Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317457
jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2317457 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 décembre 2023, M. E C, représenté par Me Sadoun, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, dès lors que, d'une part, il n'a pas sollicité de certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, d'autre part, le préfet a mentionné, à tort, que ses parents sont décédés et a omis de préciser que d'autres membres de sa famille, dont ses enfants, séjournent sur le territoire français ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, dès lors que, d'une part, il n'a pas sollicité de certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, d'autre part, le préfet a mentionné, à tort, que ses parents sont décédés et a omis de préciser que d'autres membres de sa famille, dont ses enfants, séjournent sur le territoire français ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Des pièces, enregistrées le 1er juillet 2024, ont été produites par le préfet du Val-d'Oise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024 :
- le rapport de M. d'Argenson, président ;
- et les observations de Me Sadoun, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 21 mars 1967, est entré en France le 9 mai 2019 sous-couvert d'un visa Schengen de court séjour valable du 5 juin 2017 au 4 juin 2019. Il a sollicité, le 7 février 2023, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 4 décembre 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. L'arrêté contesté a été signé par Mme A D, adjointe au chef du bureau du contentieux des étrangers, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Val-d'Oise n°23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département et du reste accessible sur le site internet de cette préfecture pour signer les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays d'éloignement en cas d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers n'étaient pas absents ou empêchés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.
3. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
4. Si M. C soutient qu'il n'a pas sollicité de certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien mais son admission exceptionnelle au séjour, il ressort de la fiche de salle produite par le préfet du Val-d'Oise que l'intéressé a bien présenté une demande sur le fondement de la vie privée et familiale, laquelle doit s'interpréter, en qualité de ressortissant algérien, comme une demande présentée sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, alors qu'il n'a pas coché la case " admission exceptionnelle au séjour ". Aucune erreur de fait, ni d'erreur manifeste d'appréciation, n'a donc été commise à cet égard. En tout état de cause, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise, alors qu'il n'y était pas tenu, a également examiné la possibilité d'une mesure de régularisation à titre humanitaire ou exceptionnel dans le cadre de son pouvoir général d'appréciation, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant inapplicable aux ressortissants algériens. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C, entré en dernier lieu en France le 9 mai 2019 sous couvert d'un visa valable jusqu'au 4 juin 2019, ne résidait sur le territoire français que depuis quatre ans et demi à la date de l'arrêté en litige. En outre, si sa conjointe, qu'il a épousé en 1990, réside sur le territoire français sous-couvert d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'en 2029 et que ses enfants, dont le plus jeune est né en 2012 en France, y sont également présents, le requérant, qui indique faire régulièrement des allers-retours depuis 2012, a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 52 ans. En outre, il ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière au sein de la société française. Enfin, l'intéressé ne démontre pas que sa présence serait indispensable pour assister son épouse qui souffre d'un diabète de type 2, selon ses déclarations, et dont il a vécu séparé de nombreuses années. Ainsi, M. C, qui ne justifie d'aucun motif exceptionnel ou considération humanitaire, dont toute la famille possède la nationalité algérienne et qui ne fait état d'aucun obstacle à solliciter le bénéfice du regroupement familial, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise, en refusant de l'admettre au séjour, aurait commis des erreurs de fait et manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
8. M. C, qui indique faire régulièrement des allers-retours depuis 2012, n'apporte pas la preuve qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants mineurs, ni en tout état de cause qu'il serait dans l'impossibilité de solliciter le bénéfice du regroupement familial. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français par la voie de l'exception d'illégalité manque en fait et doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, premier conseiller,
Mme Bocquet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
P.-H. d'ArgensonL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
D. RobertLa greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2317457