Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400277
lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400277 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et une régularisation, enregistrées les 9 et 18 janvier 2024, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 17 novembre 2023 par laquelle la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle est en attente d'un logement social depuis plus de trois ans ;
- elle souhaite se rapprocher de ses enfants, qui résident dans le département du Val-d'Oise et l'aident dans ses démarches médicales et administratives.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- si l'intéressée justifie une demande de logement social déposée depuis un délai anormalement long, cela ne suffit pas à démontrer le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social ;
- l'intéressée est déjà logée dans le parc social ;
- la requérante n'apporte aucune information sur les démarches déjà entreprises.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 21 décembre 2007 fixant le délai anormalement long pour accéder au logement locatif social ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a saisi la commission de médiation du département du Val-d'Oise d'un recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 17 novembre 2023, dont Mme A demande l'annulation, la commission de médiation a rejeté sa demande.
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable () dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 () ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas particulier d'une personne se prévalant uniquement du fait qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, la commission peut légalement tenir compte de la circonstance que l'intéressé dispose déjà d'un logement, à condition que, eu égard à ses caractéristiques, au montant de son loyer et à sa localisation, il puisse être regardé comme adapté à ses besoins.
4. Pour rejeter le recours amiable présenté par Mme A, la commission de médiation du département du Val-d'Oise lui a, tout d'abord, opposé la circonstance tirée de ce qu'elle n'était pas en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral, soit trois années dans le département du Val-d'Oise, et a ensuite relevé que la requérante était déjà logée dans le parc social, logement pour lequel elle bénéficiait d'une aide personnalisée au logement. La commission de médiation lui a enfin conseillé d'adresser une demande de mutation motivée par écrit à son bailleur, et de s'inscrire sur la plateforme echangerhabiter.fr pour avoir accès à une bourse d'échanges de logements sociaux.
5. Or, il ressort des pièces du dossier, ainsi que le soutient Mme A, que cette dernière a déposé sa première demande de logement locatif social le 4 juillet 2019 et qu'elle était donc, à la date de la décision litigieuse, en attente d'un tel logement social depuis plus de trois ans, soit un délai supérieur à celui fixé par l'arrêté préfectoral du 20 décembre 2007 susvisé alors en vigueur. La requérante est donc fondée à soutenir que le premier motif de la décision de la commission de médiation est entaché d'erreur de fait.
6. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, il est constant que Mme A est déjà logée dans le parc social. Si elle soutient qu'elle ne peut rester vivre à Nemours, ville qui lui rappelle le décès de son fils aîné, et qu'elle souhaite se rapprocher géographiquement de ses autres enfants qui résident dans le département du Val-d'Oise alors que sa santé est fragile, l'intéressée n'établit ni la fragilité de son état de santé, ni que ses deux autres enfants résideraient effectivement dans ce département. La requérante n'établit donc pas que le logement qu'elle occupe serait inadapté à sa situation.
7. Il résulte de ce qui précède que si le premier motif de la décision attaquée est entaché d'une erreur de fait, la commission de médiation aurait pris la même décision en ne retenant que le second motif, qui est quant à lui fondé, de sa décision. Il s'ensuit que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle attaque. Il lui appartient, si elle s'y croit fondée, de déposer une nouvelle demande avec toutes les pièces justificatives en vue de solliciter un nouvel examen de sa situation.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par Mme A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
H. Lepetit-Collin
La greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.