Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317007
vendredi 30 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2317007 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Martin-Pigeon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 8 août 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son épouse et de sa fille ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'admettre son épouse et sa fille au titre du regroupement familial ou, à défaut, de réexaminer sa demande ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il justifie de ressources suffisantes pour prétendre au bénéfice d'une mesure de regroupement familial au bénéfice de son épouse et son enfant, en application des dispositions des articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il respecte les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République.
La requête a été communiqué au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Saïh,
- et les observations de Me Magne, substituant Me Martin-Pigeon, représentant M. B.
Une note en délibéré, présentée par M. B, a été enregistrée le 3 juillet 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité bangladaise, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 10 mars 2025. Le 7 décembre 2020, il a présenté une demande de regroupement familial au profit de son épouse puis de sa fille, née le 21 septembre 2022. Sa demande a été enregistrée le 19 novembre 2021. Il s'est vu remettre, ensuite, une attestation à jour de dépôt de sa demande le 4 novembre 2022. Par une décision du 8 août 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande au motif que ses ressources étaient insuffisantes.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. /Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. /Les dispositions du présent article ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ou lorsqu'une personne âgée de plus de soixante-cinq ans et résidant régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans demande le regroupement familial pour son conjoint et justifie d'une durée de mariage d'au moins dix ans. ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; 3° Cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus. ".
3. Il résulte de ces dispositions que le caractère stable et suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette même période. Cependant, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.
4. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. B, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur le motif que les conditions de ressources ne sont pas conformes dès lors que la moyenne des revenus mensuels de l'intéressé sur les douze mois précédant sa demande, évaluée à un montant de 1 306,40 euros bruts, est inférieure au salaire minimum de croissance, d'un montant de 1 589 euros bruts au cours de cette même période. Il ressort des pièces du dossier que si la moyenne des revenus nets mensuels du requérant sur les douze mois précédant sa demande soit entre novembre 2020 et octobre 2021 ne peut pas être calculée faute de communication de toutes les pièces justificatives, l'intéressé fait valoir qu'il remplit les conditions de ressources sur la période des douze mois ayant précédé la décision attaquée du 8 août 2023. Il ressort, en effet, des bulletins de paie produits pour la période comprise entre août 2022 et juillet 2023 que le salaire mensuel net moyen de M. B d'un montant de 1 378,69 euros est supérieur à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance net au cours de cette période, évaluée à la somme de 1 350, 56 euros. Dès lors, M. B, titulaire à la date de la décision en litige du 8 août 2023, d'un contrat à durée indéterminée conclu le 27 mai 2021, remplissait les conditions de ressources prévues par l'article L. 434-7 précité.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondée à demander l'annulation de la décision du 8 août 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, d'autoriser le regroupement familial demandé par M. B, en faveur de son épouse et de sa fille, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. B de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 8 août 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé d'admettre l'épouse et la fille de M. B au bénéfice du regroupement familial est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par le requérant au bénéfice de sa fille et de son épouse, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.
La rapporteure,
Signé
Z. Saïh
Le président,
Signé
T. Bertoncini La greffière,
Signé
N. Magen
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.