Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317256
lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2317256 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 26 et 27 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, et à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation professionnelle ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet du Val-d'Oise n'a pas saisi la commission du titre de séjour avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'a ainsi privé d'une garantie ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise indique confirmer son arrêté et communique l'ensemble des pièces constitutives de son dossier.
Il fait valoir que la commission du titre de séjour n'avait pas à être saisie.
Par une ordonnance du 29 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au
25 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Drevon-Coblence, présidente-rapporteure ;
-et les observations de Me Garrigue, substituant Me Calvo Pardo, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant pakistanais né le 1er décembre 1984, qui soutient être entré en France le 28 août 2012, démuni de visa, a sollicité le 21 avril 2023 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 30 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / (). ". En vertu du 4° de l'article L. 432-13 du même code, la commission du titre de séjour instituée dans chaque département, dont l'organisation est prévue à l'article L. 432-14, doit être saisie pour avis par l'autorité administrative dans le cas prévu à l'article L. 435-1.
3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise a estimé que les documents produits par le requérant n'étaient pas " de nature à justifier de façon probante sa présence habituelle en France depuis 10 ans, notamment pour les années de 2018 à 2020, de ce fait la commission du titre de séjour n'a pas été saisie. ".
4. Toutefois, M. B produit, pour chaque année à compter du 22 octobre 2012, de nombreuses pièces, notamment des documents administratifs, des documents médicaux, et des relevés de compte qui montrent de nombreux mouvements. Toutes ces pièces, dont l'authenticité n'est pas contestée par le préfet du Val-d'Oise, attestent de sa présence sur le territoire français depuis le mois d'octobre 2012. Ainsi, M. B doit être regardé comme résidant de façon habituelle en France depuis plus de dix ans à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. Dès lors, en ne saisissant pas la commission du titre de séjour avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'un vice de procédure, lequel a privé l'intéressé d'une garantie.
5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 30 novembre 2023 du préfet du Val-d'Oise doit être annulé en toutes ses dispositions, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête qui n'apparaissent pas, en l'état de l'instruction de nature à justifier l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Les motifs d'annulation retenus par le présent jugement impliquent nécessairement que l'autorité compétente procède au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B après avoir saisi la commission du titre de séjour. Il y a dès lors lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent compte-tenu du lieu de résidence de M. B, de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement, après avoir saisi la commission du titre de séjour, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement d'une somme de 1 000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE
Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 30 novembre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de M. B, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour après avoir saisi la commission du titre de séjour, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Drevon-Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
E. Drevon-Coblence
L'assesseure la plus ancienne,
signé
V. FléjouLa greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.