Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400292

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par M. A d’une demande d’indemnisation de 31 800 euros pour le préjudice subi du fait de l’absence de relogement suite à sa reconnaissance comme prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable en février 2014. Le tribunal a écarté la fin de non-recevoir soulevée par le préfet, estimant que la demande préalable avait bien été reçue. Sur le fond, il a jugé que la carence fautive de l’État engage sa responsabilité pour les troubles dans les conditions d’existence, en application des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. La solution retenue est que l’État est condamné à verser à M. A une somme de 3 000 euros, en réparation des préjudices subis jusqu’à son relogement en mai 2023.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 janvier 2024 et 27 août 2024, M. B A, représenté par Me Thisse, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 31 800 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, à actualiser, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Thisse renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée, dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable du département des Hauts-de-Seine ;

- il subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence, dès lors qu'il a été dépourvu de logement social jusqu'en 2023 et que lui et sa famille ont été contraints d'habiter dans un logement sur-occupé, indécent et insalubre, qui n'était pas compatible avec son état de santé et l'affection respiratoire de l'un de ses enfants.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable faute de liaison du contentieux et, à titre subsidiaire, que le requérant a été relogé le 31 mai 2023 et que les préjudices ne sont pas établis.

Vu :

- la décision, par laquelle le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision, par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baude, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Une note en délibéré a été produite le 27 septembre 2024 pour M. A et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 12 février 2014, désigné M. A comme prioritaire et devant être logé en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. A a saisi le préfet des Hauts-de-Seine d'une demande indemnitaire préalable par un courrier daté du 7 décembre 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 31 800 euros en réparation des préjudices subis jusqu'à son relogement en mai 2023.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine :

2. Il résulte de l'instruction que le requérant, par un courrier recommandé daté du 7 décembre 2022, a demandé au préfet des Hauts-de-Seine de l'indemniser des préjudices subis du fait de l'inexécution de la décision de la commission de médiation, et que le préfet des Hauts-de-Seine, en dépit de l'illisibilité partielle de la date figurant sur l'accusé de réception, en a nécessairement accusé réception entre cette date et le 31 décembre 2022. Par suite la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine à la requête de M. A doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

En ce qui concerne la faute :

5. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 12 février 2014, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. A, au motif qu'il occupait un logement sur-occupé avec une personne mineure ou handicapée à charge et qu'il n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, le préfet des Hauts-de-Seine n'a fait aucune offre de logement à M. A dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 12 août 2014, et n'a attribué un logement social au requérant que le 31 mai 2023.

6. Il résulte de ce qui précède que les carences fautives dont l'État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l'égard de M. A sont établies.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

7. Il résulte de l'instruction que M. A attend l'attribution d'un logement social depuis 2006. Il occupe, depuis janvier 2011, avec son épouse et leurs quatre enfants nés en 2004, 2009 et 2012, un logement sur-occupé dont deux rapports des services de la commune de Clichy du 31 juillet 2014 et 20 mai 2022 ont mis en évidence l'absence de ventilation, de chauffage et la présence de moisissures et de champignons, incompatibles avec la pathologie respiratoire dont souffre l'un des enfants, attestée par deux certificats médicaux des 13 octobre 2018 et 16 avril 2021. Il résulte de l'instruction que le requérant n'a été relogé dans un logement social qu'en mai 2023. M. A est, dès lors, fondé à soutenir que la carence fautive de l'État à assurer son relogement à compter du 12 août 2014 et ce jusqu'au 31 mai 2023, date de son relogement, a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence devant être réparés.

8. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de M. A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 19 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. M. A n'a pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil ne peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A de la somme de 800 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. A la somme de 19 000 (dix-neuf mille) euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera la somme de 800 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. BaudeLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°240029