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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2316858

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316858

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316858
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEMICHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 décembre 2023 et le 29 mars 2024, M. A B, représenté par Me Lemichel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre audit préfet, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard;

4°) d'enjoindre, à défaut, audit préfet de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, en cas de rejet de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été édicté par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour dès lors qu'il réside depuis plus de dix ans sur le territoire français ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Le préfet du Val-d'Oise a communiqué des pièces enregistrées le 9 avril 2024.

Par une décision du 9 octobre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise, M. B a été admis à l'aide juridictionnelle partielle (25 %).

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-malienne du 26 septembre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Froc, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B ressortissant malien né le 31 décembre 1987, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 9 octobre 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme C, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait à cette fin d'une délégation qui lui a été consentie par un arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 22 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait.

4. En deuxième lieu, le refus de séjour attaqué, pris au visa notamment des articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de la convention franco-malienne du 26 septembre 1994, détaille les circonstances sur lesquelles l'administration s'est fondée pour estimer que M. B ne pouvait bénéficier d'un titre de séjour. Ainsi, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, laquelle s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, doit être écarté. Par ailleurs cette motivation témoigne de ce que le préfet du Val-d'Oise s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 (). ".

6. D'une part, M. B fait état de ce qu'il serait présent sur le territoire national depuis 2013. Toutefois, il ne ressort pas des pièces versées au débat que le requérant résiderait habituellement en France depuis plus de dix ans, à la date de la décision attaquée, dès lors, notamment, qu'il ne justifie pas de sa présence en France entre 2013 et octobre 2018, l'intéressé ne produisant que quelques documents épars qui ne couvrent que partiellement les années en cause. Par suite, en ne soumettant pas la demande de M. B, pour avis, à la commission du titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché sa décision d'un vice de procédure.

7. D'autre part, le requérant soutient qu'il justifie d'une bonne insertion professionnelle. Toutefois, s'il produit un contrat de travail signé le 1er octobre 2018 avec la SARL Glm Agro, des bulletins de salaire entre octobre 2018 et février 2023 ainsi que trois demandes d'autorisation de travail du 21 octobre 2021, 9 février 2022 et 16 mars 2023 émanant de la société en cause, il ne justifie pas d'une activité professionnelle à la date de la décision attaquée. De surcroît, il ressort des pièces du dossier et notamment d'un courriel de l'union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales, en date du 9 mars 2023, que la SARL Glm Agro a été radiée le 1er décembre 2021 et qu'elle n'a transmis aucune déclaration de versement de salaire. Ainsi, le requérant ne justifie pas d'une insertion professionnelle significative et stable sur le territoire. Par ailleurs, M. B, célibataire et sans enfant, ne fait valoir aucun obstacle à son retour dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans au moins et dans lequel vit sa mère et l'essentiel de sa fratrie. Dans ces conditions en estimant qu'eu égard à ses conditions de séjour et à sa situation personnelle et familiale, M. B ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

9. En l'espèce, M. B fait état de ce que sa vie privée et familiale est désormais installée sur le territoire français. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, et alors qu'il ne démontre pas une résidence continue sur le territoire français depuis 2013, l'intéressé ne justifie pas d'une insertion professionnelle stable et ancienne. Par ailleurs, il n'établit pas avoir noué des liens personnels particulièrement significatifs au cours des années de présence dont il se prévaut. En outre, l'intéressé, célibataire et sans charge de famille, ne se prévaut d'aucune circonstance particulière faisant sérieusement obstacle à ce que sa vie se poursuive normalement à l'étranger, et, en particulier, dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 26 ans et où de surcroît, il n'est pas contesté qu'il dispose d'attaches familiales. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 10 juillet 2023 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lemichel et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

E. FROC

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2316858

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