Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400903
mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400903 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Fernandez, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 décembre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour de séjour temporaire ou de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que:
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet du Val-d'Oise se fonde sur les dispositions des articles L. 422-1 et suivants applicables au carte de séjour temporaire d'une durée d'un an alors qu'elle a sollicité une carte de séjour pluriannuelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa formation conduit à l'obtention d'un diplôme d'ingénieur, qu'elle est également inscrite à l'examen d'anglais, le " Test of english for international communication " (TOEIC) et qu'elle démontre le sérieux de ses études.
Le préfet du Val-d'Oise a produit les pièces constitutives du dossier de Mme B, enregistrées le 18 avril 2024, et informe le Tribunal qu'il confirme sa décision.
Par une ordonnance du 19 avril 2024, la clôture de l'instruction fixée initialement au 22 avril 2024 a été reportée au 29 avril 2024.
Mme B a produit des pièces, enregistrées le 5 septembre 2024, après la clôture de l'instruction, qui n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Prost, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine née le 22 juin 2000, a demandé le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 22 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Mme B demande au Tribunal, par la présente requête, d'annuler cet arrêté en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an () ". L'article L. 433-1 du même code dispose : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. / L'autorité administrative peut procéder aux vérifications utiles pour s'assurer du maintien du droit au séjour de l'intéressé et, à cette fin, convoquer celui-ci à un ou plusieurs entretiens. () ". Le renouvellement de la carte de séjour portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir. Il appartient ainsi au préfet, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de rechercher à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de la progression de l'étudiant dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant avec sérieux les études entreprises.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France le 19 août 2021 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " afin de suivre des études d'ingénieur généraliste, option réseaux et systèmes d'information intelligents, au sein de l'école centrale des arts et métiers (ECAM- EPMI) de Cergy, qu'elle a validé son année d'études 2021-2022 et qu'elle a également validé le volet académique de son enseignement et son stage obligatoire de fin d'études au titre de l'année 2022-2023 et qu'il lui restait, pour obtenir son diplôme, à repasser le " Test of english for international communication " (TOEIC), auquel elle a échoué en octobre 2023, pour justifier de son niveau en langue anglaise. Il ressort des pièces du dossier que la requérante préparait, à la date de la décision attaquée, le TOEIC, ainsi qu'un certificat d'" administrateur d'infrastructures sécurisées " auprès du GRETA des Hauts-de-Seine sur la période du 3 novembre 2023 au 30 septembre 2024. Dans ces conditions, Mme B pouvait être regardée comme ayant la qualité d'étudiante, contrairement à ce que le préfet a retenu, et justifiait du caractère réel et sérieux de ses études à la date de la décision attaquée. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ".
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour et, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, en l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait, de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai de deux mois à compter du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 000 (mille) euros à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 22 décembre 2023 du préfet du Val-d'Oise est annulé en toutes ses dispositions.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme B, sous réserve de changement de circonstances de droit ou de fait, un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
M. Louvel, premier conseiller,
M. Prost, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
F.-X. Prost
Le président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.