Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400620

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400620
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDEHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 janvier et le 23 mai 2024, M. A B, représenté par Me Dehan demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours, présenté le 13 décembre 2023, par lequel il demandait le retrait de la décision 48 SI d'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul et des décisions portant retraits de points consécutives à des infractions commises les 29 septembre 2018, 18 mars 2019, 7 mai 2019 à 00h15 et 00h24, 3 août 2021, 29 mars 2022 et 2 mai 2022 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer son permis de conduire invalidé en reconstituant son capital de points retirés ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions ont été prises en l'absence d'une procédure d'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive et donc irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B demande au tribunal l'annulation de la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours, présenté le 13 décembre 2023, par lequel il demandait le retrait de la décision 48 SI d'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul et des décisions portant retraits de points consécutives à des infractions commises les 29 septembre 2018, 18 mars 2019, 7 mai 2019 à 00h15 et 00h24, 3 août 2021, 29 mars 2022 et 2 mai 2022.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ; / () ". Selon l'article R. 421-1 du même code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". L'article R. 421-5 du même code dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le pli recommandé contenant la décision " 48 SI " du 23 février 2023 constatant l'invalidité du permis de conduire de M. B a été expédié à l'adresse de l'intéressé, et mentionne qu'il en a été avisé le 2 mars 2023. Cette décision, établie selon un modèle-type produit par le ministre de l'intérieur en défense, comportait nécessairement au verso la mention des voies et délais de recours. L'enveloppe contenant le pli en cause a été revêtue d'une étiquette sur laquelle a été cochée la mention " pli avisé et non réclamé ", correspondant au motif de non-distribution du pli à M. B. La notification de la décision " 48 SI " en litige, et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 29 septembre 2018, 18 mars 2019 et 7 mai 2019 dont elle procède, est donc réputée être intervenue le 2 mars 2023. Ces décisions étaient ainsi devenues définitives à la date d'introduction de la présente requête, le 16 janvier 2024. Par suite, M. B n'est plus recevable à exciper de l'illégalité de ces décisions. En outre, si l'exercice d'un recours gracieux proroge en règle générale le délai de recours contentieux, celui exercé par M. B contre les décisions attaquées n'a été reçu par le ministre de l'intérieur que le 13 décembre 2023 et n'a pas eu pour conséquence de proroger le délai de recours contentieux. Ainsi, les conclusions du requérant tendant à l'annulation de ces décisions sont manifestement irrecevables.

4. D'autre part, il ne ressort pas du relevé d'information intégral de M. B daté du 17 avril 2024, produit par le ministre en défense, que les infractions commises les 3 août 2021, 29 mars 2022 et 2 mai 2022 donneraient lieu à des retraits de points de son permis de conduire. Par conséquent, les conclusions du requérant tendant à l'annulation de ces décisions portant retrait de points sont manifestement irrecevables.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B est entachée d'une irrecevabilité manifeste insusceptible de régularisation. Pour ce motif, il y a lieu de la rejeter en toutes ses conclusions en application des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Cergy, le 10 juin 2024.

La présidente de la 4ème chambre,

signé

C. Bories

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision