Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316616

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet du Val d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A, ressortissante algérienne, et l'a obligée à quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant la régularisation, compte tenu de la présence stable de Mme A en France depuis 2018, de son activité professionnelle continue en tant que coiffeuse en CDI, et de l'obtention de diplômes professionnels. La solution retenue s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le pouvoir discrétionnaire du préfet en matière de régularisation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 décembre 2023 et 2 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Marmin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour autorisant à travailler dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations du public avec l'administration en tant que le préfet ne l'a pas sollicitée en vue d'obtenir les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle est titulaire d'un brevet professionnel de coiffure ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle méconnait l'article R. 121-3 du code de l'artisanat ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle travaille comme coiffeuse en France depuis avril 2018 ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 3 avril 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Un mémoire en défense, présenté par le préfet du Val d'Oise, a été enregistré le 5 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de relations du public avec l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ausseil ;

- et les observations de Me Marmin, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 19 septembre 1975, est entrée en France le 30 janvier 2018. Le 16 juin 2022, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence d'Algérien portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 5 décembre 2023, le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. La situation de Mme A au regard du droit au séjour est entièrement régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé. Or, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Dans ces conditions, il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.

3. Il ressort des pièces du dossier et notamment des documents versés au débat par Mme A qui ne sont pas utilement contestés par le préfet, que la requérante séjourne en France de façon habituelle depuis janvier 2018, qu'elle exerce une activité de coiffeuse en contrat à durée indéterminé depuis avril 2018, qu'elle a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle de coiffure le 5 juillet 2019 ainsi que le brevet professionnel de coiffure le 5 juillet 2023. En conséquence, Mme A doit être regardée comme établissant la pérennité et la stabilité de son activité professionnelle. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le préfet du Val d'Oise, en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", a commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 5 décembre 2023 par laquelle le préfet du Val d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un certificat de résidence d'un an soit délivré à la requérante sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de délivrer à Mme A un certificat de résidence d'Algérien d'un an portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val d'Oise du 5 décembre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val d'Oise de délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val d'Oise.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Buisson, président ;

- M. Ausseil, conseiller ;

- Mme L'Hermine, conseillère ;

assistés de Mme Duroux, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Ausseil

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

C. Duroux

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2316616