Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400511

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 8 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine refusait un titre de séjour à M. C, ressortissant congolais entré en France à l'âge de 13 ans. La juridiction a jugé que le refus était entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de la durée de résidence de l'intéressé (12 ans) et de son intégration sociale et scolaire, notamment l'obtention d'un baccalauréat professionnel. Cette solution a été retenue sur le fondement des principes généraux du droit administratif, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 29 janvier 2024, M. C, représenté par M. A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont entachées d'un vice de forme tiré d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'un vice de forme tiré de l'absence d'examen sérieux et complet de la situation du requérant ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de la circulaire IMMI0800042C du 7 octobre 2008 ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation sur le caractère réel et sérieux des études poursuivies par le requérant ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations des article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

Par un courrier du 29 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de ce que l'instruction était susceptible d'être close à compter du 15 mars 2024.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Ausseil a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant congolais, né le 8 mars 1998 à Brazzaville (République du Congo), est entré en France le 12 février 2011. Il a sollicité, le 13 septembre 2023, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 8 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas utilement contesté que M. B est entré en France en 2011 avant ses 13 ans et y réside habituellement depuis 12 ans à la date de la décision attaquée. Il ressort des mêmes pièces qu'il a suivi en France une scolarité secondaire complète aboutissant à l'obtention en 2018 d'un baccalauréat professionnel " aménagement et finition de bâtiment ". Eu égard à la durée et aux conditions d'intégration personnelle et sociale de l'intéressé dans la société française, M. B est fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et, par voie de conséquence, les autres décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Eu égard à son motif, le présent jugement, qui annule la décision refusant un titre de séjour, implique nécessairement la délivrance au requérant d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou à tout préfet compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous réserve d'un changement de fait ou de droit dans sa situation, dans le délai de deux mois courant à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu, toutefois, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 8 décembre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout préfet compétent au regard du lieu de résidence de M. B, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejetée.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié M. C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président ;

M. Ausseil, conseiller ;

Mme L'Hermine, conseillère ;

assistés de Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Ausseil

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.