Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317140

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2317140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme B, ressortissante marocaine, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Val-d'Oise. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut d'examen de sa situation personnelle, et la violation de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ce dernier étant jugé inopérant car ne s'appliquant pas aux États membres. La décision a été prise en application des articles L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2023, Mme B, représentée par Me Savignat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou à tout autre préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- en instruisant sa demande au regard des dispositions relatives au regroupement familial dont elle ne remplit pas les conditions, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur de droit ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- à titre subsidiaire, elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale dès lors qu'elle fixe comme pays de destination, le Maroc, alors même qu'elle a fixé ses centres d'intérêts en France et qu'elle ne conserve plus de lien avec ce pays qu'elle a quitté lorsqu'elle était mineure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique les éléments constitutifs du dossier de la requérante.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zaccaron Guérin a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née le 1er janvier 2002, est entrée en France le 12 décembre 2017 sous couvert de son passeport national revêtu d'un visa D mention " regroupement familial ". Le 13 août 2020, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 5 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par un arrêté du 30 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait, par arrêté n°23-064 du 14 novembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature du Val-d'Oise, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée manque en fait et doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'a pas, préalablement à l'édiction de la décision de refus de séjour, procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

5. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 alinéa 1er du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ".

7. Il ressort des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative refuse de délivrer un titre de séjour à un ressortissant étranger, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays d'éloignement. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent être utilement invoquées.

8. En cinquième lieu, la requérante soutient que le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur de droit en instruisant sa demande au regard des dispositions relatives au regroupement familial dont elle ne remplissait pas les conditions et alors qu'elle avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il est toujours loisible au préfet d'examiner à titre gracieux la situation d'un étranger sur le fondement d'une disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autre que celle sur le fondement de laquelle il a été saisit d'une demande de titre de séjour. En outre, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise a bien examiné la situation de la requérante au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

10. En l'espèce, Mme B fait valoir qu'elle a établi le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français depuis le mois de décembre 2017 dès lors qu'elle y réside avec ses deux parents, qu'elle a suivi des études au sein d'un lycée professionnel entre 2018 et 2022, qu'elle entretient des liens importants avec l'une de ses sœurs, titulaire d'une carte de résidente 10 ans et ses cinq enfants, et qu'elle exerce une activité professionnelle depuis le mois d'avril 2020 en qualité d'agente de service en contrat à durée indéterminée à temps partiel. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les deux parents de la requérante se maintiennent en situation irrégulière sur le territoire français et qu'elle n'établit pas la réalité, l'ancienneté et la stabilité des attaches dont elle disposerait en France, notamment avec sa sœur et ses cinq cousins germains. Enfin, si la requérante justifie s'être inscrite en seconde, première et terminale professionnelles entre 2018 et 2022 et produit également de nombreux bulletins de paie délivrés entre avril 2020 et septembre 2023 par deux sociétés de nettoyage, cette activité est exercée à temps partiel, et que les sommes qu'elle dit avoir perçu à ce titre ne sont pas justifiée par la production de relevés de comptes. Par suite, les circonstances invoquées par la requérante ne sont pas suffisantes pour regarder Mme B comme ayant transféré le centre de ses intérêts personnels en France, l'intéressée n'établissant pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où réside l'une de ses sœurs et que ses deux parents, en situation irrégulière en France ont vocation à retourner au Maroc, pays dont ils ont tous deux la nationalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

12. Eu égard à ce qui a été énoncé au point 10 du présent jugement, c'est sans méconnaître l'article L. 435-1 précité que le préfet du Val-d'Oise a considéré que Mme B ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire ou motif exceptionnel justifiant de l'admettre au séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français() ". Aux termes de l'article L. 721-7 : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, ( ) / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

14. Si Mme B fait valoir qu'elle n'a plus de liens avec son pays d'origine le Maroc, il est constant qu'elle en a la nationalité. Par suite, en fixant le Maroc comme pays de destination, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

16. Il résulte de tout ce qui précède, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions en annulation de la requérante, et par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte tout comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 août 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Zaccaron Guérin, première conseillère,

Mme Beauvironnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin La présidente,

signé

S. Edert

Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 23171402