Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316903

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule la décision du 22 septembre 2023 par laquelle la commission de médiation du Val-d'Oise avait rejeté le recours de M. A pour un logement social urgent. Le tribunal estime que cette décision méconnaît l'autorité de la chose jugée, car un précédent jugement du 21 juin 2023 avait déjà reconnu le caractère prioritaire et urgent de la demande de M. A. En l'absence de changement dans la situation de l'intéressé, la commission ne pouvait pas rejeter à nouveau sa demande. Le tribunal enjoint au préfet de saisir la commission pour qu'elle reconnaisse ce caractère prioritaire et urgent dans un délai de deux mois. La solution s'appuie sur les articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2023 par laquelle la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social ;

2°) d'enjoindre au réexamen de son recours amiable.

Il soutient que la décision méconnaît l'autorité de la chose jugée et est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors le tribunal a reconnu le 21 juin 2023, par le jugement n° 2215199 que sa situation était prioritaire et urgente et que la commission de médiation n'a pas tenu compte de cette décision lors du réexamen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête, faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la rapporteure publique a été, sur sa proposition, dispensée de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 9 septembre 2022, la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté le recours amiable présenté par M. A tendant à voir reconnaitre sa demande de logement social comme prioritaire et devant être satisfaite en urgence. Le présent tribunal a annulé cette décision par un jugement n° 2215199 du 21 juin 2023. La commission de médiation a alors réexaminé le recours amiable de M. A, qu'elle a, à nouveau, rejeté par une décision du 22 septembre 2023, dont M. A demande l'annulation.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Par son jugement du 21 juin 2023, le tribunal a annulé la décision de rejet précédemment opposée à M. A au motif que le logement du requérant devait être regardé comme présentant des risques pour la santé de ses enfants, la situation de M. A satisfaisant ainsi aux conditions posées par la seconde phrase du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, le jugement concluant que M. A pouvait bénéficier des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 441-14-1 du même code, en vertu desquelles la commission peut reconnaître comme prioritaire une personne qui ne répond que partiellement aux conditions posées par voie réglementaire.

3. L'autorité de chose jugée s'attachant au dispositif de ce jugement d'annulation devenu définitif ainsi qu'aux motifs qui en sont le support nécessaire faisait obstacle à ce que, en l'absence de toute modification intervenue dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, la demande de M. A soit à nouveau rejetée par l'autorité administrative alors que le tribunal avait estimé que cette situation ouvrait droit par elle-même à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement. M. A est donc fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une méconnaissance de l'autorité de la chose jugée.

4. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Compte tenu du motif retenu par le présent jugement pour annuler la décision de la commission de médiation, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de saisir la commission de médiation de ce département afin qu'elle reconnaisse le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement social de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : La décision du 22 septembre 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de saisir la commission de médiation de ce département afin qu'elle reconnaisse le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement social de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La magistrate désignée

M. Monteagle

La greffière,

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision