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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2317170

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317170

mercredi 7 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2317170
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL GOUTAL ALIBERT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 décembre 2023, M. A B, représenté par

Me Pele, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Puteaux a refusé le permis de construire déposé le 31 juillet 2023 en vue de la construction d'une maison individuelle d'habitation, située au 18 rue Benoit Malon à Puteaux (92800) ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Puteaux de lui délivrer un certificat de permis de construire dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Puteaux la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il doit disposer d'un logement plus grand pour pouvoir obtenir la garde alternée de ses enfants ; que le projet a déjà été reporté à la suite d'un premier refus d'autorisation de construire ; qu'il subit depuis plusieurs années un préjudice personnel, matériel et moral causé par l'impossibilité d'avancer dans son projet de vie, et qu'il est placé dans une situation financière difficile ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'une décision tacite autorisant le permis de construire est née à l'issue du délai de la date d'expiration de la période d'instruction et que la notification d'un refus au-delà de l'expiration du délai constitue un retrait du permis de construire ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle porte atteinte à la procédure contradictoire préalable à tout retrait d'une décision individuelle créatrice de droit ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle méconnait les dispositions des articles UA12 et UA11 du plan local d'urbanisme ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce que la commune a considéré que le projet devait s'analyser en un immeuble d'habitat collectif avec des espaces communs alors qu'il s'agit d'un logement individuel.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2024, la commune de Puteaux, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. B de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Vu :

- la requête n° 2317287 enregistrée le 22 décembre 2023 par laquelle le requérant demande l'annulation de l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique qui s'est tenue le 11 janvier 2024 à 10h00, en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;

- les observations de Me Pele, représentant M. B et M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en soutenant en outre que la décision qui vise en réalité à permettre la création d'un emplacement réservé sur la parcelle est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- les observations de Me Alibay, substituant Me Peynet, représentant la commune de Puteaux, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture d'instruction a été différé au 18 janvier 2024 à 10 h.

Par deux mémoires complémentaires enregistrés les 15 et 18 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Pele, conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que le projet comporte une place de stationnement dont la surface permet de stationner une motocyclette et une automobile et que l'espace clos en sous-sol peut permettre d'assurer le rangement des vélos et des poussettes comme le montre le plan du sous-sol réalisé par l'architecte qui comporte l'aménagement d'un local " vélos et poussettes ".

Par un nouveau mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2024, la commune de Puteaux, représentée par Me Peynet, conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a déposé le 31 juillet 2023 une demande de permis de construire

en vue de la construction d'une maison individuelle d'habitation, situé au 18 rue Benoit Malon à Puteaux (92800). Par un arrêté du 30 octobre 2023, le maire de la commune de Puteaux a refusé de délivrer ce permis de construire. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il résulte de l'instruction que la commune de Puteaux a refusé une précédente demande de permis de construire déposée le 7 juillet 2022 par M. B sur la même parcelle, par une décision du 24 août 2022, au motif de ce que le projet méconnaissait l'article UA 6.2.1 qui impose la présence d'un pan coupé lorsque le terrain est situé à l'angle de deux voies et que le projet de M. B a été modifié de façon à prendre en compte les remarques du services instructeur. Il résulte de l'instruction et des observations présentées à l'audience que la commune de Puteaux a engagé une procédure de modification des documents d'urbanisme en vue de créer un emplacement réservé sur le terrain d'assiette. M. B invoque aussi ses conditions actuelles de logement qui ne lui permettent pas de loger ses deux enfants et les difficultés financières résultant du cumul des frais engagés en vue de ce projet de construction et du versement d'un loyer. Dans ces conditions et eu égard au caractère répété des refus de la commune au projet de M. B pour des motifs différents et nouveaux, l'urgence exigée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est caractérisée.

En ce qui concerne la condition relative à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ". Aux termes de son article R*424-1 : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite () ".

6. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'Etat. ()Aucune prolongation du délai d'instruction n'est possible en dehors des cas et conditions prévus par ce décret () ". Aux termes de son article R*423-18 : " Le délai d'instruction est déterminé dans les conditions suivantes : a) Un délai de droit commun est défini par la sous-section 2 ci-dessous. En application de l'article R. 423-4, il est porté à la connaissance du demandeur par le récépissé ; b) Le délai de droit commun est modifié dans les cas prévus par le paragraphe 1 de la sous-section 3 ci-dessous. La modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de la demande ; c) Le délai fixé en application des a ou b est prolongé dans les cas prévus par le paragraphe 2 de la sous-section 3 ci-dessous, pour prendre en compte des obligations de procédure qui ne peuvent être connues dans le mois qui suit le dépôt de la demande ". Aux termes de son article R. 423-19 du même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de son article R. 423-22 : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur () la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R.423-38 et R.423-41 ". Aux termes de son articleR. 423-23 : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". Aux termes de son article R. 423-24 : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R.423-23 est majoré d'un mois lorsque le projet est soumis, dans les conditions mentionnées au chapitre V, à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévues par d'autres législations ou réglementations que le code de l'urbanisme () ". Aux termes de son article R*423-42 : " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R.423-24 à R.423-33, l'autorité compétente indique au demandeur a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ ; b) Les motifs de la modification de délai ; c) Lorsque le projet entre

dans les cas prévus à l'article R. 424-2, qu'à l'issue du délai, le silence éventuel de l'autorité compétente vaudra refus tacite du permis ".

7. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ". Aux termes de son article L. 424-8 : " Le permis tacite et la décision de non-opposition à une déclaration préalable sont exécutoires à compter de la date à laquelle ils sont acquis ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article

L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".

8. Aux termes de l'article R. 424-10 du code de l'urbanisme : " La décision accordant ou refusant le permis ou s'opposant au projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal, ou, dans les cas prévus à l'article R. 423-48, par transmission électronique () ". Le demandeur est réputé avoir reçu notification de la décision à la date de la première présentation du courrier par lequel elle lui est adressée.

9. Il n'est pas contesté que le délai d'instruction prévu à L. 424-2 du code de l'urbanisme qui détermine le terme à l'issue duquel le silence gardé par l'autorité décisionnaire fait naitre une décision implicite d'acceptation, si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue de ce délai, a expiré le 31 octobre 2023. La première présentation du courrier contenant la décision contestée de refus a eu lieu le 2 novembre 2023, soit à une date à laquelle une décision implicite d'acceptation était née. Dans ces conditions, l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Puteaux a refusé la demande de permis de construire déposée par M. B doit être analysée comme une décision de retrait d'une décision implicite d'acceptation soumise au respect de la procédure contradictoire préalable prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. Il résulte de l'instruction que cette décision n'a pas été précédée d'une lettre mettant à même M. B de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant la légalité de la décision attaquée.

10. Il résulte de l'instruction que le refus de permis de construire est motivé par le

non-respect de l'article UA 12.1.7 du plan local d'urbanisme de la commune de Puteaux qui prévoit : " Pour toutes le constructions neuves d'habitation, le stationnement des motocyclette doit représenter au minimum 1 % de la SDP et de situer en sous-sol, soit sur des emplacements spécifiques, soit en combinaison avec des stationnement automobiles ". Ces dispositions doivent être combinées avec l'article UA 12.1.4 qui prévoit que : " Pour les constructions d'habitation dont les surfaces de plancher totales sont inférieures ou égales à 1.000 m² de superficie de plancher, il n'est pas imposé de règles en matière de stationnement des véhicules et 2 roues motorisées ". Il résulte de ces dispositions que le projet de M. B n'était pas soumis à la création d'une place de stationnement des motocyclettes. Il résulte de l'instruction qu'en tout état de cause le projet comporte une place de stationnement dont la surface permet de stationner une motocyclette et une automobile. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision de refus de permis de construire est entachée d'une application erronée de l'article UA 12.1.7 du plan local d'urbanisme de la commune de Puteaux est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant la légalité de la décision attaquée.

