Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317032
jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2317032 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Walther, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2023 par lequel le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, d'une et d'autre part, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de forme tiré d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée d'un défaut d'examen particulier de la situation du requérant ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision d'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquences de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par une ordonnance du 3 avril 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Un mémoire en défense, présenté par le préfet du Val d'Oise, a été enregistré le 4 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de relations du public avec l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Ausseil a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est une ressortissant algérien né le 25 septembre 1985. Le 16 février 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 10 novembre 2023, le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
En ce qui concerne la décision relative au titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision de refus de délivrance du titre séjour contestée mentionne les textes dont le préfet du Val d'Oise a entendu faire l'application, notamment les stipulations du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles. Le préfet y a également précisé les éléments de fait sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. L'arrêté indique que M. A ne peut bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de cet article dans la mesure où il n'est pas entré sur le territoire national muni d'un visa long séjour et où il ne produit pas l'autorisation de travail prévue par l'article L.5221-2 du code du travail. Il mentionne également que le requérant ne peut bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou du pouvoir général de régularisation du préfet dès lors que dès lors que sa durée de séjour en France est trop faible, qu'il ne dispose pas d'une autorisation de travail, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et que rien ne s'oppose à ce qu'il reconstitue sa cellule familiale dans son pays d'origine. En conséquence, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
3. En deuxième lieu, M. A soutient que l'arrêté attaqué serait entaché d'un défaut d'examen particulier et d'une erreur de fait en tant qu'il s'appuie sur un avis défavorable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère qui ne lui a pas été communiqué et qui, en tout état de cause, serait illégal en tant que fondé sur l'absence de réponse de la société Mouzaia Trans SASU, son employeur, à des sollicitations des 5 et 15 juin 2023 qui ne lui seraient pas parvenue. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le refus de séjour sur le fondement du b de l'article 7 de l'accord-franco-algérien est fondé sur deux motifs tirés à la fois de l'absence de visa long séjour et sur le défaut d'autorisation de travail et que, à supposer que la décision de refus d'autorisation de travail soit irrégulière, il ne ressort pas des pièces du même dossier que le préfet aurait pris une décision différente. Par ailleurs, en ce qui concerne la décision de refus de séjour fondée sur le pouvoir général de régularisation du préfet, elle trouve son fondement dans l'absence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à permettre la régularisation. Enfin, en ce qui concerne les décisions prises sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et sur l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elles sont fondées sur la situation personnelle et familiale du requérant. Par suite, les imprécisions relevées par M. A n'affectent pas le motif des décisions contestées et ne sont donc pas de nature à les entacher d'illégalité.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
5. Si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Dans ces conditions, il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.
6. Si M. A fait valoir qu'il réside en France depuis quatre ans, qu'il travaille comme monteur de meuble pour la société Mouzaia Trans SASU qu'il s'acquitte de ses impôts et que sa femme et ses enfants séjournent en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et notamment de la durée et des conditions du séjour en France de M. A, qui est marié avec une compatriote en situation irrégulière et ne démontre pas l'absence d'attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans, le préfet du Val d'Oise, en prenant la décision attaquée, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision d'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.
8. En dernier lieu, pour les motifs indiqués, au point 6, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur la situation de l'intéressé doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Val d'Oise.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Buisson, président ;
- M. Ausseil, conseiller ;
- Mme L'Hermine, conseillère ;
assistés de Mme Duroux, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
M. Ausseil Le président,
signé
L. Buisson
La greffière,
signé
C. Duroux
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°231703