Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317475
jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2317475 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Cheron, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2023 par lequel le préfet du Val d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est fondé sur l'article 5 de l'accord franco-congolais du 25 octobre 2007 alors que sa demande avait été déposée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait l'article 2-23 de l'accord franco-congolais du 25 octobre 2007 ;
- il méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en se croyant en situation de compétence liée ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles en sa possession.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 relative à la circulation et au séjour des personnes ;
-l'accord franco-congolais relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement du 25 octobre 2007 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Robert, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant congolais né le 7 juin 1989, est entré en France le 10 octobre 2017 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " et a ensuite bénéficié de plusieurs titres de séjour portant la même mention dont le dernier a expiré le 28 février 2021. Par un arrêté du 31 août 2021, le préfet du Val d'Oise a refusé de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le 18 avril 2023, l'intéressé a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 18 octobre 2023, le préfet du Val d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, il ressort des termes même de l'arrêté attaqué que le préfet a notamment examiné la demande de M. A sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas examiné ladite demande sur le fondement de cet article doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2.2.3. de l'accord franco-congolais du 25 octobre 2007 susvisé : " La carte de séjour temporaire portant la mention salarié ou travailleur temporaire est délivrée sans que soit prise en compte la situation de l'emploi au ressortissant congolais titulaire d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente dans les métiers énumérés ci-après : Informaticien chef de projet ; Informaticien d'exploitation ; Informaticien expert ; () "
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A soit titulaire d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente. Au demeurant, les contrats de travail de chantier produits par le requérant mentionnent un emploi d'analyste programmeur, qui ne fait pas partie des métiers listés par les stipulations précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2.2.3. de l'accord franco-congolais du 25 octobre 2007 doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". L'article 13 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 susvisée stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. ".
6. Dès lors que les stipulations de l'accord franco-congolais susvisé prévoient la délivrance de titres de séjour pour l'exercice d'une activité salariée, un ressortissant congolais souhaitant obtenir un tel titre de séjour ne peut utilement invoquer les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'un point déjà traité par cet accord. Toutefois, bien que l'accord franco- congolais ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant congolais qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. A cette fin, le préfet dispose d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
7. M. A soutient qu'il réside en France depuis 2017, qu'il justifie d'une insertion professionnelle réussie et qu'il est père d'un enfant né le 16 octobre 2023 issu de son union avec une compatriote. Toutefois, le requérant ne démontre ni la régularité du séjour de sa compagne alléguée, ni l'ancienneté de leur relation et la réalité d'une vie commune. Sur ce point, il ressort de la fiche de salle signée par le requérant le 18 avril 2023 que celui-ci déclarait alors être célibataire. En outre, il ne produit aucun document établissant qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par ailleurs, si M. A démontre avoir effectué diverses missions d'intérim entre mai 2019 et septembre 2019, puis exercer un emploi d'analyste programmeur depuis avril 2021, cette activité salariée exercé depuis deux ans et six mois à la date d'édiction de l'arrêté attaqué ne peut, à elle seule, constituer un motif exceptionnel d'admission au séjour. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2021 qu'il n'a pas mise à exécution Au demeurant, le requérant ne justifie pas de l'existence d'obstacles réels et sérieux a un retour dans son pays d'origine afin de solliciter, s'il s'y croit fondé, le visa de long séjour correspondant à sa situation professionnelle. Par suite, M. A ne justifie pas de l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au soutien de sa demande d'admission au séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
8. En quatrième lieu, l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
9. Si le requérant soutient que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public dès lors qu'il a fait l'objet d'une unique condamnation pénale le 11 décembre 2020 pour des faits de conduite d'un véhicule sans assurance, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le refus de délivrance du titre de séjour est uniquement fondé sur l'absence de considérations humanitaires et de motifs exceptionnels. Le motif de l'arrêté attaqué tendant à l'application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant explicitement cité à titre surabondant, le moyen ne peut qu'être écarté.
10. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni des pièces du dossier, que le préfet du Val-d'Oise se serait cru en situation de compétence liée pour édicter l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre public et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
13. En septième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val d'Oise.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, premier conseiller.
Mme Bocquet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
D. Robert
Le président,
signé
P.-H. d'Argenson
Le greffier,
signé
V. Guillaume
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2317475