Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400672

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400672
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDEHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Dehan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur son recours gracieux, par lequel il contestait les retraits de points du capital de son permis de conduire consécutifs aux infractions commises les 11 mai 2021 et 24 juillet 2022 ;

2°) d'enjoindre au ministre de créditer les points litigieux à son capital de points ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions 48 ont été prises en l'absence d'une procédure d'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, le ministre de l'intérieur conclut à titre principal, à la tardiveté de la requête, à titre subsidiaire, au rejet des conclusions, et à la condamnation du requérant à verser à l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal l'annulation de la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours, présenté le 18 décembre 2023, par lequel il demandait le retrait de la décision 48 SI d'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul et des décisions 48 portant retrait de points consécutives aux infractions des 11 mai 2021 et 24 juillet 2022.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ; / () ". Selon l'article R. 421-1 du même code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". L'article R. 421-5 du même code dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le pli recommandé contenant la décision " 48 SI " du 23 février 2023 constatant l'invalidité du permis de conduire de M. B a été expédié à l'adresse de l'intéressé, qui en a accusé réception le 13 mars 2023. Cette décision, établie selon un modèle-type produit par le ministre de l'intérieur en défense, comportait nécessairement au verso la mention des voies et délais de recours. La notification de la décision " 48 SI " en litige, et des décisions de retrait de points dont elle procède, est donc réputée être intervenue le 13 mars 2023. Ces décisions étaient ainsi devenues définitives à la date d'introduction de la présente requête, le 16 janvier 2024. Par suite, M. B n'est plus recevable à exciper de l'illégalité de ces décisions. En outre, si l'exercice d'un recours gracieux proroge en règle générale le délai de recours contentieux, celui exercé par le requérant contre les décisions attaquées n'a été reçu par le ministre de l'intérieur que le 18 décembre 2023 et n'a pas eu pour conséquence de proroger le délai de recours contentieux. Ainsi, les conclusions du requérant tendant à l'annulation de ces décisions sont manifestement irrecevables.

4. D'autre part, il ne ressort pas du relevé d'information intégral de M. B daté du 12 avril 2024, produit par le ministre en défense, que l'infraction commise le 11 mai 2021 donnerait lieu à un retrait de points de son permis de conduire. Par conséquent, les conclusions du requérant tendant à l'annulation de cette décision portant retrait de points sont manifestement irrecevables.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B est entachée d'une irrecevabilité manifeste insusceptible de régularisation. Pour ce motif, il y a lieu de la rejeter en toutes ses conclusions en application des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le ministre sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Cergy, le 23 mai 2024.

La présidente de la 4ème chambre,

signé

C. Bories

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision