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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2316493

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316493

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantTOHON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés respectivement les 11 et 14 décembre 2023, et le 4 avril 2024, M. C A, représenté par Me Laurent, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 30 octobre 2023 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- les arrêtés litigieux sont insuffisamment motivés et attestent d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ils méconnaissent l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au renvoi devant une formation collégiale de la contestation de la décision de refus de séjour et au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un jugement du 21 décembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a statué sur les conclusions de la requête de tendant à l'annulation des décisions du préfet des Hauts-de-Seine du 30 octobre 2023 obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination, lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'assignant à résidence et a renvoyé devant une formation collégiale du tribunal les conclusions de la requête tendant à l'annulation la décision du 20 septembre 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a retiré son titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- la rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- et les observations orales de Me Laurent, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 28 mars 1996, est entré en France le 6 octobre 2016 et y a été rendu titulaire d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " valable du 4 mai 2023 au 3 mai 2024. Après que le magistrat désigné par le président du tribunal ait annulé, par une jugement du 21 décembre 2023, les décisions du préfet des Hauts-de-Seine en date du 30 octobre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, il demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet lui a retiré son titre de séjour en application de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

2. Aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Il résulte de ces dispositions que si l'autorité administrative entend retirer une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle, elle doit examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'étranger sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle et actuelle pour l'ordre public.

3. Pour décider de retirer le titre de séjour temporaire dont M. A était titulaire, le préfet s'est fondé sur la seule circonstance que sa présence en France présenterait une menace pour l'ordre public dès lors, d'une part, qu'il a été condamné par le tribunal judiciaire de Nanterre le 1er septembre 2023, dans le cadre d'une procédure en comparution immédiate pour des faits de " violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " commis le 30 août 2023, à une amende de 2 000 euros avec sursis, et, d'autre part, qu'il a fait l'objet de deux classements de procédure en 2021 pour des faits de violence et de refus de se soumettre au prélèvement biologique destiné à l'identification de son empreinte génétique ". Dans ces conditions, seuls les premiers faits étant réellement établis, ces circonstances, pour regrettables qu'elles soient, ne sont pas de nature à caractériser une menace réelle et actuelle pour l'ordre public. Il s'ensuit qu'en estimant, par sa décision du 30 octobre 2023 que le séjour en France de l'intéressé constituait une telle menace et, en conséquence, en lui retirant son titre de séjour, le préfet des Hauts-de-Seine a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 30 octobre 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de séjour temporaire.

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 30 octobre 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a retiré à M. A son titre de séjour temporaire est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,0

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