Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400319

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400319
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par M. et Mme E, ressortissants algériens, d’un recours pour excès de pouvoir contre les arrêtés du 11 décembre 2023 du préfet du Val-d’Oise refusant leur demande de titre de séjour en tant que parents d’un enfant malade, assortis d’obligations de quitter le territoire français. Les requérants invoquaient notamment un vice de procédure devant le collège de médecins de l’OFII, une erreur d’appréciation sur la disponibilité des soins en Algérie, et une méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le tribunal a joint les deux requêtes et examiné les moyens au regard des dispositions de l’article L. 425-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. La solution retenue par le tribunal n’est pas explicitée dans l’extrait fourni, mais la décision porte sur la légalité des refus de séjour et des mesures d’éloignement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2024, Mme D B épouse E, représentée par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de forme tiré de l'irrégularité de la composition du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la disponibilité du traitement nécessaire à sa fille en Algérie ;

- il est entaché d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

II- Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2024, M. C E, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure tiré de l'irrégularité de la procédure suivie par le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la disponibilité du traitement nécessaire à sa fille en Algérie ;

- il est entaché d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Ausseil a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E et Mme D B, épouse E, ressortissants algériens, nés respectivement les 26 août 1981 à Hammam Bouhadjar (Algérie) et 14 mars 1985 à Tenes (Algérie), déclarent être entrés en France le 10 janvier 2020. Le 22 février 2022, ils ont sollicité un titre de séjour en tant que parents d'enfant malade. Par les arrêtés attaqués du 11 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2400319 et 2400321 présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites ".

4. Les dispositions précitées de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade. Si la procédure consultative médicale prévue par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est, dès lors, pas applicable dans le cas du ressortissant algérien sollicitant le séjour en qualité de parent d'un enfant mineur dont l'état de santé justifierait le maintien sur le territoire français, il est toutefois loisible à l'administration, alors même qu'une consultation n'est pas requise par les textes applicables, d'y procéder, afin d'éclairer utilement sa décision. Dans cette hypothèse, une irrégularité éventuellement commise dans le déroulement de cette procédure suivie à titre facultatif par l'administration n'est de nature à vicier la légalité de la décision intervenue que dans la mesure où cette irrégularité a exercé, en fait, une influence sur cette décision.

5. Il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), saisi par le préfet du Val-d'Oise, a rendu un avis le 6 novembre 2023. Il résulte des mentions de cet avis, produit à l'instance, qu'il a été rendu après la transmission du rapport médical établi par le Dr A, qui n'a pas siégé au sein dudit collège de médecins. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision en litige a été rendue au terme d'une procédure irrégulière.

6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Le préfet du Val-d'Oise a estimé, en s'appropriant l'avis du collège de médecins de l'OFII, que, si l'état de santé de la jeune F, fille des requérants, née le 25 mars 2013 et atteinte d'un diabète de type 1, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Algérie, bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Si M. E et Mme B, épouse E, produisent un certificat médical d'un auteur non identifié du 17 décembre 2023, un rapport médical du Dr. Boulenouar indiquant que l'enfant nécessite l'emploi d'une pompe à insuline qui n'existe pas en Algérie et un rapport d'une pharmacienne d'officine établi le 25 décembre 2023 indiquant que la pompe à insuline n'est pas commercialisée ni remboursée par la sécurité sociale en Algérie, de même que le lecteur et capteur de type " free style libre ", il ne ressort pas des pièces du dossier que, comme le fait d'ailleurs valoir le préfet, des pompes à insuline ne seraient pas disponibles en Algérie, que la fille des requérants aurait besoin exclusivement de capteurs et lecteurs de type " free style " et qu'aucun autre traitement ne serait adapté à sa pathologie. Par suite, les éléments produits par les requérants ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet du Val-d'Oise qui n'a pas entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation.

8. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. E et Mme B, épouse E, soutiennent que leur vie privée et familiale se situe en France dès lors leur cellule familiale s'y était établie depuis trois ans à la date de la décision attaquée, que leurs enfants y sont scolarisés, et que M. E exerce une activité professionnelle, il ressort des pièces du dossier que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et notamment de la durée et des conditions du séjour en France des requérants, tous deux en situation irrégulière et qui ne démontrent pas l'absence d'attache en Algérie, où ils ont vécu respectivement jusqu'à l'âge de 34 et 38 ans, et où résident leurs fratries respectives ainsi que la mère de M. E et le père de Mme B, épouse E, les arrêtés attaqués n'ont pas porté au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces arrêtés ont été pris. Par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 n'ont pas été méconnues.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E et Mme B, épouse E, ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 2400319 et 2400321 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Mme D B, épouse E et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Buisson, président ;

- M. Ausseil, conseiller ;

- Mme L'Hermine, conseillère ;

assistés de Mme Duroux, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Ausseil

Le président,

signé

L. BuissonLa greffière,

signé

C. Duroux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2400319 et 2400321