mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400111 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LEPINE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°2325562 du 21 décembre 2023, enregistrée le 4 janvier 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal de Cergy-Pontoise, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le
7 novembre 2023, présentée par M. D.
Par cette requête, M. D, représenté par Me Lépine, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- il procède d'un examen insuffisant de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'erreurs de fait qui sont à l'origine d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, dès lors qu'il est susceptible de bénéficier d'un titre de séjour au titre du regroupement familial ou d'une admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article
R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article
L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 février 2024 :
- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée ;
- les observations de Me Lépine, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que M. D s'est vu signifier une assignation en divorce, assortie d'une assignation à comparaître le 7 mars 2024 à une audience d'orientation et de définition des mesures provisoires, à laquelle il doit être présent ;
- les observations de M. D, assisté de M. F, interprète en langue tamoul, qui précise avoir transmis aux services de police son certificat de mariage et que les éléments contenus dans le procès-verbal établi par les services de police sont erronés ;
- le préfet de police de Paris n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant pakistanais, né le 1er juillet 1986, entré en France le 14 mars 2020 selon ses déclarations, a fait l'objet d'un contrôle de police alors qu'il se trouvait à la gare du Nord, le 24 octobre 2023. Par un arrêté du 25 octobre 2023, dont l'intéressé sollicite l'annulation, le préfet de Police de Paris a obligé M. D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A B, attaché d'administration de l'Etat et adjoint à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature du préfet de police de Paris, consentie par un arrêté n°2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes en litige manque en fait.
3. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, particulièrement de la motivation de l'arrêté en litige, qui reprend les éléments essentiels de la situation personnelle et administrative de l'intéressé, que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen suffisant de sa situation personnelle. Si l'arrêté ne fait pas mention de la situation maritale et familiale du requérant, il ressort du procès-verbal établi le 24 octobre 2023 par un agent de police judiciaire de l'unité de lutte contre l'immigration irrégulière de la préfecture de police de Paris, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que le requérant, qui était assisté d'un interprète en langue tamoul, s'est déclaré célibataire et sans enfants. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, M. D soutient que la décision en litige est entachée d'erreurs de fait, lesquelles ont été à l'origine d'un erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, dès lors que le préfet de police de Paris n'a pas tenu compte de la circonstance qu'il est entré en France de manière régulière, sous couvert d'un visa D, dans le cadre du regroupement familial, qu'il est marié, depuis le 26 novembre 2017 avec
Mme E, laquelle est titulaire d'une carte de résident longue durée UE, qu'ils sont parents de deux enfants nés le 11 août 2018 et le 19 décembre 2020 et qu'il a tenté de déposer le 3 octobre 2023, sur le site " démarches-simplifiées.fr", une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", qui arrivait à expiration le 31 mai 2022. Toutefois, d'une part, et comme il a été dit au point précédent du présent jugement, il ressort des mentions du procès-verbal de police établi le 24 octobre 2023, qui font foi jusqu'à preuve contraire non apportée en l'espèce, que M. D s'est déclaré célibataire et sans enfants et n'a déclaré aucun lieu de résidence. Par ailleurs, l'arrêté en litige mentionne qu'il est titulaire d'un titre de séjour arrivé à expiration. La circonstance que le requérant aurait formulé une demande de renouvellement de ce titre de séjour, laquelle n'aurait pas abouti pour avoir été présentée après l'expiration de la durée de validité de son titre de séjour, est sans incidence sur l'irrégularité de sa situation. Enfin, la circonstance que l'intéressé serait entré sur le territoire de manière régulière est également sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, le préfet de police de Paris s'étant également fondé, pour édicter ladite décision, sur le motif tiré de la détention par ce dernier d'un titre de séjour périmé. Dans ces conditions, M. D ne peut soutenir que la décision en litige serait entachée d'erreurs de fait, lesquelles auraient été à l'origine d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () "
6. Pour soutenir qu'il a durablement installé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux, le requérant soutient qu'il est entré régulièrement en France le
14 mars 2020 dans le cadre d'une procédure de regroupement familial, pour rejoindre son épouse et ses deux enfants et qu'il est bien inséré socialement, dès lors qu'il exerce un emploi depuis le 7 octobre 2021. Toutefois, il ressort des déclarations de l'intéressé lors de son audition le 24 octobre 2023, retranscrites à travers le procès-verbal établi par les services de police versé à la procédure par le préfet de police de Paris, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire non apportée en l'espèce, que le requérant est entré en France en vue d'y solliciter l'asile. Par ailleurs, son arrivée en France est récente, et il ne justifie pas d'une communauté de vie avec son épouse et ses enfants, dès lors qu'il n'a déclaré aucun domicile lors de son audition par les services de police le 24 octobre 2023. Au demeurant, il n'était pas présent sur le territoire à la naissance, le 11 août 2018, de son premier enfant, avec lequel il n'a pas vécu jusqu'à son arrivée en France en mars 2020. Par ailleurs, le requérant reconnaît lui-même, en produisant le procès-verbal de la plainte pour violences conjugales qu'il a déposée contre son épouse le 19 juillet 2023, que la relation maritale présentait un caractère très conflictuel. Au demeurant, l'intéressé a versé à la procédure au cours de l'audience, une assignation en divorce devant le tribunal judiciaire de Nanterre, notifiée par son épouse. Quant à l'insertion sociale de M. D, il est constant qu'elle reste limitée, dès lors qu'il ressort également du procès-verbal d'audition du 24 octobre 2023, que l'intéressé, qui a éprouvé la nécessité de se faire assister d'un interprète en langue tamoul, ne maîtrise pas la langue française et que son activité professionnelle est récente puisque datant seulement d'octobre 2021. Enfin, le requérant n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 34 ans. Dans ces conditions,
M. D n'établit pas avoir installé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté au droit dont il dispose au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et, ainsi, méconnu les stipulations précitées.
7. En cinquième lieu, en indiquant à l'audience que, dans le cadre de la procédure de divorce engagée par son épouse, il est convoqué à une audience, le 7 mars 2024, à laquelle il doit être présent, M. D doit être regardé comme invoquant la méconnaissance des stipulations des articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles, s'agissant de l'article 6 : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle". Et, s'agissant de l'article 13 : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ". Il résulte de ces stipulations que, par principe, les décisions de justice sont rendues de manière contradictoire, c'est-à-dire en présence des parties ou des personnes habilitées à les représenter. Ainsi toute personne ayant un intérêt à défendre doit pouvoir être présente ou valablement représentée lors du procès.
8. Toutefois, le droit à un recours effectif protégé par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'implique pas que l'étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue d'une procédure judiciaire en cours dès lors qu'il est à même de faire valoir utilement l'ensemble de ses arguments dans le cadre d'une procédure écrite, et le cas échéant, de se faire représenter à l'audience. A cet égard, la circonstance que, par l'effet de l'exécution de la décision en litige, l'intéressé ne pourrait être présent à l'audience de divorce est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui ne fait obstacle ni à la représentation par un mandataire de justice du requérant, ni à ce que ce dernier sollicite un visa lui permettant de séjourner en France pour les besoins de la procédure judiciaire. Par suite le moyen tiré de la violation du droit à un procès équitable tel que consacré par les stipulations des articles 6 et 13 précitées doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du
25 octobre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de procédure.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. Charlery La greffière,
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026