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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2317346

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317346

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2317346
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDUBOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 27 décembre 2023 et 29 janvier 2024, M. D A, représenté par Me Dubois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivé, insuffisance qui révèle un défaut d'examen sérieux ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi du délai de départ volontaire :

- elle est illégale en tant qu'elle est fondée sur une décision d'éloignement elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office :

- elle est illégale en tant que fondée sur une décision d'éloignement elle-même illégale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est illégale en tant que fondée sur une décision d'éloignement elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le Président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 31 janvier 2024, le rapport de

M. Beaufaÿs, magistrat désigné. Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 29 janvier 1991, a déclaré être entré sur le territoire français le 19 mai 2004 muni d'un passeport biométrique le dispensant de visa. Il a été mis en possession d'une carte de résident renouvelée en dernier lieu du 15 octobre 2021 au 14 décembre 2031. Cette carte de résident lui a été retirée par arrêté du 6 octobre 2022 pour un motif d'ordre public et le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de lui accorder dans cette même décision un titre de séjour " vie privée et familiale " valable un an, du 6 octobre 2022 au 5 octobre 2023. Postérieurement à l'expiration de ce dernier titre de séjour, le requérant a été interpellé le 25 décembre 2023 pour des faits de conduite sans permis de conduire. Par un arrêté du 26 décembre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant d'édicter la décision attaquée.

4. En troisième lieu, termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention "étudiant " ; / 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; ().".

5. Pour soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée, M. A soutient résider en France depuis l'année 2004, date de son arrivée au titre du regroupement familial et avoir été titulaire de plusieurs titres de séjour durant cette période. Toutefois, il est constant que le requérant n'est plus en situation de séjour régulier au sens et pour l'application des dispositions précitées des 3° et 4° de l'article L. 611-3, depuis le 6 octobre 2023, date à laquelle sa carte de séjour temporaire accordée par la décision du 6 octobre 2022 précitée, avait expiré. Par conséquent le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions susmentionnées doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. En l'espèce, M. A soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, dès lors que sa concubine est de nationalité française et que sa famille nucléaire vit régulièrement sur le territoire français, et qu'il a entamé des démarches pour s'insérer dans la société française. Toutefois, pour établir une vie commune avec Mme C B, M. A se borne à produire un justificatif de domicile à leurs deux noms ce qui est insuffisant pour établir l'existence d'une relation intense, ancienne et stable sur le territoire français. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi du délai de départ volontaire :

8. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a refusé le délai de départ volontaire à M A en se fondant sur le 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lequel le risque de fuite peut être regardé comme établi lorsque : L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour;".

9. Or il ressort des pièces du dossier que M. A est régulièrement entré mineur sur le territoire français et qu'il s'est vu régulièrement délivrer un titre de séjour postérieurement à son entrée régulière. Par suite, M. A n'entre pas dans les conditions posées par les dispositions précitées du 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles le préfet des Hauts-de Seine s'est fondée pour lui refuser un délai de départ volontaire. La décision refusant un délai de départ volontaire à M. A est par suite illégale et doit être annulée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et dirigé contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

12. Il ressort de ce qui a été dit au point 1. que le requérant est entré en France en 2004 à l'âge de treize ans, qu'il a vécu régulièrement en France pendant dix-neuf ans et que sa famille réside en France. M. A est, par suite, fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste d'appréciation des circonstances humanitaires justifiant de ne pas édicter une interdiction de retour à son encontre.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est seulement fondé à demander l'annulation que des décisions portant refus d'octroi du délai de départ volontaire et d'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de M. A relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 décembre 2023 est annulé en ce qu'il porte refus d'octroi du délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. BeaufaÿsLa greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui les concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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