11. Le deuxième motif de refus du permis de construire est tiré du non-respect de l'article UA 12.1.8 du plan local d'urbanisme de la commune de Puteaux qui impose la création de locaux fermés et spécifiques pour entreposer les vélos et les poussettes en rez-de-chaussée ou en sous-sol. Il résulte de l'instruction que le projet comporte un espace clos en sous-sol intitulé local " vélos et poussettes ". Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision de refus de permis construire est entachée d'une application erronée de l'article UA 12.1.8 du plan local d'urbanisme de la commune de Puteaux est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant la légalité de la décision attaquée.

12. Le troisième motif du refus de permis de construire est tiré du non-respect de l'article UA 11 du plan local d'urbanisme de la commune de Puteaux qui impose aux constructions de ne pas porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux environnants. Il résulte de l'instruction que la décision ne comporte aucun motif de fait relatif à l'aspect de la construction et au caractère des lieux environnants et que les lieux environnants ne présentent aucun caractère remarquable auquel le projet porterait atteinte. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision de refus de permis de construire est entachée d'une application erronée de l'article UA 11 du plan local d'urbanisme de la commune de Puteaux est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant la légalité de la décision attaquée.

13. Il résulte de l'instruction que la commune de Puteaux a engagé une procédure de modification des documents d'urbanisme en vue de créer un emplacement réservé sur le terrain d'assiette du projet et que cette modification est le motif du refus de permis de construire opposé à M. B. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision de refus de permis de construire est entachée d'un détournement de pouvoir est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant la légalité de la décision attaquée.

14. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Aucun autre moyen n'est susceptible de fonder, en l'état du dossier, l'annulation de la décision attaquée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Puteaux a refusé sa demande de permis de construire déposée le 31 juillet 2023 en vue de la construction d'une maison individuelle d'habitation, située au 18 rue Benoit Malon à Puteaux (92800).

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

17. Aux termes de L. 424-3 du Code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L 421-6 ". Aux termes de l'article R. 424-13 de ce code : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. Ce certificat mentionne la date d'affichage en mairie ou la date de publication par voie électronique de l'avis de dépôt prévu à l'article R. * 423-6. En cas de permis tacite, ce certificat indique la date à laquelle le dossier a été transmis au préfet ou à son délégué dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales ".

18. Les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaitre tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable. Combinées avec les dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, elles mettent le juge administratif en mesure de se prononcer sur tous les motifs susceptibles de fonder une telle décision. Il ressort des travaux parlementaires de la loi du 6 août 2015 que ces dispositions ont pour objet de permettre d'accélérer la mise en œuvre de projets conformes aux règles d'urbanisme applicables en faisant obstacle à ce qu'en cas d'annulation par le juge du refus opposé à une demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable, et compte tenu de ce que les dispositions de l'article L. 600-2 conduisent à appliquer le droit en vigueur à la date de la décision annulée, l'autorité compétente prenne une nouvelle décision de refus ou d'opposition.

19. Il résulte de ce qui précède que, lorsque le juge suspend l'exécution d'un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

20. Eu égard à l'illégalité des 3 motifs opposés dans la décision attaquée et au caractère sérieux du moyen tiré d'un détournement de pouvoir et en l'absence de motif non relevé par la commune qui permettrait de le fonder, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Puteaux a refusé la demande de permis de construire déposée le 31 juillet 2023 par M. B implique nécessairement la délivrance d'une décision provisoire de permis de construire à M. B. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Puteaux de délivrer à M. B un permis de construire provisoire, dans un délai de quinze jours à compter de la mise à disposition de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

21. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

22. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées contre M. B qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Puteaux la somme de 1.500 euros au titre des frais liés à l'instance exposés par M. B en application de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Puteaux a refusé la demande de permis de construire déposée le 31 juillet 2023 par M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête tendant à son annulation.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Puteaux de délivrer à M. B un permis de construire provisoire, dans un délai de quinze jours à compter de la mise à disposition de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune versera à M. B la somme de 1.500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions de la commune de Puteaux

au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune de Puteaux.

Fait à Cergy, le 7 février 2024.

Le juge des référés,

Signé

G. Thobaty

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2317170

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