Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400744

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400744
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en excès de pouvoir, a rejeté la requête de M. C, ressortissant sri-lankais, qui contestait l'arrêté préfectoral du 13 décembre 2023 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté le moyen tiré d'un défaut d'examen sérieux de sa situation. Il a également reconnu une erreur de fait du préfet concernant l'absence de réponse aux demandes de pièces, mais a jugé que cette erreur n'était pas déterminante, le préfet ayant fondé son refus sur l'absence d'intégration professionnelle particulière de l'intéressé, en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2024, M. C, représenté par Me Camus, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis de la commission du titre de séjour n'a pas été sollicité en méconnaissance de l'artcile L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors que, contrairement à ce qu'a retenu le préfet, lui et son employeur ont fourni l'ensemble des pièces complémentaires qui leur ont été demandées par les services de la sous-préfecture de Sarcelles ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Des pièces complémentaires, enregistrées le 29 avril 2024, ont été produites pour

M. C.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise indique au tribunal qu'il confirme sa décision et communique les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Louvel ;

- et les observations de Me Camus, représentant M. C.

Une note en délibéré, enregistrée le 18 septembre 2024, a été présentée pour

M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant sri-lankais né le 14 août 1983, serait entré irrégulièrement en France en 2009 selon ses déclarations. Il a demandé le 22 novembre 2022 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de l'ancienneté de son séjour et de sa situation professionnelle. Par un arrêté du 13 décembre 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise, qui n'était pas tenu de soumettre la demande d'autorisation de travail de M. C aux services de main d'oeuvre étrangère avant de se prononcer, n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle et familiale du requérant. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les services de la préfecture du Val-d'Oise ont adressé le 25 juillet 2023 à M. A, gérant de la société BOEM GROUP, auteur d'une demande d'autorisation de travail pour conclure un contrat de travail avec M. C, un courriel l'invitant à produire un " pack employeur " afin d'actualiser la demande d'admission exceptionnelle au séjour du requérant. Il en ressort également que le conseil de M. C a répondu à ce courriel le 26 juillet 2023 en fournissant un nouveau " pack employeur " établi par M. A en sa qualité de gérant de la société PEPS GROUP. Le requérant est donc fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur de fait en se fondant, pour refuser son admission exceptionnelle au séjour, sur ce que " les relances transmises à M. C D afin qu'il fournisse les pièces complémentaires nécessaires au traitement de son dossier sont restées sans réponse ". Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet du Val-d'Oise aurait pris une décision différente, au regard de l'absence d'intégration professionnelle particulière en France de M. C, s'il ne s'était pas fondé sur ce fait matériellement inexact et qui ne constitue que l'un des motifs de la décision portant refus de titre de séjour.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

5. M. C soutient être entré en France en 2009, y résider depuis lors et y être inséré professionnellement. Toutefois, le requérant ne démontre pas le caractère habituel de son séjour sur le territoire français depuis cette date, en particulier au cours de l'année 2014, qui est particulièrement contestée par le préfet du Val-d'Oise, en se bornant à produire la copie de sa carte d'admission à l'aide médicale d'Etat valable du 1er avril 2012 au 31 mars 2014, du passeport délivré le 19 décembre 2014 par l'ambassade du Sri Lanka à Paris et un récapitulatif de rechargement d'un Pass Navigo pour le dernier trimestre 2014. Si M. B justifie par ailleurs avoir exercé une activité salariée d'août 2016 à juin 2017 comme agent de propreté puis d'avril 2018 à juin 2018 comme commis de cuisine et être titulaire d'un contrat à durée indéterminé pour un emploi de cuisinier depuis mars 2019, il ressort des pièces produites par l'intéressé qu'il ne bénéficie d'un emploi à temps plein que depuis le mois de décembre 2022. Aussi, dès lors que son activité professionnelle a longtemps été exercée à temps partiel et qu'elle présente un caractère discontinu en raison de longues périodes où il n'a pas travaillé, les éléments dont se prévaut le requérant ne suffisent pas à caractériser l'existence d'un motif exceptionnel justifiant une admission au séjour. Par ailleurs, M. C est célibataire et ne se prévaut pas d'attaches familiales en France, comme il ressort des mentions de la fiche de salle renseignée par l'intéressé. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise, n'a pas entaché la décision portant refus de titre de séjour d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, dès lors que M. C ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit précédemment, résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché sa décision d'un vice de procédure en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a, en prenant la décision portant refus de titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées invoqués contre ces décisions, doivent être écartés.

9. M. C n'est pas non plus fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a, en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en assortissant cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, entaché son appréciation des conséquences de ces mesures sur sa situation personnelle d'une erreur manifeste.

10. Il résulte des motifs qui précèdent que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée sur une décision de refus de séjour illégale. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité invoqué par le requérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit donc lui aussi être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du

Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

M. Louvel, premier conseiller,

M. Prost, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

T. Louvel

Le président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.