Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316619
jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316619 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2023, Mme A B épouse C, représentée par Me Boumediene Thiery, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2021 par lequel le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Boumediene Thiery au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de convocation de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen de sa situation familiale
- elle est entachée d'une erreur de fait quant à sa situation familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une ordonnance du 3 avril 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Un mémoire en défense, présenté par le préfet du Val d'Oise, a été enregistré le 5 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Mme B épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de relations du public avec l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ausseil ;
- et les observations de Me Boumediene Thiery, représentant Mme B épouse C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B épouse C est une ressortissante turque née le 29 novembre 1984. Le 3 février 2020, elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 12 mars 2021, le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Mme B épouse C demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". L'article L. 211-5 du même code précise que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La décision de refus de délivrance du titre séjour contestée mentionne les textes dont le préfet du Val d'Oise a entendu faire l'application, notamment les dispositions des articles L. 313-10 et L. 313-11 alors applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet y a également précisé les éléments de fait sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. L'arrêté indique que Mme B épouse C ne peut bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-10 dans la mesure où elle n'a pas respecté l'autorisation de travail qui lui avait été délivré lors d'une précédente demande de titre de séjour. Il mentionne également que le requérant ne peut bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est célibataire et qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. En conséquence, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 313-14 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ".
5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Val d'Oise a estimé que la commission du titre de séjour n'avait pas à être saisie dès lors que, Mme B épouse C déclarant être entrer en France le 3 septembre 2011, elle n'y séjournait pas depuis plus de 10 ans à la date de la décision attaquée. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige a été adopté à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine pour avis de la commission du titre de séjour.
6. En troisième lieu, si Mme B épouse C fait valoir que l'arrêté mentionne à tort qu'elle est célibataire et a un enfant à charge alors qu'elle s'est mariée avec M. C le 20 mars 2021 et qu'elle a accouché de deux nouveaux enfants les 24 juillet 2020 et 16 février 2023, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche de salle versée au débat par le préfet, qui est datée du 3 février 2020 et signée par la requérante, que celle-ci a déclaré à cette date qu'elle était célibataire avec un enfant à charge et alors que la naissance du jeune D le 16 février 2023 est, en tout état de cause, intervenue postérieurement à la décision attaquée. Dans ces conditions, la requérante qui n'établit pas avoir informé le préfet de son changement de situation, n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté est entaché d'une erreur de fait et n'a pas été précédé d'un examen compte de sa situation personnelle.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Mme B épouse C fait valoir qu'elle est entrée sur le territoire français le 3 septembre 2011, qu'elle est mariée avec un compatriote et mère de trois enfants et qu'elle a signé un contrat d'intégration républicaine. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment des conditions de séjour de Mme B épouse C en France, qui n'est mariée que depuis mars 2021 avec un compatriote dont elle n'établit d'ailleurs pas la régularité du séjour et qui ne démontre pas l'absence d'attache dans son pays d'origine, la Turquie, où elle a vécu, au moins jusqu'à l'âge de 26 ans, le préfet du Val d'Oise, en prenant l'arrêté attaqué, ait porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été pris ledit arrêté. Par suite, le préfet du Val d'Oise n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B épouse C.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B épouse C ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A B épouse C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B épouse C et au préfet du Val d'Oise.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Buisson, président ;
- M. Ausseil, conseiller ;
- Mme L'Hermine, conseillère ;
assistés de Mme Duroux, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
M. Ausseil
Le président,
signé
L. Buisson
La greffière,
signé
C. Duroux
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2316619