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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2400902

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400902

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMBOMBO MULUMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 janvier et 20 février 2024, M. A C, représenté par Me Bogliari, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et personnalisé ;

- elle porte atteinte à son droit à l'examen de sa demande de régularisation de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit les pièces du dossier du requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Une note en délibéré, présentée pour M. C, a été enregistrée le 26 février 2024 et n'a pas été communiquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Bocquet pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 22 février 2024 :

- le rapport de Mme Bocquet, magistrate désignée ;

- les observations de Me Bogliari, représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant sri lankais né le 5 août 1989, est entré sans visa sur le territoire français en 2018, selon ses déclarations. Par un arrêté du 19 août 2022, le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Le 19 janvier 2024, il a été interpelé par les services de police. Par un arrêté du même jour, dont M. C demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. M. C soutient qu'il est marié avec Mme B qui réside régulièrement en France et dispose à ce jour d'une carte de séjour pluriannuelle, qu'il réside avec cette dernière ainsi que son fils mineur souffrant d'un handicap, qu'il exerce une activité professionnelle et qu'il a sollicité un titre de séjour auprès des services de la préfecture du Val-d'Oise et obtenu, le 25 novembre 2023, une convocation pour un rendez-vous en préfecture le 18 septembre 2024. Il ressort des pièces du dossier que si le requérant n'a pas indiqué lors de son interpellation la régularité du séjour de sa conjointe, cet élément ressort des pièces produites au dossier. Il ressort également de ces pièces qu'il est régulièrement convoqué par les services de la préfecture du Val-d'Oise après avoir complété le 25 novembre 2023 son dossier de demande de titre de séjour. Au vu des pièces produites, cette demande n'apparaît pas manifestement infondée ou ayant pour seul but de faire échec à une mesure d'éloignement à venir. Dès lors, au vu des circonstances particulières de l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai du 19 janvier 2024 est annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais du litige :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il y a lieu par suite d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à ce nouvel examen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de condamner l'Etat à payer à M. C la somme qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 19 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet des Hauts-de-Seine et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

P. BocquetLa greffière,

signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400902

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