Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400090
jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400090 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 janvier 2024, Mme B A, représentée par
Me Cheron, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet du Val d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur de fait en ce que le préfet a estimé que la requérante ne justifie pas du sérieux et de la progression des études entreprises ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
Par une production du 6 juin 2024, le préfet du Val d'Oise communique l'ensemble des pièces utiles en sa possession.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Robert, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 23 septembre 1998, est entrée en France le 15 septembre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", puis a bénéficié de plusieurs certificats de résidence algérien portant la même mention, dont le dernier a expiré le 14 novembre 2022. Par un arrêté du 5 décembre 2023, le préfet du Val d'Oise a refusé de renouveler ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " () ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.
3. Pour refuser à Mme A la demande de renouvellement de son titre de séjour étudiant, le préfet du Val-d'Oise lui a opposé une absence de progression dans ses études depuis l'année 2019-2020. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante a été inscrite en 1ère année de licence " Informatique, Electronique, Energie Electrique, Automatique " au sein de l'Université de Rouen-Normandie au titre de l'année 2019-2020, puis en 2ème année de licence " Informatique " pour l'année 2021-2022 au sein de la même université, avant d'obtenir un Bachelor " Chef de projets digitaux " au sein de l'école européenne des métiers de l'Internet au titre de l'année 2022-2023. Le niveau de ce diplôme correspond à celui d'une 3ème année de licence et il présente un lien certain avec les études antérieures de Mme A. Au demeurant, l'intéressée démontre être inscrite en Master 1 " Apps et cybersécurité " au titre de l'année 2023-2024. Dans ces conditions, l'intéressée démontre tant le caractère sérieux, que la progression et la cohérence de ses études. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur d'appréciation en refusant de renouveler son certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant ".
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté susvisé du 5 décembre 2023 en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet du Val d'Oise de délivrer à l'intéressé un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de sa notification.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 5 décembre 2023 du préfet du Val-d'Oise est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val d'Oise de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, premier conseiller.
Mme Bocquet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
D. Robert
Le président,
signé
P.-H. d'Argenson
Le greffier,
signé
V. Guillaume
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400090