Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316996

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316996
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantESSONO NGUEMA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 17 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise avait refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, ressortissante congolaise, et l'avait obligée à quitter le territoire français. La solution retenue est fondée sur le défaut d'examen complet de la situation de la requérante, le préfet n'ayant pas examiné sa demande de titre de séjour en qualité de salarié, en méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination sont également annulées. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de Mme B dans un délai de deux mois et a condamné l'État à verser 1 000 euros à son avocat au titre de l'aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Essono Nguema, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à titre principal au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Essono Nguema au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de forme tiré d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 3 avril 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Un mémoire en défense, présenté par le préfet du Val d'Oise, a été enregistré le 4 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Ausseil a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A B est une ressortissante congolaise née le 30 août 1988. Les 28 juin 2022 et 24 janvier 2023, elle a sollicité, à la fois, la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 17 mars 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Mme A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier, et notamment d'une fiche de salle du 24 janvier 2023 produite par le préfet, que Mme A B a demandé à la fois un titre de séjour pour soins et un titre en qualité de salarié. En s'abstenant d'examiner la demande de titre de séjour sollicitée par la requérante sur le second fondement, le préfet n'a pas procédé à un examen complet de la situation de l'intéressée et a ainsi entaché sa décision de refus de séjour d'illégalité.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 17 mars 2023 par laquelle le préfet du Val d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A B doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. L'exécution du présent jugement implique que la demande de Mme A B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

5. Mme A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Essono Nguema, avocat de Mme A B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Essomo Nguema de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 17 mars 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de la demande de Mme A B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Essono Nguema une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Essono Nguema renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B, à Me Jean-Marc Essono Nguema et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Buisson, président ;

- M. Ausseil, conseiller ;

- Mme L'Hermine, conseillère ;

assistés de Mme Duroux, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

M. AusseilLe président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

C. Duroux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2316996