 de ce code sont irrecevables dès lors qu'aucun délai de suspension ne s'imposait avant la signature du contrat et que la société requérante a déjà formé un référé précontractuel ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés les 2, 3 et 10 janvier 2014, la société AD2R, représentée par Me Job, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 6 000 euros soit mise à la charge de la SNCDR au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative sont irrecevables dès lors que le contrat a été signé le 1er décembre 2023 ;
- les manquements dont se prévaut la société requérante ne sont pas invocables au soutien d'un référé contractuel dès lors que la commune n'a pas méconnu une obligation de suspendre la signature du contrat.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
En application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative,
le président du tribunal a désigné M. Sitbon, conseiller, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 551-1 et L. 551-13 de ce même code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience, le 11 janvier 2023 à 15 heures :
- le rapport de M. Sitbon, juge des référés ;
- les observations de Me Ansquer, représentant la société SNCDR qui reprend les conclusions et moyens développés à l'écrit ;
- les observations de Me Job, représentant la société AD2R, qui reprend les conclusions et moyens développés à l'écrit ;
- et les observations de M. A pour la commune de Levallois-Perret qui reprend les conclusions et moyens développés à l'écrit.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis d'appel public à la concurrence, publié le le 27 janvier 2023, la commune de Levallois-Perret a initié une consultation en vue de conclure un contrat de délégation du service public de " mise en fourrière et gardiennage des véhicules automobiles, des véhicules de tourisme jusqu'aux 19 tonnes, des deux roues, des cycles et des nouveaux véhicules électriques individuels ". Par un courriel du 28 novembre 2023, la commune de Levallois-Perret a informé la SNCDR du rejet de son offre et de l'attribution du contrat à la société AD2R. Ce contrat a été signé le 1er décembre 2023. Par la présente requête, la société SNCDR a demandé au juge des référés, statuant par application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la décision du 28 novembre 2023 rejetant son offre et la phase de sélection des offres de procédure en cause. Par un mémoire complémentaire, elle lui demande, statuant par application de l'article L. 551-13 de ce même code, d'annuler le contrat conclu avec la société AD2R ou, à défaut, de le résilier ou d'en limiter la durée à deux mois.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, ou la délégation d'un service public. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ". Il résulte de ces dispositions que les pouvoirs conférés au juge administratif par la procédure de référé précontractuel ainsi instituée ne peuvent plus être exercés après la signature du contrat par le pouvoir adjudicateur, l'entité adjudicatrice ou l'autorité concédante.
3. Il résulte de l'instruction que le contrat portant délégation du service public de mise en fourrière et de gardiennage de véhicules a été signé par la commune de Levallois-Perret le 1er décembre 2023, soit antérieurement au dépôt de la requête en référé précontractuel de la SNCDR enregistrée le 8 décembre 2023. Par suite, les conclusions qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative sont manifestement irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 551-13 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi, une fois conclu l'un des contrats mentionnés aux articles L. 551-1 et L. 551-5, d'un recours régi par la présente section. ". Selon l'article L. 551-14 du même code : " Les personnes habilitées à agir sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat et qui sont susceptibles d'être lésées par des manquements aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles sont soumis ces contrats, ainsi que le représentant de l'Etat dans le cas des contrats passés par une collectivité territoriale ou un établissement public local ". En vertu de l'article L.551-18 du même code : " Le juge prononce la nullité du contrat lorsqu'aucune des mesures de publicité requises pour sa passation n'a été prise, ou lorsqu'a été omise une publication au Journal officiel de l'Union européenne dans le cas où une telle publication est prescrite. / La même annulation est prononcée lorsque ont été méconnues les modalités de remise en concurrence prévues pour la passation des contrats fondés sur un accord-cadre ou un système d'acquisition dynamique./ Le juge prononce également la nullité du contrat lorsque celui-ci a été signé avant l'expiration du délai exigé après l'envoi de la décision d'attribution aux opérateurs économiques ayant présenté une candidature ou une offre ou pendant la suspension prévue à l'article L. 551-4 ou à l'article L. 551-9 si, en outre, deux conditions sont remplies : la méconnaissance de ces obligations a privé le demandeur de son droit d'exercer le recours prévu par les articles L. 551-1 et L. 551-5, et les obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles sa passation est soumise ont été méconnues d'une manière affectant les chances de l'auteur du recours d'obtenir le contrat. ". L'article L. 551-19 du même code dispose que : " Toutefois, dans les cas prévus à l'article L. 551-18, le juge peut sanctionner le manquement soit par la résiliation du contrat, soit par la réduction de sa durée, soit par une pénalité financière imposée au pouvoir adjudicateur ou à l'entité adjudicatrice, si le prononcé de la nullité du contrat se heurte à une raison impérieuse d'intérêt général. / Cette raison ne peut être constituée par la prise en compte d'un intérêt économique que si la nullité du contrat entraîne des conséquences disproportionnées et que l'intérêt économique atteint n'est pas directement lié au contrat, ou si le contrat porte sur une délégation de service public ou encore si la nullité du contrat menace sérieusement l'existence même d'un programme de défense ou de sécurité plus large qui est essentiel pour les intérêts de sécurité de l'Etat ".
5. D'autre part, selon l'article R. 3125-2 du code de la commande publique : " L'autorité concédante respecte un délai de seize jours entre la date d'envoi de la notification et la date de conclusion du contrat de concession. Ce délai est réduit à au moins onze jours en cas de transmission électronique de cette notification à l'ensemble des candidats et soumissionnaires intéressés. / () ". L'article L. 3126-1 de ce même code dispose que : " Les règles de passation particulières à certains contrats à raison de leur objet ou selon que leur valeur estimée hors taxe est inférieure ou non au seuil européen qui figure dans l'avis annexé au présent code sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ". Enfin, aux termes de l'article R. 3126-11 du même code : " Les dispositions de la section 1 du chapitre V ne sont pas applicables aux contrats de concession qui relèvent du présent chapitre. / () ".
6. Il résulte des dispositions de l'article L. 511-18 du code de justice administrative citées au point 4 que, s'agissant des contrats de concession passés selon une procédure adaptée, qui ne sont pas soumis à l'obligation, pour l'autorité concédante, de notifier aux opérateurs économiques ayant présenté une offre, avant la signature du contrat, la décision d'attribution, ni concernés par le deuxième alinéa de cet article relatif à des marchés publics fondés sur un accord cadre ou un système d'acquisition dynamique, l'annulation d'un tel contrat ne peut résulter que du constat des manquements mentionnés au premier alinéa de cet article L. 551-18, c'est-à-dire de l'absence de toutes les mesures de publicité requises pour sa passation ou d'une publication au Journal officiel de l'Union européenne dans le cas où une telle publication est prescrite. Par suite, les candidats à l'attribution d'un tel contrat ne peuvent invoquer utilement, à l'appui de leurs conclusions tendant à l'annulation du contrat présentées dans le cadre d'un référé contractuel, que les manquements de l'autorité concédante à ses obligations de publicité visées au premier alinéa de l'article L. 551-18 du code de justice administrative.
7. Il résulte de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas contesté, que la valeur du contrat de délégation de service public dont la société requérante demande l'annulation, estimée à 1 500 000 euros hors taxe, est inférieure au seuil européen de 5 382 000 euros hors taxe. Dès lors, ce contrat relève des concessions passées selon une procédure adaptée, qui ne sont pas soumis à l'obligation, pour l'autorité concédante, de notifier aux opérateurs économiques la décision d'attribution du contrat. A cet égard, la circonstance que la commune de Levallois-Perret ait spontanément adressé à la société requérante son intention de conclure le contrat n'a pas pour effet de lui rendre applicables les règles de suspension de signature prévues pour les concessions passées selon une procédure formalisée.
8. Pour demander l'annulation de ce contrat, la SNCDR soutient que la décision de rejet de son offre est insuffisamment motivée, l'offre retenue anormalement basse et irrégulière, la candidature de la société AD2R irrecevable, les critères de sélection des offres imprécis et que la commission d'appel d'offres et l'assemblée délibérantes ne sont pas valablement prononcées sur l'attribution du contrat.
9. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 7, que les manquements dont se prévaut la société requérante ne relèvent d'aucune des hypothèses dans lesquelles le juge du référé contractuel peut exercer son office. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par la commune en défense, les conclusions présentées par la SNCDR sur le fondement de l'article L. 551-13 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Levallois-Perret qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la SNCDR et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SNCDR la somme de 1 500 euros à verser à la société AD2R sur ce même fondement.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Nouvelle Central Dépannage Remorquage est rejetée.
Article 2 : La société Nouvelle Central Dépannage Remorquage versera à la société AD2R la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Nouvelle Central Dépannage Remorquage, à la commune de Levallois-Perret et à la société AD2R.
Fait, à Cergy-Pontoise, le 25 janvier 2024.
Le juge des référés,
signé
J. Sitbon
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026