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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2400103

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400103

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCARRILLO CRUZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une ordonnance de renvoi n° 2324536 du 21 décembre 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. B A, enregistrée le 24 octobre 2023.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise les 4 janvier et 7 février 2024 sous le numéro 2400103, M. B A, représenté par Me Carrillo Cruz, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la communication de l'ensemble des documents sur lesquels le préfet de police a fondé ses décisions ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 26 septembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le même préfet lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois ;

3°) d'annuler l'arrêté en date du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le même préfet lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 20 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'erreurs de fait et d'erreur de droit ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 435-1, L. 422-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'absence de communication de son entier dossier par l'administration méconnaît son droit au procès équitable et les dispositions de l'article L. 741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas été mis à même de formuler des observations de sorte que l'arrêté attaqué méconnaît son droit d'être entendu ;

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'arrêté du 20 octobre 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II) Par une ordonnance de renvoi n° 2325415 du 21 décembre 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. B A, enregistrée le 4 novembre 2023.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise les 4 janvier et 7 février 2024 sous le numéro 2400114, M. B A, représenté par Me Carrillo Cruz, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la communication de l'ensemble des documents sur lesquels le préfet de police a fondé ses décisions ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 26 septembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le même préfet lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois ;

3°) d'annuler l'arrêté en date du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le même préfet lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 26 septembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination et l'arrêté du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'arrêté du 20 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'erreurs de fait et d'erreur de droit ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 435-1, L. 422-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'absence de communication de son entier dossier par l'administration méconnaît son droit au procès équitable et les dispositions de l'article L. 741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas été mis à même de formuler des observations de sorte que l'arrêté attaqué méconnaît son droit d'être entendu ;

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'arrêté du 20 octobre 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Saïh comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh, magistrate désignée ;

- les observations de Me Carillo Cruz, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; il précise notamment que les arrêtés contestés sont entachés d'un défaut d'examen de sa situation personnelle eu égard à la présence de sa famille sur le territoire français et à son état de santé, et méconnaissent son droit d'être entendu ;

- les observations de M. A ;

- le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant colombien né le 20 octobre 1993, demande au tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté en date du 26 septembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ainsi que la décision du même jour par lequel le même préfet lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois et, d'autre part, l'arrêté en date du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, ainsi que la décision du même jour par lequel le même préfet lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois.

Sur la demande de production de l'entier dossier de M. A :

2. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise () ".

3. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration. Dans ces conditions, ces conclusions doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Il résulte toutefois également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait été entendu sur la perspective d'une mesure d'éloignement, préalablement à l'édiction des décisions attaquées portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, il n'est pas établi que le requérant ait été mis à même de faire état de circonstances particulières qui auraient été susceptibles d'influer sur le contenu de ces décisions, en particulier, eu égard à sa situation familiale et médicale. Par suite, l'intéressé est fondé à soutenir que les décisions contestées ont été prises au terme d'une procédure irrégulière et à en obtenir l'annulation pour ce motif, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les décisions des 26 septembre et 20 octobre 2023 par lesquelles le préfet de police a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai doivent être annulées. Les décisions des mêmes jours portant fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois doivent être annulées par voie de conséquence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique seulement, eu égard au motif sur lequel il se fonde, que la situation de M. A soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent, au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 26 septembre 2023 par lequel le préfet de police a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le même préfet lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois, sont annulés.

Article 2 : L'arrêté en date du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de police a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le même préfet lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois, sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent, au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé

Z. SaïhLa greffière,

Signé

O. El-Moctar

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2

N° 2400114

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