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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2316752

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316752

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316752
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantSELARL VERPONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 décembre 2023 et 15 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Liénard-Léandri, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 21 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement, ensemble la décision du 17 novembre 2023 ayant rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au réexamen de son recours amiable dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait quant à l'incomplétude de son dossier, dès lors qu'elle a bien fourni à la commission la décision du département du Val-d'Oise lui attribuant un forfait surdité de 405,60 euros, que d'ailleurs le secrétariat de la commission de médiation lui a remis le 3 mai 2023 une attestation indiquant que son dossier était complet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête, faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la rapporteure publique a été, sur sa proposition, dispensée de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 21 juillet 2023, la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté le recours amiable présenté par Mme B tendant à voir reconnaitre sa demande de logement comme prioritaire et devant être satisfaite en urgence. Le recours gracieux de Mme B contre cette première décision demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux () ". L'article L. 441-2-3 du même code dispose que : " () II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114 () ".

3. Pour estimer irrecevable le recours amiable de Mme B, la commission de médiation du département du Val-d'Oise lui a opposé la circonstance qu'elle n'avait pas fourni de pièces justificatives quant à la pension d'invalidité dont elle avait déclaré bénéficier dans le formulaire déposé au secrétariat de la commission de médiation, produisant ainsi un dossier incohérent faisant obstacle à son examen par la commission. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B a rempli le formulaire de recours amiable, indiquant " 400 euros " sur la ligne " pension d'invalidité " dans le tableau pré-rempli visant à lui permettre de faire état de ses ressources financières, tableau qui ne contient aucune ligne dédiée à la déclaration d'une prestation de compensation du handicap (PCH). En conséquence de cette déclaration, la commission de médiation lui a demandé de compléter son dossier par un courrier du 18 avril 2023, exigeant qu'elle produise une pièce justificative de cette pension d'invalidité de 400 euros. En réponse à cette demande de pièce, Mme B a produit une attestation du département du Val-d'Oise indiquant qu'elle était bénéficiaire d'une PCH jusqu'au 30 avril 2031 d'un montant mensuel de 405,60 euros, production par laquelle elle devait être regardée comme justifiant d'une ressource de 400 euros liée à une invalidité et qui témoignait, sans doute possible, qu'elle s'était visiblement trompée en remplissant le formulaire de demande lorsqu'elle avait associé cette somme à une " pension d'invalidité " compte tenu du défaut de clarté du formulaire. Dès lors et dans les circonstances de l'espèce, la commission ne pouvait opposer à Mme B, qui avait été diligente en produisant les justificatifs demandés, qu'elle n'avait pas suffisamment justifié de sa situation en produisant les pièces nécessaires à l'examen de sa demande. Le moyen tiré de l'erreur de fait est donc fondé.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 21 juillet 2023 doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 17 novembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de changements intervenus dans les circonstances de droit et de fait, que la commission de médiation du Val-d'Oise statue à nouveau le recours présenté par l'intéressée. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de saisir la commission de médiation de ce département dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement afin de réexamen de la demande de Mme B

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : Les décisions de la commission de médiation du département du Val-d'Oise des 21 juillet 2023 et 17 novembre 2023 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de saisir la commission de médiation de ce département dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement afin qu'elle réexamine la demande présentée par Mme B.

Article 3 : L'État versera à Mme B la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La magistrate désignée

M. Monteagle

La greffière,

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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