jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400088 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LEOUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2023 par le tribunal administratif de Montreuil, qui l'a transmise le 4 janvier 2024 au tribunal de céans par une ordonnance du 2 janvier 2024, M. B C A, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a pris une décision d'interdiction de retour en France d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de faire procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier Schengen ;
Il soutient que, s'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent le principe du respect des droits de la défense ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;
Par un mémoire enregistré le 6 février 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le Président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Bories, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article
R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 février 2024, en l'absence du préfet ou de son représentant :
- le rapport de M. Bories, magistrat désigné ;
- les observations de Me Leoue, avocate désignée d'office, représentant M. A, qui soutient que l'obligation de quitter le territoire est entachée d'erreurs de fait et d'erreurs d'appréciation, notamment sur son absence de démarches auprès de l'aide sociale à l'enfance, et sur le fait qu'il va pouvoir suivre une formation en apprentissage à compter de septembre 2024, que la décision méconnait l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles L. 435-1 à L. 435-3 du même code et la circulaire Valls du 28 novembre 2012 ; elle soutient également que le refus de délai n'est pas justifié au fond, s'agissant d'un requérant qui dispose d'une adresse fixe, et que l'interdiction de retour est illégale, en raison de l'existence de circonstances particulières propres à
M. A ;
- les observations de M. A lui-même, ainsi que de son accompagnant social ; M. A regrette de s'être mis dans cette situation lors de son interpellation et son accompagnant social souligne qu'il est gentil et respectueux et que les services sociaux ne rencontrent aucune difficulté avec lui.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant marocain né le 22 juin 2005, entré en France en décembre 2022 selon ses dires et pris en charge par l'aide sociale à l'enfance en tant que mineur isolé en janvier 2023, a été interpellé le 28 décembre 2023 dans le cadre d'une enquête de flagrance pour détention, transport, acquisition, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai, prise le même jour par le préfet de la Seine-Saint-Denis, assortie d'une interdiction de retour en France d'une durée d'un an, arrêté dont M. A demande l'annulation.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté du 28 décembre 2023 est signé par Amélie Pauleau, chef du bureau de l'éloignement, qui dispose d'une délégation de signature pour prendre les décisions concernées en vertu d'un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 27 novembre 2023 régulièrement publié ; dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui la fondent. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait procédé à un examen insuffisant de la situation du requérant. Par suite, ces deux moyens doivent être écartés.
4. En troisième lieu, si le requérant soutient dans sa requête sommaire que la décision méconnait le respect des droits de la défense, ce moyen qui n'a pas été repris à l'audience, n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé ; en tout état de cause, le requérant a pu s'expliquer sur sa situation et son parcours lors de son audition par les services de police le 28 décembre 2023.
5. En quatrième lieu, le requérant soutient que la décision du préfet est entachée d'erreurs de fait, qui tiennent notamment à ce qu'il a fait des démarches auprès de l'Aide sociale à l'enfance et qu'il y est désormais admis en qualité de jeune majeur depuis une décision du 3 juillet 2023 ; toutefois, en indiquant que le requérant n'a pas démontré sa volonté de régulariser sa situation administrative en France où il est entré irrégulièrement, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est borné à constater qu'aucune demande de titre de séjour n'avait été formulée par le requérant, ce qui a été confirmé à l'audience ; il suit de là que ce moyen doit être écarté.
6. En cinquième lieu, le requérant soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'erreurs manifestes sur l'appréciation de sa situation personnelle, parce qu'il est pris en charge par l'aide sociale à l'enfance de Nanterre, qu'il dispose désormais d'un projet de formation professionnelle en apprentissage (boulangerie) censé débuter en septembre 2024, qu'il n'a jamais troublé l'ordre public et regrette ce que son accompagnant social qualifie de " dérapage inattendu et isolé " ; toutefois, interpellé fin 2023 en train de revendre du cannabis, le requérant, qui n'a pas encore suivi de formation professionnelle depuis son entrée en France fin 2022, n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; si les services sociaux attestent, par des pièces et à l'audience, de sa gentillesse et de sa bonne volonté, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation d'autant que l'arrêté précise qu'il est déjà " connu au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits d'usage illicite de stupéfiants " ; il suit de là que le moyen doit être écarté.
7. En sixième lieu, le requérant soutient que la décision porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ; toutefois, il ressort du
procès-verbal d'audition qui a été tenu par les services de police que M. A est célibataire, sans famille en France en dehors d'un oncle éloigné ; il s'ensuit que le moyen, d'ailleurs non repris à l'audience, doit être écarté.
8. En septième lieu, le requérant soutient que l'arrêté du 28 décembre 2023 méconnait les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française " ; toutefois ce moyen est inopérant dans la mesure où le requérant n'a formulé aucune demande de titre de séjour ; en tout état de cause, la prise en charge par l'aide sociale à l'enfance doit avoir été faite par le mineur isolé " au plus tard le jour de ses seize ans ", de telle sorte que cet article n'a pas vocation à s'appliquer à la situation de l'intéressé.
9. En dernier lieu, le requérant se prévaut des dispositions relatives à l'admission exceptionnelle au séjour prévues aux articles L. 435-1 à L. 435-3 et en particulier, de ce dernier article, pour soutenir que la mesure litigieuse est illégale ; toutefois, ainsi qu'il a été dit au point précédent, ce moyen est inopérant puisque M. A n'a pas déposé de demande de titre de séjour ; en tout état de cause, s'il entend se prévaloir de ces dispositions pour étayer et illustrer le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, il est renvoyé au point 6 du présent jugement.
Sur les conclusions spécifiquement dirigées contre le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :
10. Le requérant soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne pouvait l'éloigner sans délai du territoire dans la mesure où il dispose d'un hébergement fixe et stable, dans le cadre de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance ; toutefois, cette circonstance n'interdit pas au préfet de refuser un délai de départ volontaire à l'intéressé, alors que le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'y autorise au contraire dès lors qu'il "existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet " ; l'article L. 612-3 du même code précise les cas dans lesquels ce risque peut être regardé comme établi et il en ressort que la situation de M. A répond à plusieurs des situations indiquées : il est en effet entré en France irrégulièrement sans solliciter de régularisation (cas n°1) et il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes puisqu'il a déclaré aux services de police, n'avoir aucun titre d'identité ou passeport (cas n°8) ; il suit de là que le moyen doit être écarté.
Sur les conclusions spécifiquement dirigées contre l'interdiction de retour d'une durée d'un an :
11. M. A soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui interdisant le retour en France pour une année, dès lors que le préfet ne peut prendre de telle décision si une situation humanitaire s'y oppose ; toutefois, il ne ressort pas de la situation du requérant, exposée aux points 6 et 7 du présent jugement, qu'il justifie de circonstances humanitaires particulières, alors qu'il est désormais majeur depuis juin 2023 ; le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation, dirigées contre l'obligation de quitter le territoire sans délai et contre l'interdiction de retour édictées par l'arrêté attaqué du 28 décembre 2023, doivent être rejetées ; il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction ;
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B C A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
A. Bories La greffière,
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026