Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400608
vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400608 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Arifa, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidente dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant du refus de délivrance de titre de séjour :
-cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
-elle est entachée d'une erreur de fait, l'employeur de Mme A étant en mesure de la rémunérer à temps plein ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
-cette décision est entachée d'incompétence de son auteur ;
-elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui est opposé ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
-cette décision a été signée par une autorité incompétente.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Edert, présidente-rapporteure
-et les observations de Me Arifa, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante algérienne née le 3 mai 1967 est entrée en France le 19 août 2016 selon ses déclarations. Elle a sollicité, le 27 juillet 2022, son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article 7b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 décembre 2023, dont la requérante demande au tribunal l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle à la nationalité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°23-064 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise, d'une délégation du préfet à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 13 décembre 2023 doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de délivrance de titre de séjour :
3. En premier lieu, prise au visa des stipulations de l'accord franco-algérien susvisé et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la décision refusant un certificat de résidence à Mme A indique les éléments de son état-civil, la circonstance qu'elle ne bénéficie pas de contrat de travail visé en application des dispositions de l'article L. 5221-2 du code du travail, précise que sa durée de séjour est insuffisante, ainsi que la présence de sa fratrie dans son pays d'origine. Par suite la décision est suffisamment motivée en droit et en fait.
4. En deuxième lieu, la circonstance à la supposée établie que l'employeur de la requérante aurait pu rémunérer la requérante à temps complet ne peut faire regarder la décision attaquée comme entachée d'une erreur de fait, dès lors que le préfet a seulement mentionné l'avis défavorable rendu par la plateforme étrangère du 26 juin 2023. Par suite le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Elle ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Mme A fait valoir qu'elle est intégrée professionnellement et personnellement en France, où elle établit le centre de sa vie sociale, personnelle et professionnelle. Elle invoque la présence de ses deux enfants, dont sa fille en situation régulière. Toutefois, sa durée de séjour sur le territoire national est récente, elle ne justifie d'aucune intégration particulière en France, notamment au regard des quelques mois de travail qu'elle invoque, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 46 ans. Ainsi, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme A, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris cette décision et n'a pas par suite pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, il ne ressort pas de la décision attaquée qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou que le préfet du Val-d'Oise aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation du refus de délivrance d'un certificat de résidence qui lui a été opposé par l'arrêté attaqué.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, du refus de titre de séjour opposé à Mme A ne peut être accueilli.
9. En second lieu, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français en litige méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A doivent être rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de Mme A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Elle peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Mme Beauvironnet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
La présidente- rapporteure,
S. Edert
L'assesseure la plus ancienne,
E. Chaufaux La greffière,
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.