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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2400377

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400377

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABINET LHERITIER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 11 et 15 janvier 2024, la société EUROPE SERVICES VOIRIE (ci-après ESV) représentée par Me Pezin, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler la procédure de passation du marché de services relatif au nettoiement des chaussées, places et trottoirs publics avec enlèvement des graffitis sur la ville de Sceaux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sceaux la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune de Sceaux a manqué à ses obligations de publicité et de mise en concurrence, à son obligation d'information du candidat évincé, violant le principe de transparence, en s'abstenant de lui communiquer les motifs détaillés du rejet de son offre en méconnaissance de l'article R. 2181-3 du code de la commande publique ;

- les intérêts de la société requérante ont été lésés, dès lors que la commune de Sceaux a dénaturé, au stade de l'analyse des offres, les termes de son offre, qui aurait dû remporter le marché.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 janvier 2024, la commune de Sceaux conclut à ce qu'il soit " donné acte " à la ville de Sceaux de la décision du maire de déclarer la procédure contestée sans suite pour motif d'intérêt général, eu égard aux erreurs matérielles commises dans l'examen des justifications techniques de l'offre présentée par la société requérante.

Par un mémoire en réplique enregistré le 25 janvier 2024, la société ESV représentée par Me Pezin, demande au juge des référés :

1°) d'annuler la procédure de passation du marché de services relatif au nettoiement des chaussées, places et trottoirs publics avec enlèvement des graffitis sur la ville de Sceaux, au stade de l'analyse des offres ;

2°) d'enjoindre à la commune de Sceaux, si elle n'entend pas reprendre les prestations concernées en régie, de reprendre la procédure au stade de l'analyse des offres, en se conformant à ses obligations ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sceaux la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de déclarer sans suite a été prise par une autorité incompétente, dès lors qu'elle émane du service de la commande publique qui n'avait pas compétence pour signer le marché ;

- l'annulation de la procédure s'impose au stade de l'analyse des offres, dès lors que la commune de Sceaux a reconnu que l'offre avait été dénaturée en ce qu'elle a été qualifiée à tort d'incomplète, et que la procédure au stade de l'analyse des offres était affectée d'une irrégularité ayant lésé ses intérêts ;

- la reprise de la procédure au stade de l'analyse des offres s'impose si le pouvoir adjudicateur entend attribuer le même marché, dès lors que les divulgations des montants et des contenus des offres des candidats ont porté atteinte à l'égalité entre ces derniers.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 janvier 2024, la commune de Sceaux maintient ses conclusions.

Elle fait valoir que :

- la déclaration sans suite est régulière, dès lors que le maire de la commune de Sceaux, autorité compétente, a signé les courriers déclarant sans suite la procédure ;

- la reprise de la procédure au stade de l'analyse des offres n'est pas envisageable, dès lors que les notifications de rejet des offres ont été effectuées le 12 janvier 2024, que la commission d'appel d'offres avait pris une décision sur la base d'une erreur matérielle et qu'elle ne peut donc revenir sur son choix.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2024, la société SEPUR représentée par Me Lhéritier conclut au rejet de la requête comme étant devenue sans objet à la suite de la décision du maire de sceaux de déclarer la procédure contestée sans suite et à la mise à la charge de la société ESV la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative,

le président du tribunal a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 551-1 et L. 551-13 de ce même code.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 31 janvier 2024 à 11h00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de M. Beaufaÿs, juge des référés,

- les observations de Me Pezin, représentant la société ESV, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme A, représentant la commune de Sceaux, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Lhéritier, représentant la société SEPUR, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été fixée après l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis d'appel public à la concurrence publié au Bulletin officiel des annonces de marchés publics le 17 novembre 2023, la commune de Sceaux (Hauts-de-Seine) a lancé une procédure de consultation en vue de l'attribution d'un marché public de services ayant pour objet le nettoiement des chaussées, places et trottoirs publics avec enlèvement des graffitis sur la ville de Sceaux. Cette consultation a été lancée sur le fondement de l'article L. 2124-1 du code de la commande publique, sous la forme d'un appel d'offres ouvert, à l'issue duquel l'offre de la société ESV n'a pas été retenue. Cette dernière a reçu notification du rejet de son offre le 8 janvier 2024. Par un courriel du 9 janvier 2024, la société requérante a demandé à la commune de Sceaux des informations complémentaires quant aux motifs du rejet de son offre. Par un mémoire enregistré le 25 janvier 2024, la commune fait valoir, d'une part, qu'elle a transmis les compléments d'information sollicités à la société requérante, qui a ensuite renoncé au moyen tiré du manquement au principe de transparence pour défaut de motivation du rejet de son offre, et, d'autre part, qu'elle a informé le 19 janvier 2024 les candidats de sa décision de déclarer la procédure sans suite pour un motif d'intérêt général tenant au fait que l'analyse de l'offre de la société requérante était entachée d'erreurs matérielles ayant eu une influence sur l'appréciation de son offre. Par la présente requête, la société ESV demande en dernier lieu au juge des référés précontractuels, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, l'annulation de la procédure de passation en cause au stade de l'analyse des offres au motif que l'appréciation de son offre est entachée de dénaturation.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. () Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ". Selon l'article L. 551-2 du même code : " I.- Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 2185-1 du code de la commande publique : " L'acheteur peut, à tout moment, déclarer une procédure sans suite ". Aux termes de l'article R. 2185-2 suivant : " Lorsqu'il déclare une procédure sans suite, l'acheteur communique dans les plus brefs délais les motifs de sa décision de ne pas attribuer le marché ou de recommencer la procédure aux opérateurs économiques y ayant participé ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge du référé précontractuel de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent. Toutefois, les pouvoirs conférés au juge administratif, en vertu de la procédure spéciale qu'elles instituent, ne peuvent être exercés ni après la conclusion du contrat ni lorsque le pouvoir adjudicateur décide, pour un motif d'intérêt général, de ne pas donner suite à la procédure de consultation.

5. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la requête, la commune de Sceaux a d'abord informé le 19 janvier 2024 les candidats à l'attribution du marché de nettoiement de la voirie de la commune, que la procédure était déclarée sans suite pour un motif d'intérêt général, puis leur a notifié la décision du 29 janvier 2024 par laquelle le maire de sceaux a déclaré sans suite la procédure de passation du marché pour un motif d'intérêt général tenant à la circonstance que la procédure d'analyse des offres était entachée d'une erreur matérielle " ne permettant pas un choix de l'offre économiquement la plus avantageuse ni le respect du principe d'égalité de traitement des candidats ". Si la société EVS fait valoir que cette décision du maire de Sceaux serait entachée d'incompétence, ce moyen, à le supposer établi, ne saurait caractériser une irrégularité susceptible de constituer un manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence utilement invocable à l'encontre de la procédure de passation objet du présent litige devant le juge du référé précontractuel. Ainsi, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la société ESV fondées sur l'article L. 551-1 du code de justice administrative, qui sont devenues sans objet dès lors que le pouvoir adjudicateur a décidé, pour un motif d'intérêt général, de ne pas donner suite à la procédure de consultation.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société SEPUR sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la société ESV la somme de 1 000 euros.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par la société ESV devant le juge du référé précontractuel.

Article 2 : La société ESV versera à la société SEPUR la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société EUROPE SERVICES VOIRIE, à la société SEPUR, et à la commune de Sceaux.

Fait, à Cergy, le 2 février 2024.

Le juge des référés,

signé

F. Beaufaÿs

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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