Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317164

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2317164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme C veuve D, ressortissante algérienne, qui contestait le refus de titre de séjour pour soins et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet des Hauts-de-Seine. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, et a jugé que la requérante ne démontrait pas que son état de santé, nécessitant une prise en charge médicale, présentait une exceptionnelle gravité au sens de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il a également estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 22 décembre 2023 et le 2 avril 2024, Mme A C veuve D, représentée par Me Tamba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C veuve D soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaissent l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elles méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnait les articles 3 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bocquet, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C veuve D, ressortissante algérienne née le

26 décembre 1955, déclare être entrée en France le 21 août 2023 sous couvert d'un visa Schengen court séjour. Elle a sollicité, le 19 septembre 2023, son admission au séjour pour soins sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 28 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, la requérante demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'ensemble des décisions contestées :

2. L'arrêté en litige a été signé par M. B E, sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un

arrêté n°2023-060 du 25 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à l'effet de signer les décisions de refus de titre de séjour et celles portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 7. au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

5. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme C veuve D sur le fondement des dispositions précitées, le préfet des Hauts-de-Seine s'est notamment fondé sur l'avis du 7 novembre 2023 du collège de médecins de l'OFII, qui a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. L'intéressée, qui a levé partiellement le secret médical, révèle qu'elle souffre d'une dépression avec périodes d'idées délirantes et produit un certificat médical du 18 septembre 2023 ainsi qu'un certificat précisant qu'elle a été hospitalisée aux services des urgences de l'hôpital Paris Saint-Joseph en novembre 2023 pour une embolie pulmonaire. Toutefois, Mme C veuve D ne démontre pas, par les pièces produites, l'exceptionnelle gravité de ses pathologies ni son absence totale d'autonomie. Dès lors, en estimant que Mme C veuve D ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ni commis d'erreur d'appréciation quant à son état de santé.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Mme C veuve D soutient qu'elle a résidé en France à partir de 1982 jusqu'au décès de son conjoint en 2017, ce dernier étant titulaire d'un certificat de résidence algérien et qu'elle est la mère de deux enfants majeurs dont l'un est en situation régulière sur le territoire national et l'autre de nationalité française. Toutefois, si l'intéressée soutient qu'elle a résidé en France de 1982 à 2017, elle ne produit pas de pièces justifiant de la réalité de ses allégations. En outre, eu égard au caractère récent de sa dernière entrée en France à compter d'août 2023, Mme C veuve D ne démontre pas de liens suffisamment intenses et stables avec ses deux enfants majeurs résidant sur le territoire français, l'intéressée étant retournée vivre en Algérie de 2017 à 2023. Dès lors, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les stipulations précitées en édictant la décision en litige ni commis d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.

8. Mme C veuve D ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son admission au séjour étant entièrement régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 14 de la même convention : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. ".

10. Mme C veuve D soutient que son renvoi en Algérie l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants ainsi qu'à un risque de discrimination du fait de son état de santé. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée serait réellement exposée à de tels traitements en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C veuve D doit être rejetée, y compris celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C veuve D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C veuve D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

P. Bocquet

Le président,

signé

P.-H. d'ArgensonLe greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2317164