Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316848
jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316848 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 15 et 20 décembre 2023, les 25 et 27 janvier, 3, 15, 16, 26 et 29 février, 7, 14 et 21 mars et 1er avril 2024,
M. B A, représenté par Me Rosin, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui donner, dans un délai de
quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, une date de convocation afin de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail après remise de son dossier complet et, dans l'hypothèse où la convocation ne lui serait délivrée qu'après son
dix-neuvième anniversaire, de tenir compte des démarches entreprises dans l'année suivant son dix-huitième anniversaire, au sens de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas définitivement admis à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'en tant qu'étranger pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance il est fondé à obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à condition d'en faire la demande dans sa dix-huitième année, soit avant le 1er janvier 2024 ; en l'absence de possibilité de déposer sa demande de titre de séjour, il est exposé à un contrôle de police sans pouvoir justifier de la régularité de sa situation ; en outre il a tenté à plusieurs reprises d'en obtenir la délivrance ;
- la mesure sollicitée est utile, dès lors qu'elle lui permettra d'obtenir un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour et de bénéficier d'un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail le temps de l'instruction de sa demande, alors qu'il ne parvient pas à obtenir un tel rendez-vous en dépit de ses démarches ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
La requête et les pièces complémentaires ont été communiquées au préfet des
Hauts-de-Seine, qui n'a pas formulé d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal, a désigné M. Bories, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant malien, né le 1er janvier 2005, est pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance des Hauts-de-Seine depuis le 14 février 2022, dans le cadre d'un placement judiciaire. Il fait valoir que, le 15 décembre 2022, il a fait l'objet d'une convocation en préfecture afin de déposer sa demande de titre de séjour comme jeune confié aux services de l'aide sociale à l'enfance, sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il était encore mineur et ne remplissait pas les conditions. Par un courrier du 12 décembre 2022, M. A a demandé à ce que le rendez-vous soit reporté. En l'absence de réponse, l'intéressé a déposé une nouvelle demande le 28 septembre 2023 sur la plateforme démarches-simplifiées. Le 14 décembre 2023, un nouveau courrier a été adressé à la préfecture signalant que sa situation était urgente
compte-tenu du fait que son 19ème anniversaire interviendrait le 1er janvier 2024. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous afin qu'il puisse déposer sa demande.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. / Sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du rapporteur public. ".
5. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
6. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
7. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
8. Il résulte de l'instruction que le requérant justifie avoir demandé le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour fondée sur l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un courrier du 12 décembre 2022 dit de " demande de report d'une convocation non sollicitée " alors qu'il avait été convoqué d'office et qu'il ne remplissait pas à cette date la condition tenant au suivi d'une formation de 6 mois posée par l'article
L. 435-3 précité ; à la suite de cette demande de report, il a rempli une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 28 septembre 2023 et l'a adressée par le biais de la plateforme démarches-simplifiées ; il justifie ensuite d'une relance le 14 décembre 2023 et encore de treize relances récentes, postérieures à sa requête, des 18 décembre 2023, 11, 18, 25 janvier, 2, 9, 16, 21, 29 février, 7, 14, 21 et 28 mars 2024 ; ainsi le requérant justifie avoir vainement sollicité les services de la préfecture plusieurs mois avant ses 19 ans, comme l'exige l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Dans ces conditions, et alors même que M. A sollicite son admission exceptionnelle au séjour et non une carte de séjour de plein droit, la demande d'injonction de
M. A fondée sur l'article L. 521-3 du code de justice administrative présente un caractère urgent, eu égard à la date butoir qu'elle implique, et revêt une utilité manifeste pour lui permettre de voir son dossier examiné alors qu'il prétend remplir les conditions posées par l'article
L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'absence de possibilité de faire enregistrer sa demande dans un délai raisonnable l'empêche en effet de régulariser sa situation administrative, le maintient dans une situation de précarité et le contraint à vivre dans l'anxiété d'un contrôle administratif et donc, dans le risque d'être éloigné du territoire national alors qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à 17 ans et qu'il a effectué sa formation professionnelle. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la demande présentée par M. A ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un rendez-vous dans un délai de
vingt-et-un jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'appartient pas en revanche au juge des référés saisi d'une demande de référé " mesures utiles " d'enjoindre au préfet d'examiner la demande sur le fond, en " tenant compte de ce que les démarches ont été entreprises par le requérant dans l'année de ses 18 ans ".
Sur les frais du litige :
11. Il ressort de ce qui est énoncé dans la présente ordonnance que M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve, d'une part, de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et, d'autre part, que
Me Rosin, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros à verser à
Me Rosin. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A, la somme de 800 euros lui sera directement versée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. A dans un délai de vingt-et-un jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de convocation afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de titre de séjour.
Article 3 : L'État versera à Me Rosin la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A, la somme de 800 euros lui sera directement versée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 25 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
A. Bories
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.