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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2317003

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317003

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2317003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 décembre 2023 et le 3 mai 2024, M. B, représenté par Me Deburge, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2023 par laquelle le directeur général des voies navigables de France l'a radié des cadres ;

2°) d'enjoindre au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires de le reclasser sur un emploi vacant correspondant à son grade dans son cadre d'emplois ou, avec son accord, dans un autre cadre d'emplois ;

3°) de mettre à la charge du directeur général des voies navigables de France la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 133-3 et L. 135-4 du code général de la fonction publique ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 826-1 du code général de la fonction publique ;

- elle méconnaît les dispositions de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations ainsi que du décret n° 82-453 du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 mars 2024 et le 29 mai 2024, le directeur général des voies navigables de France, représenté par Me Vray, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;

- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère,

- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public ;

- et les observations de Me Vray, représentant le directeur des voies navigables de France.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, agent des voies navigables de France, exerçait les fonctions d'agent " exploitation maintenance aux ouvrages " au sein de l'écluse de Pontoise (Val-d'Oise) depuis le 15 décembre 1998, avant d'être placé en disponibilité pour convenances personnelles du 10 mai 2018 au 9 mai 2021 puis en disponibilité pour création ou reprise d'entreprise du 10 mai 2021 au 9 mai 2023. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2023 par lequel le directeur général des voies navigables de France l'a radié des cadres, à compter du 27 juillet 2023, pour non-réintégration à l'issue de cette période.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 133-3 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne peut faire l'objet de mesures mentionnées au premier alinéa de l'article L. 135-4 pour avoir : / 1° Subi ou refusé de subir les faits de harcèlement sexuel mentionnés à l'article L. 133-1, y compris, dans le cas mentionné au 1° du même article L. 133-1, si les propos ou comportements n'ont pas été répétés, ou de harcèlement moral mentionnés à l'article L. 133-2 ; () ". Selon l'article L. 135-4 du même code : " Aucun agent public ne peut faire l'objet d'une mesure concernant le recrutement, la titularisation, la radiation des cadres, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, le reclassement, la promotion, l'affectation, les horaires de travail ou la mutation, ni de toute autre mesure mentionnée aux 11° et 13° à 15° du II de l'article 10-1 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, ni de menaces ou de tentatives de recourir à celles-ci pour avoir : / 1° Effectué un signalement ou une divulgation publique dans les conditions prévues aux articles 6 et 8 de la même loi ; / 2° Signalé ou témoigné des faits mentionnés aux articles L. 135-1 et L. 135-3 du présent code. () ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B a dénoncé avoir subi des faits d'injures à caractère raciste pendant l'exercice de ses fonctions au sein de Voies navigables de France par un rapport du 18 septembre 2016 mais, contrairement à ce qu'il soutient, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il aurait dénoncé ou subi des faits qualifiés de harcèlement moral. Dans ces conditions, il n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que Voies navigables de France a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 133-3 du code général de la fonction publique. D'autre part, M. B n'est pas fondé à soutenir que Voies navigables de France a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 135-4 du code général de la fonction publique dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée par laquelle il a été radié des cadres est motivée par son absence de réintégration à l'issue de sa disponibilité malgré les informations délivrées par son employeur le 13 mars 2023 et le 6 juillet 2023, et non par sa qualité de lanceur d'alerte en 2016, soit plus de sept ans avant la décision attaquée. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 826-3 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état de santé dont le poste de travail ne peut être adapté, peut être reclassé dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emplois en priorité dans son administration d'origine ou, à défaut, dans toute administration ou établissement public () Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé. () ". Selon l'article L. 550-1 du même code : " La cessation définitive de fonctions qui entraîne radiation des cadres et perte de la qualité de fonctionnaire résulte : / () 2° De la non réintégration à l'issue d'une période de disponibilité ; () ". Enfin, l'article 49 du décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions dispose que : " () Trois mois au moins avant l'expiration de la disponibilité, le fonctionnaire fait connaître à son administration d'origine sa décision de solliciter le renouvellement de la disponibilité ou de réintégrer son corps d'origine. () Le fonctionnaire qui, à l'issue de sa disponibilité ou avant cette date, s'il sollicite sa réintégration anticipée, ne peut être réintégré pour cause d'inaptitude physique, est soit reclassé () soit mis en disponibilité d'office () soit, en cas d'inaptitude définitive à l'exercice des fonctions, admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié. "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été déclaré définitivement inapte à l'exercice de fonctions au sein de Voies navigables de France, sans adaptation possible du poste de travail, par le médecin du travail le 9 juin 2017 et n'a pas expressément sollicité son reclassement dans une autre administration. Par ailleurs, malgré les courriers du 13 mars 2023 et du 6 juillet 2023 par lesquels son employeur l'a informé de la nécessité de l'informer de ses intentions trois mois avant l'expiration de sa disponibilité et de sa radiation des cadres en cas d'abstention, M. B n'a pas sollicité le renouvellement de sa disponibilité expirant le 9 mai 2023, ni demandé sa réintégration par le courrier du 3 mai 2023, par lequel il a seulement sollicité une rupture amiable, ni par le courrier du 23 octobre 2023 qui ne contenait aucune demande explicite en ce sens. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que Voies navigables de France a méconnu les dispositions précitées en procédant à sa radiation des cadres par l'arrêté attaqué.

6. En troisième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, les dispositions de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations ainsi que les dispositions du décret n° 82-453 du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, il ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Voies navigables de France, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par Voies navigables de France au même titre.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Voies navigables de France présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à Voies navigables de France.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. GAY-HEUZEY

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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